Ses Concubines

 

 

 

Elles étaient au nombre de quatre, toutes captives, et servaient au Prophète d’esclaves sexuelles. Un hadith authentique d’an-Nasâ’i (m. 915) confirme leurs existences, ‘Aïcha a rapporté : « j’ai remarqué que le Messager de Dieu n’était pas là. J’ai pensé alors qu’il était parti voir l’une de ses concubines »1. Certaines traditions prétendent qu’il n’en avait que deux : Maria et Rayhâna, car les informations que nous possédons au sujet des deux autres sont bien maigres et remontent au savant irakien Abou ‘Obayda Ma’mar bin al-Mouthanna. Néanmoins, les oulémas considèrent que les propos de cet érudit sont fiables. Malheureusement, aucune source ne mentionne l’âge des maîtresses du Prophète.

 

1. Maria la copte

Le désir sexuel qu’éprouvait Mahomet à son égard était tellement fort qu’il causa la révélation du début de la sourate At-Tahrim 

Le Messager de Dieu possédait une femme esclave avec qui il avait des rapports sexuels, mais ‘Aïcha et Hafsa ne le laissèrent pas tranquille jusqu’à ce qu’il dit qu’elle lui était interdite. Puis Dieu Tout-puissant révéla : « Ô Prophète ! Pourquoi déclares-tu illicite ce que Dieu déclara licite pour toi » (66.1), jusqu’à la fin du verset.2

Maria lui avait été donnée par Jourayj bin Mînâ, le gouverneur d’Alexandrie, après qu’il lui eut fait parvenir une lettre, portée par Hâtib bin Abi Balta’a, l’appelant à l’islam, mais le dignitaire égyptien déclina son invitation et lui offrit, en signe de politesse, trois - ou quatre - esclaves, ainsi qu’une mule et un âne. Maria, sa sœur Chîrîn, et son cousin Mabour étaient de ceux-là. Le Messager de Dieu octroya Chîrîn à « Hassân bin Thâbit et elle lui donna un fils, ‘Abd ar-Rahman bin al-Hassân »3, quant à Mabour, il œuvra à son service en tant qu’esclave. Cela eut lieu au mois de dhi-l-qa’da en l’an six de l’hégire selon Ibn Sa’d, tandis qu’al-Baladhouri situe l’action en l’an sept. Maria était d’une rare beauté et on dit d’elle qu’elle avait les cheveux frisés et la peau blanche. Elle était originaire d’un village du nom « d’Hafn, dans la province d’Ansinâ. Mou’âwiya bin Abi Sofyân avait, sous son règne, exempté les habitants de ce village du kharâj (impôt foncier sur la terre), en son honneur parce qu’elle avait porté l’enfant du Messager de Dieu, Ibrâhîm »4. Elle et sa sœur se sont converties à l’islam, et Mahomet avait « des relations sexuelles avec Maria en tant que possession »5. En été, le Prophète logeait sa concubine copte à al-‘Âliya, un lieu qui appartenait autrefois aux juifs de Bani an-Nadîr avant d’être expulsés par les troupes musulmanes. Elle vivait aussi à Khourâfat an-Nakhl, et le Messager de Dieu venait lui rendre visite là-bas. Concernant l’année de sa mort, Ibn Hajar al-‘Asqalâni écrit :

Al-Wâqidi a rapporté : Moussa bin Mohammed bin Ibrâhîm m’a rapporté que son père a dit : Abou Bakr a entretenu Maria jusqu’au jour où il est mort, ensuite, ce fut au tour d’Omar et elle est décédée durant son califat. Al-Wâqidi a dit : elle est morte au mois de mouharam en l’an seize et ‘Omar a rassemblé les gens pour lui rendre hommage et il a prié sur elle à al-Baqî’. Ibn Mandah a dit : Maria est morte cinq ans après le Prophète.6

Al-Balâdhouri pense que sa vie prit fin en l’an soixante7, mais l’opinion privilégiée est celle d’al-Wâqidi.

 

2. Rayhâna bint Zayd

On dit qu’elle était de Bani an-Nadîr, d’autres ont dit de Bani Qorayza (des juifs de Bani an-Nadîr avaient préféré émigrer vers les Qorayza plutôt que de quitter la péninsule arabique). Ce qui est sûr, est qu’elle faisait partie des captives parmi les Bani Qorayza après que les musulmans eussent attaqués la tribu. On présenta les captives au Prophète et celui-ci s’en choisit une pour lui-même, elle se prénommait Rayhâna bint Zayd. Son mari s’appelait al-Hakam et avait lui aussi été fait prisonnier. Mahomet isola sa nouvelle esclave pendant quelques jours dans la maison de Salmâ bint Qays Oumm Moundhir, et entre-temps, il ordonna à ses fidèles d’exécuter par décapitation tous les mâles de la tribu, y compris al-Hakam. Il existe ensuite des divergences quant à la suite du récit. Certains ont affirmé, comme le premier historien Ibn Ishâq, que le Prophète ne l’épousa pas et qu’elle est morte en esclave, alors que d’autres ont prétendu le contraire. Al-Wâqidi a recensé les deux versions :

‘Abd al-Mâlik bin Soulaymân m’a rapporté d’Ayyoub bin ‘Abd ar-Rahman bin Abi Sa’sa’a, d’après Ayyoub bin Bachîr al-Mou’âwi qui a dit : le Messager de Dieu l’a envoyée dans la maison de Salmâ bint Qays Oumm Moundhir. Elle est restée avec elle jusqu’à ses menstruations. Puis, elle fut purifiée de ses menstruations et Oumm al-Moundhir est allée en informer le Prophète. Le Messager de Dieu est allé la voir dans la maison d’Oumm al-Moundhir et dit : « si tu souhaites que je te libère et que je t’épouse, je le ferai. Si tu souhaites être ma concubine et que je cohabite avec toi, je le ferai ». Elle a répondu : « Ô Messager de Dieu ! Il est plus facile pour toi et moi que je sois en ta possession ». Elle fut donc la possession du Prophète et il a cohabité avec elle jusqu’à ce qu’elle meurt en sa possession.
Ibn Abi Dhi’b m’a rapporté : j’ai interrogé az-Zouhri au sujet de Rayhâna et il a répondu : « elle était l’esclave du Messager de Dieu et il l’a affranchie et épousée. Elle se cachait devant sa famille en disant : « personne ne me verra après le Messager de Dieu ».8

L’historien ajoute que la dernière version est la plus approuvée. Un autre biographe, ‘Ali bin Bourhân ad-Dîn al-Halabi (m. 1634), a mentionné dans sa sîra que « certains ont dit : le plus approuvé parmi les gens de science est qu’il l’a affranchie et épousée, et il lui a donnée une dot de douze ‘ouqiyya d’or. Il l’a épousée au mois de mouharam en l’an six après qu’elle eut ses menstrues et il lui a imposée le voile »9. D’après Ibn Chihâb az-Zouhri (m. 741), sa liberté fut sa dot10. Dans une tradition consignée par Ibn Sa’d, on rapporte que Rayhâna disait au sujet de son premier époux : « je n’en aurai pas d’autre après lui »11, en effet, al-Hakam jouissait d’une réputation de mari aimant et honorable. Ces propos soutiennent la première version, à savoir qu’elle n’a pas épousé le Prophète, bien que le reste du hadith prétend qu’elle s’est engagée avec lui. À en juger par le récit d’Ibn Sa’d, Mahomet épousa et viola Rayhâna seulement quelques jours après avoir tranché la tête de son mari et exterminé son peuple12. Les savants relatent que le Messager de Dieu l’a plus tard répudiée à cause de sa jalousie excessive et qu’elle est retournée à sa famille. Adh-Dhahabi (m. 1348) considère que ceci est l’opinion la plus correcte13. On raconte ensuite que « cela lui était difficilement supportable et elle pleurait beaucoup. Le Messager de Dieu est entré la voir tandis qu’elle était dans cet état et il l’a reprise. Elle est restée avec lui jusqu’à ce qu’elle meurt avant que lui ne meurt »14. Les sources ne précisent pas si le Prophète l’a à nouveau épousée, elle serait donc morte avec le statut de concubine. Mohammed Ibn Jarîr at-Tabari le confirme indirectement en énumérant les épouses décédées du vivant de l’Envoyé de Dieu15, Rayhâna n’en fait pas partie alors qu’elle expira peu de temps avant Mahomet.

Rayhâna est devenue musulmane, mais sous la menace. Ibn Ishâq a noté « qu’elle refusa de se convertir à l’Islam, et ne voulut d’autre religion que le judaïsme »16, le Prophète lui a alors envoyé un de ses compagnons pour la convaincre des bienfaits de sa religion :

Il a fait venir Ibn Sa’iyya et lui a parlé de cela. Ibn Sa’iyya a dit : « que mon père et ma mère soient ta rançon ! Elle se convertira ». Il est parti la voir. Il lui a dit : « ne suis pas ton peuple, tu as vu ce que Houyayy bin Akhtab leur a apporté, alors convertis-toi à l’islam ! Le Messager de Dieu te choisira pour lui-même ». Tandis que le Messager de Dieu était avec ses compagnons, il entendit le son de sandales. Il a dit : « les deux sandales d’Ibn Sa’iyya qui me réjouiront avec la conversion de Rayhâna ». Il est venu le voir et dit : « Ô Messager de Dieu ! Rayhâna s’est convertie ». Le Messager de Dieu en fut heureux.17

Houyayy bin Akhtab et ses comparses avaient été décapités et Rayhâna ne souhaitait aucunement partager leur triste sort.

Les oulémas ont indiqué que la jeune veuve est décédée trois ou quatre ans plus tard, en l’an dix, au retour du pèlerinage de l’adieu du Prophète, et fut enterré à al-Baqî’. Al-Wâqidi avance qu’elle est morte en l’an seize, et le calife ‘Omar bin al-Khattâb aurait prié sur elle18, cependant, l’imam Badr ad-Dîn al-‘Ayni considère qu’elle rendit son dernier souffle en l’an dix d’après ce qui est le plus juste19.

 

3. Zoulikha al-Qoraziyya

Nous ne disposons que de peu d’éléments la concernant. Elle faisait sûrement partie des asservies parmi les Bani Qorayza, étant donné que son nom « Qoraziyya » est aussi celui de Rayhâna mentionné par az-Zouhri20 : « une autre belle esclave qu’il avait acquis comme captive »21, écrit Ibn Qayyim al-Jawziyya (m. 1350) en se référant à Abou ‘Obayda. Par ailleurs, son nom n’est pas souvent cité, mais on peut le retrouver par exemple dans As-Sira al-Halabiya ou dans le Tafsir du grand exégète irakien Mahmoud bin ‘Abdullah bin al-Hosayni al-‘Alousi (m. 1854)22. Mahomet appréciait énormément cette concubine, puisqu’on dit que Zoulikha « était quasiment l’une de ses femmes, mais elles prédominaient sur elle »23. C’est tout ce que nous pouvons dire à son sujet, la date de sa mort est méconnue.

 

4. L’esclave de Zaynab bint Jahch

On ignore son nom. Elle fut offerte en cadeau au Prophète par sa femme Zaynab bint Jahch, après que celui-ci se fut entiché de Safiyya bint Houyayy, par conséquent, la scène en déroula en l’an six ou sept : 

Abou ‘Obayda a dit : elles étaient quatre concubines : Maria la copte, Rayhâna, de même qu’une belle captive qui lui avait échouée et qui était quasiment l’une de ses femmes mais elles prédominaient sur elle, et aussi une autre esclave à lui que Zaynab bint Jahch lui avait offert. Il a cessé toute relation avec elle pendant l’affaire de Safiyya bint Houyayy durant les mois de dhou-l-hijja, mouharram, et safar. C’est au mois de rabî’ al-awwâl qu’il est retourné la voir. Zaynab était contente et il est entré chez elle. Elle a dit : « sais-tu quelle est ta récompense ? » Elle lui a donné l’esclave.24

Ibn Kathir a également répertorié cette tradition dans Al-Bidâya wa-n-Nihâya. Nous n’en savons pas plus sur elle, et comme Zoulikha, l’année de son décès est un mystère.

 

La fornication et l’adultère avec des esclaves sont autorisés par la loi islamique (4.24, 23.6, 70.30) et nombreuses sont les traditions rapportant les relations sexuelles entre musulmans et captives. Dans le cas de Rayhâna, le Prophète continuait d’avoir des rapports avec elle alors qu’elle avait été affranchie et répudiée – un péché passible de la peine capitale – mais Mahomet semblait échapper à toute sanction pénale de par son statut de privilégié !

 

Chapitres suivants :

 

 

 

1 Sunan an-Nasâ’i 1125. Sahih d’après al-Albâni, voir Sahih wa-Da’îf Sunan an-Nasâ’i 3/269.

2 Ibid. 3959. Isnâd sahih selon Ibn Hajar al-‘Asqalâni, cf. Fath al-Bâri Charh Sahih al-Boukhâri, volume 9, p.376, Dâr al-Fiker.

3 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, Ismâ’îl Ibn Kathir, volume 8, p. 228, Dâr al-‘Âlim al-Kotob, 2003

4 Ibid.

5 At-Tabaqât al-Kobra, Mohammed Ibn Sa’d, volume 1, p.134, Dâr as-Sâder, 1968

6 Al-‘Isâba fi Tamyiz as-Sahâba, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 8, p.112, Dâr al-Jîl, 1412

7 Ansâb al-‘Achrâf, Ahmad bin Yahya al-Balâdhouri, volume 1, p.449, Dâr al-Fiker, 1996

8 Kitâb al-Maghâzi, Mohammed bin ‘Omar al-Wâqidi, volume 2, p.520-521, Dâr al-‘A’lami, 1989

9 As-Sira al-Halabiya, ‘Ali bin Bourhân ad-Dîn al-Halabi ach-Châfi’i, volume 2, p.457, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1427

10 Ansâb al-‘Achrâf, volume 1, p.454

11 At-Tabaqât al-Kobra, volume 8, p.129

12 Ibid. p.129-130

13 Siyar A’lâm an-Noubalâ’, Mohammed bin Ahmad adh-Dhahabi, volume 27, p.495, Mou'assassat ar-Rissâla, 2001

14 At-Tabaqât al-Kobra, volume 8, p.130

15 Târîkh ar-Rousoul wa-l-Moulouk, Mohammed ibn Jarîr at-Tabari, volume 3, p.168, Dâr at-Tourâth, 1387

16 La vie du Prophète Muhammad, Ibn ‘Ishaq, Tome II, p.196, traduction d’Abdurrahmân Badawî, Éditions Albouraq, 2001

17 Kitâb al-Maghâzi, volume 2, p.520

18 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, Mohammed bin Ahmed al-‘Ansâri al-Qortobi, volume 14, p.153, sourate 33 verset 28, Dâr al-Fiker

19 ‘Omdat al-Qâri Charh Sahih al-Boukhâri, Badr ad-Dîn al-‘Ayni, volume 3, p.216, Dâr Ihyâ’ at-Tourâth al-‘Arabi

20 Ansâb al-‘Achrâf, volume 1, p.454

21 Zâd al-Ma’âd, Ibn Qayyim al-Jawziyya, volume 1, p.111, Mou'assassat ar-Risâla, 1998

22 As-Sira al-Halabiya, volume 3, p.455 ; Rouh al-Ma’âni fi Tafsir al-Qor’ân al-‘Azîm wa-s-Sab’ al-Mathâni, Mahmoud bin ‘Abdullah bin al-Hosayni al-‘Alousi, volume 11, p.232, sourate 33 verset 50, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1415

23 Al-Moustadrak ‘ala as-Sahihayn, Al-Hâkim an-Naysâbouri, volume 5, p.54, n°6915, Dâr al-Ma’rifa, 1998

24 Ibid.

 

 

 

 

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