Un Prophète Alcoolique

 

 

 

Le texte du Coran fait allusion aux breuvages alcooliques dans cinq versets par les termes « sakar » (boisson enivrante) et « khamr » (vin, alcool, boisson alcoolisée) ; tantôt distingué comme une largesse divine, tantôt perçu comme une souillure et une abomination du Malin, le vin, très populaire et apprécié, fut l’objet de conflits au sein de la oumma.

 

Définition du nabîdh

Du côté de la tradition islamique le terme « nabîdh » revient fréquemment. Traduit dans les dictionnaires d’arabe moderne par « boisson alcoolisée, spiritueux, vin »1, il dérive de la racine n.b.dh qui renvoie à la notion de « vinifier, transformer en vin ». Le célèbre dictionnaire encyclopédique Lisân al-‘Arab, rédigé par le lexicographe Ibn Manzour (m. 1311), ajoute que « cela est appelé le nabîdh, car on prend des dattes ou du raisin puis on les vinifie dans un pot ou une outre en y ajoutant de l’eau, et on les laisse de côté jusqu’à ce qu’ils fermentent et deviennent intoxicant. (…) Le khamr pressé à partir du raisin : nabîdh. On dit que le nabîdh est du khamr ». Ainsi le nabîdh peut être fortement alcoolisé comme l’illustrent ces traditions : « j’ai vu un homme apporter au Messager de Dieu une coupe dans laquelle il y avait du nabîdh. Il lui a donné la coupe, et il l’a levée à sa bouche, mais il l’a trouvé trop fort, alors il la lui a redonnée » ; « on a dit à Talha : « pourquoi n’offrez-vous pas de nabîdh ? » Il a répondu : « je n’aimerai pas qu’un musulman devienne ivre à cause de moi »2. Même en la laissant reposer seulement quelques heures, cette boisson contient malgré tout de l’alcool de par la réaction chimique, le père d’Abdullah ad-Daylami a demandé au Prophète : « que devons-nous faire avec des raisins ? » Il a répondu : « faites-les tremper le matin et buvez-les le soir, et faites-les tremper le soir et buvez-les le matin ». J’ai dit : « peut-on le laisser jusqu’à ce qu’il devienne plus fort ? »3. La fermentation alcoolique dure normalement entre quatre et huit jours. Vin blanc se dit en arabe « nabîdh abyad » et vin rouge « nabîdh ahmar ». L’historien mutazilite al-Jâhiz (m. 867) indique que les habitants de Médine classaient le nabîdh avec le vin4, puis il demanda dans une lettre adressée à son ami al-Hassan bin Wahb de lui livrer du nabîdh en y décrivant ses effets :

Je te parlerai de la noblesse du nabîdh et de sa supériorité sur les autres breuvages alcoolisés, ensuite je te démontrerai pareillement la supériorité de ton nabîdh sur tous les autres. Quand le nabîdh pénètre dans tes os, se répand dans chaque organe, et imprègne ton cerveau, il rend les idées claires, délivre ton esprit des soucis, détend le corps et l’âme, et te rend insouciant, joyeux, tolérant, optimiste, et de bonne humeur. Il ferme la porte au doute et te fait tout comprendre et tout voir sous un angle positif. Il te libère des tracasseries, de la tourmente des angoisses, de la peur du futur, de la cupidité, et des pensées ennuyeuses au sujet de la façon de gagner sa vie – en un mot, de tout ce qui fait obstacle au bonheur, perturbe le plaisir, ramolli le désir ou gâche la joie. Il donne aux hommes âgés la flamme de la jeunesse et aux jeunes hommes l’exubérance de l’enfance. Le seul danger, quand on le boit, est d’aller au-delà du stade de la gaieté vers une phase d’excitation et d’irritation.5

 

La descente des versets coraniques sur le vin

Aux premiers temps de l’islam, Dieu exhortait la communauté à la consommation des spiritueux : « des fruits des palmiers et des vignes, vous tirez une boisson enivrante et un aliment excellent. En vérité, en cela, est certes un signe pour un peuple qui raisonne » (16.67). En vertu de cette révélation, l’alcool coulait à flot et imbibait le foie des musulmans jusqu’à saturation, y compris celui de Mahomet qui suivait les conseils avisés d’Allah. C’était l’esclave d’Aïcha qui, chaque jour, avait l’habitude de préparer la liqueur du Prophète :

Thoumâma nous a rapporté – c’est-à-dire Ibn Hazn al-Qochayri :
J’ai rencontré ‘Aïcha et je l’ai interrogé au sujet du nabîdh. ‘Aïcha a appelé une servante éthiopienne et elle a dit : « demande-le lui, c’est elle qui préparait le nabîdh pour le Messager de Dieu ». L’éthiopienne a dit : « je préparais le nabîdh pour lui dans une outre la nuit. Je la refermais et je l’accrochais. Quand le matin arrivait, il en buvait ».6

De temps à autre, c’était la mère des croyants qui se chargeait de la besogne : « nous préparions le nabîdh pour le Messager de Dieu dans une outre dont l’embout était liée et elle avait un trou. Nous préparions son nabîdh le matin pour qu’il le boive le soir et nous préparions son nabîdh le soir pour qu’il le boive le matin »7. La boisson pouvait être aussi fabriquée au moyen d’autres objets : « on vinifiait du nabîh pour le Prophète dans un bol de pierre »8. Le procédé de fabrication est relativement simple et à porter de toutes les bourses, chacun était assez habile pour produire son  propre  cocktail maison : « nous préparions le nabîdh du Messager de Dieu dans une outre, on prenait une poignée de dattes ou une poignée de raisins secs que nous mettions à l’intérieur de l’outre puis nous versions par-dessus de l’eau »9.

Les Arabes avaient coutume de se réunir entre amis autour d’un bon repas et d’une bonne amphore de vin en reluquant de belles esclaves court vêtues aux voix envoûtantes. Les divertissements dans le hedjaz étaient peu nombreux : « il (un membre du peuple des ‘Âd) est descendu chez Bakr bin Mou’âwiya qui lui a donné à boire du vin et deux femmes dénudées chantaient devant lui »10.

L’Envoyé de Dieu établit quelques règles ayant trait à la production d’alcool : interdiction, par exemple, de vinifier dans une gibecière (mazâda), une auge (naqîr) ou une calebasse (doubbâ’), faute de quoi le breuvage se changerait en vinaigre11 ; et défense de mélanger les dattes avec les raisins secs, et les dattes mûres avec les dattes vertes, « il faut les vinifier les uns séparés des autres »12. Cette dernière recommandation est suffisamment importante à ses yeux pour qu’il prenne l’initiative de le signaler par écrit aux habitants d’une contrée yéménite13. On lui fit remarquer au sujet de l’interdiction de la citerne que « tout le monde ne peut pas trouver des outres de peau », il autorisa en ce cas l’emploi de jarres non enduites de goudron14.

Le Prophète épongeait jusqu’à une outre de boisson alcoolisée par jour et parfois conservait son élixir durant quelques temps : « on préparait du nabîdh pour le Messager de Dieu au début de la nuit puis il en buvait le matin et la nuit qui suit, de même que le lendemain et la nuit qui suit, ainsi que le surlendemain jusqu’à l’après-midi. S’il restait quelque chose, il donnait à boire à son serviteur ou ordonnait de le déverser »15. Par ailleurs, Ibn ‘Omar (m. 694) a dit : « nous en buvions comme du miel »16. Embarrassé par le fait que l’Envoyé de Dieu ait pu absorber quotidiennement des litres d’alcool, l’imam Moslim ibn al-Hajjaj al-Qochayri (m. 875) invoque le prétexte qu’au delà de soixante douze d’heures de fermentation la boisson conduit à l’ivresse, c’est la raison pour laquelle Mahomet n’asséchait pas son outre. Il écrit en titre de chapitre : « la permission de boire le nabîdh avant qu’il ne se condense et avant qu’il ne devienne alcoolique ». Il soulage de cette façon sa conscience et trouve le compromis entre la future prohibition et la consommation excessive du Prophète. Le nabîdh sera cependant totalement interdit à l’avenir par le fondateur de l’islam ; d’autre part il est impensable qu’il ait pu donner à boire à son esclave une boisson illicite. La sagesse du mouhaddith Abou Dâwoud (m. 888) l’amena à penser que le Prophète abandonnait le contenu de son outre au bout du troisième jour quand le nabîdh se gâtait17. Cela est une meilleure explication qui va dans le sens de la logique.

Alcoolique notoire, Mahomet se voyait maintes fois proposer des verres débordant du nectar de ses désirs qu’il acceptait bien volontiers.

Jâbir bin ‘Abdullah a rapporté :
Nous étions avec le Messager de Dieu et il a demandé à boire. Un homme a dit : « Ô Messager de Dieu ! Veux-tu boire du nabîdh ? » Il a répondu : « oui ». L’homme est parti en chercher et il est revenu avec une tasse de nabîdh. Le Messager de Dieu a dit : « pourquoi ne l’as-tu pas fait fermenter, même en mettant un bâton dessus ? » Et il a bu.18

Les heureux évènements comme les mariages étaient propice aux beuveries. Les occasions de faire la fête n’étaient pas fréquentes ; purs moments de détente après une journée de dur labeur sous un soleil de plomb : « Abou Osayd as-Sâ’idi est arrivé et il a invité le Messager de Dieu à ses noces. Sa femme les servait et c’était la jeune mariée. Savez-vous ce qu’elle a donné à boire au Messager de Dieu ? Elle a laissé mariner dans un bol des dattes pendant toute la nuit »19. On raconte par surcroît que le Prophète était si fortement porté sur le nabîdh qu’il s’en enduisait le corps : « ‘Abdullah bin Mas’oud a rapporté : le Prophète m’a demandé : « qu’as-tu dans ton outre ? » J’ai répondu : « du nabîdh ». Il a dit : « les dattes sont pures et purifient l’eau ». Et il a fait ses petites ablutions avec »20. Son penchant pour l’alcool ne lui fit pas pour autant perdre toute sa lucidité. Les traditions ne relatent pas de mésaventure le concernant en état d’ébriété, quoiqu’elles eussent pu être retranchées ou écartées des corpus de hadiths. Dans la saga du voyage nocturne, on prétend qu’il fut présenté au Messager un verre de vin et de lait. Il choisit le second et à l’ange Gabriel de le féliciter : « louange à Dieu qui t’a guidé vers la disposition naturelle ! Si tu avais pris le vin, ta communauté se serait égarée ! »21, une annonce sous forme de préambule au futur blâme divin. Des individus sous l’emprise de l’alcool peuvent générer des troubles à l’ordre public (bagarres, insultes, vandalisme, délits, crimes), Mahomet était conscient des problèmes engendrés par l’abus de vin, alors quand ‘Omar, Mou’az ibn Jabal et des Ansârs se rendirent en sa demeure pour lui demander : « donne-nous une réponse concernant le vin et les jeux de hasard qui font perdre l’esprit et gaspiller de l’argent »22, il leur répondit : « dans les deux, sont pour les hommes un grand péché et des utilités, le péché qui est en eux est plus grand que leur utilité » (2.219). Ce verset révélé à Médine sonne comme un avertissement, il est déconseillé de boire des boissons conduisant à l’ivresse, toutefois, cela n’est pas illicite. Certaines personnes arrêtèrent de boire après la descente de l’âya mais la plupart des gens continuèrent rétorquant que cela ne leur était pas interdit23, jusqu’au jour où des dévots croyants firent la démonstration d’un spectacle avilissant, conduisant de la sorte, le Prophète à imposer des mesures plus restrictives venant limiter la consommation d’alcool. Des sahâba passablement éméchés après un repas, exécutèrent la prière du coucher du soleil avec en chef de file le premier imam du chiisme qui s’emmêla les pinceaux lors de la récitation de la sourate al-Kâfiroun :

‘Ali bin Abi Tâlib a rapporté :
‘Abd ar-Rahman bin ‘Awf a préparé un repas pour nous et nous y a invités. Il nous a servis du vin et cela nous a rendus ivres. J’ai assisté à la prière et ils m’ont proposé de la diriger. J’ai récité : « Ô infidèles ! Je n’adore pas ce que vous adorez et nous adorons ce que vous adorez ». Alors Dieu a fait descendre : « Ô vous qui croyez ! N’approchez point de la prière alors que vous êtes ivres, avant de savoir ce que vous dites ! » (4.43)24

Cette restriction n’aura pas beaucoup d’effets sur les ivrognes musulmans puisque d’autres incidents plus graves encore vont venir émailler le quotidien ascétique des habitants de Médine, et mettront fin théoriquement à la fabrication, à la vente et la consommation de vin ainsi qu’à l’alcoolisme chronique de l’Envoyé de Dieu. Affront au Prophète, prière en état d’ébriété, meurtre, et agression d’un combattant de Badr ébranleront la vie de la oumma et mèneront à la révélation des versets 5.90-91 promulguant la prohibition.

Hussein bin ‘Ali a rapporté qu’Ali bin Abi Tâlib a dit :
J’ai reçu une chamelle du butin de Badr avec le Messager de Dieu. Le Messager de Dieu m’a donné une autre chamelle. Je les ai laissées à la porte d’un Ansâr et voulais les charger de provisions pour les vendre. J’étais avec un bijoutier de Bani Qaynouqâ’ et comptais utiliser cet argent pour le banquet de Fatima. Hamza bin ‘Abd al-Mouttalib buvait dans cette maison et il y avait avec lui une esclave chanteuse qui a dit : « Ô Hamza ! Tue les chamelles bien grasses ! » Hamza a tiré son sabre et il est parti vers elles. Il a coupé leurs bosses, les a éventrées et a pris une partie de leurs foies.
J’ai demandé à Ibn Chihâb : « a-t-il pris leurs bosses ? » Il a répondu : « il a coupé leurs bosses et il est parti avec ».
Ibn Chihâb a rapporté qu’Ali a dit :
J’ai été horrifié par cette vision. Je suis allé voir le Prophète de Dieu, qui était en compagnie de Zayd bin Hâritha, et je lui ai tout raconté. Il est sorti, ainsi que Zayd, et je l’ai suivi. Il est entré chez Hamza, il était en colère contre lui. Hamza a levé les yeux et a dit : « vous n’êtes que les esclaves de mes pères ! » Le Messager de Dieu s’est retourné puis il est sorti. Cela eut lieu avant l’interdiction du vin.25

Le camouflet d’Hamza à son neveu restera dans les annales de l’histoire islamique. Parmi les premiers convertis à l’islam, l’oncle de Mahomet était connu pour son courage et sa bravoure, sa réputation d’excellent guerrier lui valu le sobriquet de « lion d’Allah ». Le Prophète n’avait pas intérêt à le châtier en raison de son outrecuidance à l’image d’Oqba ibn Abi Muayt et d’autres poètes, transpercés par les sabres mahométans pour ce qu’ils ont écrit comme vers satiriques vis-à-vis de l’Envoyé de Dieu. La présence d’Hamza était trop indispensable sur les champs de bataille pour que Mahomet puisse s’en passer en se le mettant à dos. Le fils d’Abd al-Mouttalib ne se repentit pas de son incorrection et Mahomet garda en mémoire l’incartade qui « fut l’une des causes nécessaires à la révélation de l’interdiction du vin »26. Le verset 4.43 devait modérer les excès de vin avant les offices cultuels sans en interdire l’usage mais au mépris de la parole de Dieu, « les gens ont continué à boire jusqu’à ce que l’un d’eux vienne saoul à la prière »27 ; résultat prévisible d’une politique trop laxiste, il en fallait plus pour décourager nos gais lurons. Puis survint un évènement dramatique, un jeune garçon fut victime de l’œnolisme d’un pieux serviteur de Dieu. En effet, il fut assassiné par ce dernier, respirant lorsqu’il rendit son dernier souffle, l’haleine fétide et alcoolisé de son bourreau. ‘Othmân ibn ‘Afân (m. 656) alors calife, explique à ses compatriotes lors d’un sermon sur le vin, comment se déroula la tragédie :

Évitez le vin car c’est la mère de tous les maux. Il y avait un homme, parmi ceux qui sont venus avant vous, qui était un dévot. Une femme immorale est tombée amoureuse de lui. Elle lui a envoyé une esclave en disant : « nous te faisons appeler pour que tu sois témoin ». Il est alors parti avec l’esclave et à chaque fois qu’il franchissait une porte, elle la fermait derrière lui, jusqu’à ce qu’il arrive devant une belle femme qui avait un garçon avec elle ainsi que du vin. Elle a dit : « par Dieu ! Je ne t’ai pas fait venir pour témoigner, mais je t’ai fait appeler pour que tu couches avec moi, ou que tu boives une coupe de ce vin, ou pour que tu tues ce garçon ». Il a dit : « sers-moi une coupe de ce vin ». Elle lui a donc servi une coupe. Il a dit : « donne-moi en plus ». Puis après, il a couché avec elle et tué le garçon. Donc évitez le vin, car par Dieu, la foi et l’addiction au vin ne peuvent coexister. L’un deux expulsera l’autre ».28

Les anges de Dieu, eux aussi, se sont laissés prendre au piège. Dans un hadîth analogue enregistrée par Ahmad ibn Hanbal (m. 855), Dieu envoie sur terre Hârout et Mârout où ils firent la rencontre d’une belle femme qui leur demanda de tuer un garçon, ensuite elle leur servirait à boire. Après avoir étanché leur soif, les anges assassinèrent l’enfant sous l’emprise du vin29.

L’agression de Sa’d ibn Abi Waqqâs, illustre compagnon à qui Mahomet promis le paradis, est l’incident de trop qui mit un terme à la consommation des boissons alcooliques. Son talent d’archer n’avait d’égal que son insolence. Convié à un repas, il offusqua ses hôtes en leur lançant une remarque désobligeante, et reçu en guise de réponse un grand coup sur le nez qui le fit saigner. Sa nature de fayot le poussa à plaider sa cause auprès du Prophète et c’est ainsi que les versets de la prohibition furent révélés.

Je suis allé voir un groupe d’Ansâr et d’émigrés, ils m’ont dit : « viens pour que nous te donnions à manger et à boire du vin ». C’était avant l’interdiction du vin. Je suis allé les voir dans un de leurs jardins. J’ai vu près d’eux la tête d’une bête rôtie et une outre de vin. J’ai mangé et bu avec eux. Je leur ai parlé des Ansâr et des émigrés en disant que les émigrés sont meilleurs que les Ansâr. Un homme s’est saisi de la tête pour me frapper avec et mon nez s’est mis à saigner. Je suis allé trouver le Messager de Dieu pour tout lui raconter. Dieu a fait descendre à propos du vin : « le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, et les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable » (5.90).30

Au moment de la descente de la révélation, Anas ibn Mâlik servait à boire aux convives d’Abou Talha le maître de maison, lorsqu’ils entendirent un homme crier dans la rue. Anas sortit s’enquérir de la raison de tout ce ramdam et l’homme l’avertit de l’interdiction du vin, subséquemment les gens vidèrent leurs cruches dans les rues de Médine. Les Médinois s’interrogèrent ensuite sur le sort des compagnons tués tandis qu’ils avaient du vin dans leurs ventres (en référence aux martyres de la bataille de Ohod31), Mahomet les rassura par la providentielle promesse : « il n’est pas de grief à faire à ceux qui croient et accomplissent des œuvres pies pour ce qui touche ce qu’ils mangent, quand ils sont pieux, croient et accomplissent des œuvres pies, [quand] encore ils sont pieux et croient, [quand] encore ils sont pieux et sont bienfaisants. Allah aime les bienfaisants » (5.93)32.

La sunna rapporte une autre tradition dans laquelle les versets sur le vin descendirent successivement sous l’impulsion d’Omar. Celui-ci exigeait à chaque fois une prescription plus explicite jusqu’à ce que Dieu abdiquât et proclamât l’interdiction des breuvages alcoolisés.

Quand n’était pas encore descendue la prohibition du vin, ‘Omar a dit : « Ô Dieu, donne-nous une explication claire au sujet du vin ! » Le verset dans la sourate al-Baqara est descendu : « ils t’interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis : dans les deux il y a un grand péché » (2.219). On a appelé ‘Omar et on lui a récité. Il a dit : « Ô Dieu, donne-nous une explication claire au sujet du vin ! » Le verset qui est dans la sourate an-Nisâ’ est descendu : « Ô les croyants ! N’approchez pas de la prière alors que vous êtes ivres » (4.43). Au moment de l’appel à la prière, le crieur du Messager de Dieu a crié de ne pas s’approcher de la prière en état d’ivresse. On a appelé ‘Omar et on lui a récité. Il a dit : « Ô Dieu, donne-nous une explication claire au sujet du vin ! » Ce verset est descendu : « allez-vous donc y mettre fin ? » (5.91). ‘Omar a dit : « nous en avons fini ».33

Il existe encore une autre cause de révélation mettant en cause directement ‘Omar et plus précisément son alcoolisme. Ce récit est consigné dans Al-Moustatraf fi koull Fann Moustazraf de Chahâb ad-Dîn Mohammed al-Abchîhi :

‘Omar est monté sur un chameau et il a jeté quelque chose sur ‘Abd ar-Rahman bin ‘Awf qui lui a ouvert la tête, puis il s’est assis et s’est lamenté sur les morts de Badr (…). Quand le Messager de Dieu eut vent de la nouvelle, il est sorti furieux et il a pris quelque chose dans sa main et l’a frappé avec. Il a dit : « je cherche refuge auprès de Dieu contre sa colère et contre la colère de son Messager ». Et Dieu a révélé : « le Diable ne veut que jeter parmi vous, à travers le vin et le jeu de hasard, l’inimité et la haine, et vous détourner d’invoquer Allah et de la prière. Cesserez-vous? » (5.91) ‘Omar a dit : « j’en ai fini, j’en ai fini ».34

Mahomet opéra un changement radical d’attitude vis-à-vis de l’alcool dans la crainte de voir la religion se pervertir. En peu de temps, le vin qui, au commencement, était « clairement marqué d’un signe positif ; (…) un signe de l’existence de Dieu pour qui sait réfléchir »35, est devenu une « œuvre du diable » (‘amal ach-chaytân). La contradiction ne s’arrête pas là puisque jaillissent du paradis de Dieu des sources intarissables de « l’œuvre du diable ». Sachant les dissensions que pouvaient créer un tel décret chez les amateurs de vinasse, l’Envoyé de Dieu les enjôla par une chimère et le tour était joué : « [voici] la représentation du jardin qui a été promis aux pieux : il s’y trouvera (…) des ruisseaux de vin (khamr), volupté pour les buveurs » (47.15), « on leur fera circuler des coupes d’une [boisson] limpide, claire, volupté pour les buveurs, ne contenant pas d’ivresse, inépuisable » (37.45-47), « parmi eux circuleront des éphèbes immortels, avec des cratères, des aiguières et des coupes d’un limpide breuvage dont ils ne seront ni entêtés, ni enivrés » (56.17-19). En ce qui concerne le sort des maudits, Dieu leur fera absorber tînat al-khabâl, qui est la sueur des habitants du feu36.

 

Le temps de la prohibition

Dieu ne prescrivit pas de peine légale aux musulmans qui oseraient braver l’interdit, par conséquent la tradition vient compléter le livre saint. On raconte que Mahomet et ses compagnons rouaient de coups les ivrognes avec ce qu’ils leur tombaient sous la main : « an-Nou’mân ou le fils d’an-Nou’mân a été amené parce ce qu’il était ivre. Le Prophète a ordonné à ceux présents dans la maison de le frapper. Ils l’ont frappé et j’étais parmi ceux qui l’ont frappé avec des chaussures »37, « on a amené devant le Prophète un homme qui avait bu du vin. Il l’a fouetté d’environ quarante coups avec deux feuilles de palmier »38, « certains d’entre nous l’ont frappé avec leurs mains, avec des chaussures, et avec leurs vêtements »39. Un homme du nom d’Abdullah a été fouetté au moins deux fois pour avoir consommé de l’alcool, et les musulmans le surnommait « âne » parce qu’il faisait rire le Messager de Dieu40. Les récidivistes étaient à nouveau battus, en revanche, au bout de la troisième ou quatrième fois, ils encouraient la peine capitale d’après un hadith d’Abou Dâwoud, mais Mahomet a changé d’avis et a levé la sentence de mort : « c’est une preuve évidente, observe un commentateur, que l’exécution pour avoir bu du vin une quatrième fois est abrogée »41.

Le folklore islamique frappe d’anathème les buveurs en les exposant à la malédiction de Dieu et de son Messager, de même que ceux qui servent, vendent, achètent, pressent ou transportent du vin et ceux pour qui il est pressé et transporté. Ibn ‘Omar a dit que celui qui « boit du vin et ne devient pas ivre, sa prière ne sera pas acceptée tant qu’il y aura une trace de cela dans son ventre ou dans ses veines, et s’il meurt, il mourra en mécréant. S’il devient ivre, sa prière ne sera pas acceptée pendant quarante nuits, et s’il meurt entre-temps, il mourra en mécréant »42. De plus, le fidèle ne doit pas prendre place à une table où l’on sert du vin afin d’échapper à la tentation selon toute apparence. L’usage d’alcool en tant que médicament est exclu bien que cela soit une pratique coutumière très ancienne qui perdure jusqu’à nos jours. Dans la Bible déjà, Paul, apôtre de Jésus-Christ, recommande à Timothée de boire un peu de vin à cause de ses maux d’estomac (1 Timothée 5.23). Des études scientifiques ont démontré les vertus bénéfiques du vin sur l’organisme notamment dans la limitation des risques de maladies cardio-vasculaires par une consommation régulière et modérée, pourtant le Prophète pensait que la boisson fermentée à partir du jus de raisin était « l’infection »43 même, privant ainsi les musulmans d’un remède naturel.

Abou Hourayra transmis une curieuse anecdote suivant laquelle il joua le rôle du diable en éprouvant Mahomet par un verre de nadîdh qu’il produisit lui-même en dépit de l’embargo : « jette-cela contre le mur, lui répondit-il, car c’est la boisson de celui qui ne croit ni en Dieu ni au jour dernier »44. Tout porte à croire que l’audacieux disciple buvait en cachette loin s’en faut d’être le seul, à l’image de Qays bin Wahbân qui confia à Ibn ‘Abbâs : « j’ai une petite jarre dans laquelle j’ai fait du nabîdh et quand il a arrêté de pétiller, j’ai commencé à en boire ». Il a dit : « depuis combien de temps bois-tu cela ? » Il a répondu : « depuis vingt ans » - ou il a répondu : « depuis quarante ans ». Il a dit : « tu étanches ta soif depuis longtemps avec quelque chose qui est interdit »45. Abou Hourayra ne subit pas de préjudice physique pour avoir servi de l’alcool qui à première vue, ne touche uniquement que les consommateurs. Même le nabîdh traditionnel du Yémen, appelé bit’, et fabriqué avec du miel, fut interdit à la consommation46.

En réalité, Le sevrage du vieux charlatan ne se fit pas du jour au lendemain, et même après la prohibition, il continua d’empester l’alcool frelaté jusqu’à sa désintoxication complète, c’est pour cette raison qu’Abou Hourayra lui avait proposé un peu de liqueur : « le Prophète eu soif tandis qu’il faisait des tours de procession autour de la Ka’ba. On lui a donc donné du nabîdh dans une outre et il a grimacé. Il a dit : « allez chercher de l’eau de zamzam ». Il en a versé dedans puis il a bu. Un homme lui a demandé : « n’est-ce pas interdit, Ô Messager de Dieu ? » Il a répondu : « non »47. Il recommanda également à la délégation d’Abd al-Qays de faire de même lorsque la boisson est trop forte48. Et quand il fut sevré, Mahomet interdit un tel mélange, c’est ce qu’indique un hadith transmis par l’imam ad-Dâraqoutni (m. 995) dans ses Sunan : « ils ont dit : « Ô Messager de Dieu, nous le coupons avec de l’eau ». Il a répondu : « ce qui enivre en petite ou en grande quantité est interdit »49.

Plus une goutte d’alcool ne devait filtrer ou être distillée en territoire conquis. De ce fait, lorsqu’on demanda à l’Envoyé de Dieu de quoi il en retourne au sujet du vin que possédait un orphelin, sa réponse fut éloquente : « déversez-le »50 ; quant aux foyers de résistance qui persistaient à produire et à consommer des breuvages enivrants, Mahomet préconisa le recours à la force : « s’ils n’abandonnent pas, combattez-les »51.

 

Les califes

Le Prophète disparu, la lourde charge de faire appliquer la loi islamique incombait à ses successeurs. Les califes délaissèrent les habituels coups de chaussures et branches de palmiers au bénéfice des coups de fouet, car, comme l’a déclaré ‘Ali ibn Abi Tâlib (m. 661), le Messager de Dieu n’a pas établi de loi concernant la peine légale des ivrognes52. Cependant, avant l’arrivée de la tradition islamique, les dignitaires locaux appliquaient la peine qui leur semblait la plus juste, l’orientaliste Joseph Schacht (m. 1969) écrit « qu’un gouverneur, à la fin du premier siècle après l’hégire, ne punissait pas l’ivresse par le fouet mais par la peine de mort, le châtiment pour ivresse n’avait pas encore été fixé en ce temps-là »53. On raconte que le calife Abou Bakr (m. 634) appliquait quarante coups de fouet, ‘Omar (m. 644) quarante puis quatre-vingt à la fin de son mandat, ‘Othmân (m. 656) infligeait les deux peines, et finalement Mou’âwiya (m. 680) institua les quatre-vingt coups de fouet54 (‘Ali payait l’argent du sang lorsqu’un buveur de vin mourrait sous les coups de fouet55). ‘Omar est qualifié à juste titre d’ « hypocrite » par les chiites puisque d’un côté il fouettait les buveurs de vin, et de l’autre, il en sirotait tranquillement aux yeux de tous, et cela jusqu’à son dernier souffle ; il a d’ailleurs lui-même reconnu l’ancienneté de son addiction : « j’étais éloigné de l’islam et j’étais l’ami du vin dans la période préislamique, je l’aimais et je le buvais »56. Le célèbre traditionnaliste indien ’Alâ ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi (m. 1568) a rapporté dans Kanz al-’Oumâl qu’à l’époque du califat, « un homme a bu le jus de nabîdh d’Omar bin al-Khattâb sur la route de Médine. Il est devenu ivre et ‘Omar l’a ignoré jusqu’à son réveil. Il lui a infligé la peine légale, puis ‘Omar l’a coupé avec de l’eau et il en a bu »57. On retrouve un récit comparable dans l’ouvrage intitulé Ahkâm al-Qor’ân du juriste hanafite Abou Bakr al-Jassâs (m. 980) :

Un bédouin a bu du breuvage d’Omar. ‘Omar lui a appliqué la peine légale en le fouettant. Le bédouin a dit : « je n’ai fait que boire de ta boisson ». ‘Omar a demandé à ce qu’on lui apporte sa boisson, il l’a coupé avec de l’eau puis il en a bu. Et il a dit : « celui qui doute de ce qu’il a bu, qu’il le coupe avec de l’eau ». Ibrâhîm an-Nakha’i a rapporté d’Omar des propos similaires, et il a dit : « il en a bu après avoir frappé le bédouin ».58

Nous lisons également dans les Sunan d’an-Nasâ’i (m. 915) : « Thaqîf a accueilli ‘Omar avec un verre. Il l’a fait venir mais quand il l’a mis au niveau de ses lèvres, il a détesté cela. Il a demandé de l’eau pour le couper et il a dit : « faites comme cela » ; « as-Sâ’ib bin Yazîd a rapporté qu’Omar bin al-Khattâb est sorti les voir et a dit : « j’ai remarqué l’odeur de la boisson sur untel et il a dit qu’il avait bu at-tilâ. Je m’interroge sur ce qu’il a bu. Si c’est un intoxicant, je le fouetterai ». ‘Omar bin al-Khattâb l’a fouetté en appliquant le hadd dans sa totalité »59. Et dans le premier corpus de traditions, l’imam Mâlik (m. 795) recense un hadith selon lequel ‘Omar et ses proches trinquent avec du nabîdh. Seules les personnes qui n’étaient pas dans les petits papiers du calife écopaient de la flagellation :

‘Abd ar-Rahman bin al-Qâsim a dit qu’Aslam, l’esclave affranchi d’Omar bin al-Khattâb, lui a rapporté qu’il est allé rendre visite à ‘Abdullah bin ‘Ayyâch al-Makhzoumi et il a vu qu’il y avait du nabîdh chez lui. C’était sur la route de La Mecque. Aslam lui a dit : « ‘Omar bin al-Khattâb aime cette boisson ». ‘Abdullah bin ‘Ayyâch a rempli un grand verre et est allé l’apporter à ‘Omar bin al-Khattâb. ‘Omar l’a pris dans sa main et l’a approché de sa bouche, ensuite, il a levé la tête en disant : « cette boisson est délicieuse ! » Il a bu puis il l’a fait passer à un homme à sa droite.60

Le calife doubla le supplice du consommateur sur les conseils d’Ali ibn Abi Tâlib et flagellait ses esclaves de quarante coups de fouet pareillement à son prédécesseur et à son fils ‘Abdullah. La charia prévoit la moitié de la peine prescrite aux esclaves par comparaison à l’homme libre qui y est complètement soumis, comme si le péché du captif était deux fois moins grave que celui de l’homme libre. ‘Omar n’était pas non plus très tendre avec la chair de sa chair, certains auteurs prétendent qu’il a tué son fils ‘Abd ar-Rahman, néanmoins, Ibn Taymiyya (m. 1328) s’oppose à cette idée :

Il a été rapporté d’Omar bin al-Khattâb que son fils ‘Abd ar-Rahman a bu du vin en Égypte et son frère est allé voir le gouverneur d’Égypte, ‘Amr bin al-‘Âs, pour qu’il le fouette selon la peine légale. Il l’a fouetté selon la peine légale sans que cela ne se sache, alors que les gens étaient fouettés publiquement. ‘Omar bin al-Khattâb ignorait qu’Amr avait fouetté son fils car il ne l’avait pas averti. Arrivé à Médine, il le fouetta publiquement selon la peine légale et il n’était pas conscient que la peine légale lui avait été déjà infligée une première fois. Son fils vécu un certain temps après cela puis il est tombé malade et il est mort. Il n’est pas décédé des suites de la flagellation et on ne l’a pas battu après sa mort comme le prétendent les menteurs.61

On prétend qu’une maladie faisait des ravages en Syrie et ses habitants se soignaient à l’aide d’une mixture alcoolisée, mais lors de son passage, ‘Omar condamna l’utilisation d’un tel traitement.

Mahmoud bin Labîd al-‘Ansâri a rapporté :
Quand ‘Omar bin al-Khattâb est arrivé en Syrie, les habitants se sont plaints à lui de l’épidémie qui se répandait dans le pays. Ils ont dit : « il n’y a que cette boisson qui peut nous guérir ! » ‘Omar a dit : « buvez du miel ! » Ils ont répondu : « le miel ne nous guérit pas ». Un homme parmi les habitants a dit : « veux-tu que nous rendions cette boisson non enivrante ? » Il a répondu : « oui ». Ils l’ont porté à ébullition jusqu’à ce que les deux tiers se soient évaporés. Ils ont donné le tiers restant à ‘Omar. ‘Omar y a plongé son doigt, puis il a retiré sa main. C’était visqueux. Il a dit : « c’est de l’enduit ! C’est comme l’enduit des chameaux ». ‘Omar leur a ordonné de le boire. ‘Obâda bin as-Sâmit lui a dit : « tu l’as rendu licite, par Dieu ! » ‘Omar a répondu : « non, par Dieu ! Ô Dieu, je ne leur rendrai pas licite quelque chose que tu leur as interdit, et je ne leur interdirai pas quelque chose que tu leur as rendu licite ».62

Par la suite, le Prince des croyants se fera assassiner par un esclave abyssin nommé Firouz à la mosquée de Médine. ‘Omar ne prit pas la défense de Firouz quand il est venu lui demander l’allègement de la redevance imposée par son maître. L’esclave quitta le palais royal en le menaçant de mort. Il put exercer sa vengeance au moment de la prière en portant au calife six coups de couteau, puis il réussit à prendre la fuite. À l’agonie et à l’apogée de son imposture,  ‘Omar préféra boire un dernier petit coup à défaut de se tourner vers son Seigneur et d’implorer sa miséricorde, cela est confirmé par au moins quatre sources islamiques : « Ils ont appelé le médecin qui lui a dit : « quelle boisson préfères-tu ? » Il a répondu : « le nabîdh ». On lui en a alors administré et le nabîdh est ressorti par ses plaies. Les gens ont dit : « c’est du sang, c’est du pus ». Il a dit : « donnez-moi du lait », mais il est aussi ressorti par ses plaies »63, « on a apporté à ‘Omar du nabîdh et après l’avoir bu, il est ressorti par sa blessure. Mais cela n’était pas clair (quand il est sorti), alors on lui a apporté du lait qui est aussi ressorti par sa blessure »64, et dans les corpus de hadiths d’al-Boukhâri (m. 870) et d’Ahmad ibn Hanbal : « on lui a apporté du nabîdh, il en a bu mais il est ressorti par son ventre. On lui a apporté du lait, il en a bu mais il est aussi ressorti par son ventre. Les gens ont alors réalisé qu’il allait mourir » ; « Sâlim a rapporté : j’ai entendu ‘Abdullah bin ‘Omar dire : « ‘Omar a dit : « allez chercher un médecin afin qu’il examine ma blessure ». Il a dit : ils sont allés chercher un médecin arabe qui a donné du nabîdh à boire à ‘Omar. Le nabîdh, de même aspect, est sorti immédiatement avec du sang par la plaie »65. Le traité d'Houdaybiya fut l’élément déclencheur de l’apostasie d’Omar, c’est à ce moment-là que les doutes sur la prédication de Mahomet s’insinuèrent progressivement dans son esprit. L’histoire sunnite le retiendra comme un calife sévère, juste et bien guidé. Les chiites l’exécreront ; plutôt que de reconnaitre publiquement sa faute envers ‘Ali, il choisit le feu au déshonneur, si l’on en croit leurs sources historiographiques.

‘Abdullah Ibn Mas’oud fut un proche compagnon du Prophète et exerçait des fonctions administratives et diplomatiques sous les califats d’Omar et d’Othmân. Il ne portait pas les buveurs de vin dans son cœur surtout quand ils se risquaient à le contredire.

‘Alqama a rapporté :
Nous étions à Homs et Ibn Mas’oud récitait la sourate Yousouf. Un homme a dit : « elle n’a pas été révélée ainsi ! » Il a répondu : « je la récitais au Messager de Dieu et il a dit « bravo ». Il a découvert que son haleine sentait le vin. Il a dit : « tu racontes des mensonges sur le livre de Dieu et tu bois du vin ! » Il a appliqué sur lui la peine légale.66

La dynastie Omeyyade se distingua par ses imamats entachés de vin. Certains califes dont la réputation n’est plus à faire, avaient un goût très prononcé pour l’alcool.

L’éviction des Omeyyades par la rigoriste dynastie Abbasside mit fin à ces pratiques anti-islamiques – ou presque, étant donné que le calife Al-Ma’moun (m. 833) consommait régulièrement du vin68.

 

Les avis des écoles de pensée

Il y eut des débats parmi les juristes afin de définir ce qu’est exactement le « khamr ». Trois des quatre écoles de jurisprudence sunnites jugèrent qu’il s’agit d’un breuvage enivrant produit à partir de n’importe quelle substance. Les premiers hanafites, ainsi que d’autres érudits, enseignaient que le khamr est le jus non-cuit que l’on extrait des raisins ou des dattes en se basant probablement sur ce hadith : « le khamr, dit le Messager d’Allah, vient de ces deux arbres : le dattier et la vigne »69. Cette quatrième école autorisait les infusions de raisins ou de dattes après cuisson, même si elles fermentent ensuite et deviennent alcoolisés. La plupart des boissons fermentées étaient légales mais elles devaient être bues en petite quantité de manière à ne pas devenir saoul : « Abou Hanifa, ath-Thawri, Ibn Abi Layla, Ibn Shoubrouma et un groupe de juristes de Kufa ont dit : ce qui enivre en grande quantité, et qui n’est pas du vin de raisins, est licite, et si quelqu’un en devient ivre sans en avoir l’intention, il n’y a pas de peine légale sur lui »70. Les hanafites permettent cependant la consommation de khamr si l’on risque de mourir de soif. Les corpus de hadiths furent compilés durant la période Abbasside et quelques traditions furent spécialement fabriquées pour décrédibiliser l’opinion des théologiens se réclamant de la veine d’Abou Hanîfa : « le khamr est fait à partir de cinq choses : du raisin, des dattes, du blé, de l’orge, et du miel », « il y aura dans ma communauté, des gens qui rendront licite la fornication, la soie, le khamr, et jouer des instruments de musique »71, « si en grande quantité quelque chose intoxique, alors même en petite quantité il est aussi interdit »72. Les chaféites disent que si une personne en tue une autre en lui faisant boire une grande quantité d’alcool, alors le même traitement sera infligé au meurtrier en vertu de la loi du talion ; les autres écoles de pensées considèrent qu’il doit être exécuté par le sabre73.

 

L’alcool dans le monde musulman d’aujourd’hui

Depuis les temps médiévaux jusqu’au XXIe siècle, le monde musulman a continué d’observer le ban de l’alcool, et celui qui se risquait à son trafic mettait sa vie en jeu : « sous le calife marinide Abû Ya’qûb Yûsuf b. Ya’qûb (1286-1307), tous les juifs qui vendaient du vin aux musulmans furent tués, et leurs familles réduites en esclavage dans tous les états marinides »74. De nos jours, l’Arabie Saoudite en a interdit l’importation pour les musulmans et applique le fouet aux malheureux fidèles qui oseraient en boire. Les non-musulmans ont le droit de consommer et de vendre des boissons alcooliques dans les hôtels internationaux du pays natal de Mahomet, mais aussi en Lybie et au Koweït. Ces trois États permettent malgré cela la libre circulation des parfums et d’alcool médicinaux destinés à désinfecter les plaies, sans tenir compte des fatâwa des religieux les plus conservateurs. Le Bahreïn et le sultanat de Brunei autorisent l’importation des spiritueux pour les incroyants. Les irakiens pouvaient vendre, acheter et consommer de l’alcool lorsque Saddam Hussein tenait les rennes du pouvoir. À présent, il est risqué de se livrer à son commerce en raison de la guérilla terroriste qui sévit à travers tout le pays. Au Maroc, une loi de 1967 émanant du roi interdit la vente de boissons alcoolisées aux marocains musulmans mais elle est peu respectée. Le Maroc et l’Égypte produisent et importent des spiritueux en abondance officiellement pour les touristes et leurs citoyens non-musulmans. En Jordanie et en Syrie, pays de rite hanafite, l’alcool que l’on fabrique et consomme est en vente libre. Idem pour le Liban, la Turquie et la Tunisie. L’Algérie se dirige tout droit vers un régime de type wahhabite en matière d’alcool. Les débits de boissons mettent progressivement la clé sous la porte par la faute des mesures restrictives prises par les autorités sous la pression des islamistes. L’Azerbaïdjan applique mollement la prohibition, la boisson préférée des musulmans est la vodka. Le Pakistan a banni l’alcool hors de ses frontières en 1977. Il existe toutefois une distillerie où l’alcool qui en sort est réservé aux chrétiens. L’Afghanistan était anciennement un producteur de vin et d’alcool fort. L’islamisation du pays suspendit cette activité et les restaurateurs ne servent de spiritueux qu’aux étrangers. Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran n’a eu de cesse de déployer des efforts pour combattre « l’œuvre du diable » sans réel résultat. La contrebande d’alcool en provenance du Kurdistan irakien ne suffit plus à répondre à la demande en perpétuelle augmentation ; dans ces conditions les iraniens ont trouvé une alternative en produisant clandestinement de l’alcool de blé. D’après les contrebandiers, les bouteilles atterrissent entre les mains de la bourgeoisie iranienne et… des mollahs qui en raffoleraient ! Ceux-là même qui fouettent les buveurs de vin appartenant aux classes populaires.

 

Les musulmans désireux de se procurer des breuvages alcoolisés y parviendront toujours en dépit des restrictions imposées par l’État. Le paradoxe de la loi islamique facilite les échanges sous le manteau étant donné que l’achat, la vente et la consommation d’alcool sont halâl pour les infidèles mais harâm pour tout musulman. Les pays à tendance hanafite, à l’exception du Pakistan, sont plus ouverts au négoce des spiritueux.

 

 

1 Larousse Arabe / Français éd. 2008

2 Sunan an-Nasâ’i 5694 et 5757

3 Ibid. 5736. Hassan sahih selon al-Albâni dans Sahih wa-Da’îf Sunan an-Nasâ’i 12/236. Ce hadith est surprenant puisque la scène se passe peu après la révélation de l’interdiction de l’alcool. La prohibition n’était au début pas vraiment appliquée.

4 The life and works of Jâhiz, p.53, Edited by Charles Pellat, translated by D.M. Hawke, University of California Press, 1969

5 Ibid. p.54

6 Sahih Moslim 2005

7 Ibid. 2005-2

8 Ibid. 1999-2

9 Sunan Ibn Mâjah 3398. Al-Albâni l’a authentifié dans Sahih wa-Da’îf Sunan Ibn Mâjah 7/398.

10 Sunan at-Tirmidhi 3273. Hassan selon al-Albâni, voir Sahih wa-Da’îf Sunan at-Tirmidhi 7/273.

11 Sahih Moslim 1993-2 et Sunan Abi Dâwoud 3710. Le hadith d’Abou Dâwoud est classé hassan sahih par al-Albâni, cf. Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 8/210.

12 Sahih Moslim 1989

13 Ibid. 1990

14 Sahih al-Boukhâri 5271

15 Sahih Moslim 2004 et Sunan Ibn Mâjah 3399

16 Sunan an-Nasâ’i 5740. Il a été authentifié par al-Albâni dans Sahih wa-Da’îf Sunan an-Nasâ’i 12/240. Ce sont les mots d’Ibn ‘Omar et non de Nâfi’ qui est décédé en 734.

17 Sunan Abi Dâwoud 3713

18 Sahih Moslim 2011

19 Sahih al-Boukhâri 5269

20 Sunan at-Tirmidhi 88. Abou ‘Isa a dit : cependant, ce hadith a été rapporté par Abi Zayd d’après ‘Abdullah, d’après le Prophète, et Abou Zayd est inconnu selon les gens du hadith qui ne connaissent ce récit que par cet hadith. Certains oulémas ont pensé qu’on peut faire les petites ablutions avec le nabîdh, parmi eux Sofyân ath-Thawri et d’autres. Et certains oulémas ont dit qu’il ne faut pas faire les petites ablutions avec le nabîdh. C’est l’avis d’ach-Châfi’i, d’Ahmad, et d’Ishaq. Ishaq a dit : si un homme est soumis à l’épreuve avec ceci, il peut faire les petites ablutions avec le nabîdh mais les ablutions sèches sont préférables. Abou ‘Isa a dit : l’avis de ceux qui disent qu’il ne faut pas faire les petites ablutions avec le nabîdh est plus proche du livre et cela ressemble à ce que Dieu a dit : « et que vous ne trouviez pas d’eau, alors recourez à la terre pure » (5.6).

21 Sahih Moslim 168

22 Asbâb an-Nouzoul, ‘Ali bin Ahmed al-Wâhidi an-Naysâbouri, p.37, sourate 2 verset 219, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 2000

23 Mosnad Ahmad 8406. Ahmed Shâker l’a déclaré faible.

24 Sunan at-Tirmidhi 3026 et Sunan Abi Dâwoud 3671. Abou ‘Isa a dit : « cet hadith est hassan gharîb sahih ».

25 Sahih al-Boukhâri 2246

26 Asbâb an-Nouzoul, p.108, sourate 5 verset 90

27 Mosnad Ahmad 8406

28 Sunan an-Nasâ’i 5666. Authentifié par al-Albâni dans Sahih wa-Da’îf Sunan an-Nasâ’i 12/166.

29 Mosnad Ahmad 6143. Le mouhaddith Abou Bakr al-Haythami a dit : « Ahmad et al-Bazzâr l’ont rapporté, et ses hommes sont sûrs sauf Moussa bin Jabîr mais il est digne de confiance » (Majma’ az-Zawâ’id wa-Manba’ al-Fawâ’id, volume 5, p.68, n°8175, Maktabat al-Qoudsi, 1994).

30 Sahih Moslim 1748

31 Sahih al-Boukhâri 2660

32 Sahih Moslim 1980

33 Sunan Abi Dâwoud 3670. Il est authentique d’après al-Albâni, voir Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 8/170.

34 Al-Moustatraf fi koull Fann Moustazraf, Chahâb ad-Dîn Mohammed al-Abchîhi, volume 2, p.499-500, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1986

35 Dictionnaire du Coran, sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, p.910, Éditions Robert Laffont, 2007

36 Sahih Moslim 2002

37 Sahih al-Boukhâri 6392

38 Sahih Moslim 1706

39 Sahih al-Boukhâri 6395

40 Ibid. 6398

41 ‘Awn al-Ma’boud Charh Sunan Abi Dâwoud, Mohammad Shams al-Haqq al-‘Azîm Abâdi, volume 12, p.124, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiya, 1415

42 Sunan an-Nasâ’i 5668. Et il a été rapporté par ‘Abdullah bin ad-Daylami : « je suis entré chez ‘Abdullah bin ‘Amr bin al-‘Âs tandis qu’il était dans un de ses jardins à at-Tâ’if qui s’appelait al-Waht. Il était en train de marcher et tenait la main d’un jeune qoraychite qui était suspecté d’avoir bu du vin. Il a dit : « j’ai entendu le Messager de Dieu dire : quiconque boit du vin une fois, sa repentance ne sera pas acceptée pendant quarante jours, puis s’il se repent, Dieu acceptera sa repentance. S’il recommence, sa repentance ne sera pas acceptée pendant quarante jours, ensuite s’il se repent, Dieu acceptera sa repentance. S’il recommence à nouveau, sa repentance ne sera pas acceptée pendant quarante jours, puis s’il se repent, Dieu acceptera sa repentance. Et s’il recommence encore, Dieu lui fera boire le tînat al-khabâl le Jour de la Résurrection » (Sunan an-Nasâ’i 5670). Al-Albâni a authentifié les deux hadiths dans Sahih wa-Da’îf Sunan an-Nasâ’i 12/168 et 12/170.

43 Sahih Moslim 1984

44 Sunan Abi Dâwoud 3716. Sahih selon al-Albâni, cf. Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 8/216. Il a également été rapporté dans Sunan an-Nasâ’i 5610 à la suite duquel le mouhaddith a commenté au sujet du nabîdh : « c’est une preuve que les intoxicants sont interdits en petite ou en grande quantité, et ce n’est pas comme certains le disent en essayant de s’auto-convaincre que ce qui est interdit est le fond de la boisson et que ce qui est avant est permis. Il n’y a pas de divergence parmi les savants qu’on ne devient pas ivre avec la dernière gorgée ni avec la première ou la seconde. Et avec Dieu est la facilité de ce qui est juste ».

45 Sunan an-Nasâ’i 5693. Il a été affaibli par al-Albâni dans Sahih wa-Da’îf Sunan an-Nasâ’i 12/193.

46 Sunan Abi Dâwoud 3682. Al-Albâni considère que le hadith est sahih, Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 8/182.

47 Sunan an-Nasâ’i 5703. Cette anecdote ne fut pas du goût des savants, an-Nasâ’i a dit : « ce récit est faible car Yahya bin Yamân est le seul à l’avoir rapporté parmi les compagnons de Sofyân. Et les rapports de Yahya bin Yamân ne sont pas vus comme des preuves à cause de sa mauvaise mémoire et de ses nombreuses erreurs ».

48 Sunan Abi Dâwoud 3695 et 3696. Les deux récits sont authentiques d’après al-Albâni dans Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 8/195-196.

49 Sunan ad-Dâraqoutni, ‘Ali bin ‘Omar ad-Dâraqoutni, volume 3, p.509-510, n°4588, Dâr al-Mou’ayyad, 2001

50 Sunan at-Tirmidhi 1263. Abou ‘Isa a dit : le hadith d’Abi Sa’ïd est un hadith hassan sahih.

51 Sunan Abi Dâwoud 3683. Il est sahih pour al-Albâni, consulter Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 8/183.

52 Sahih al-Boukhâri 6396

53 The Origins of Muhammadan Jurisprudence, Joseph Schacht, p.191, note 5, American council of learned societies History E-book Project, New York

54 Sunan Abi Dâwoud 4488. Authentique selon al-Albâni, se référer à Sahih wa-Da’îf Sunan Abi Dâwoud 9/488.

55 Sahih al-Boukhâri 6396

56 Al-Bidâya wa-n-Nihâya, Ismâ’îl Ibn Kathîr, volume 4, p.200, Dâr ‘Âlam al-Kotob, 2003

57 Kanz al-‘Oumâl fi Sunan al-Aqwâl wa-l-Af’âl, ‘Alâ ad-Dîn al-Mouttaqi al-Hindi, volume 5, p.517, n°13779, Mou'assassa ar-Risâla, 1981

58 Ahkâm al-Qor’ân, Abou Bakr al-Jassâs, volume 2, p.581, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1994

59 Sunan an-Nasâ’i 5706 et 5708. Ibn Kathir a déclaré à propos du premier que son isnâd est acceptable dans Mosnad al-Farouq, volume 2, p.515, Dâr al-Wafâ’, 1991. Et en ce qui concerne le second, Ibn Hajar al-‘Asqalâni a dit : « son sanad est sahih », cf. Fath al-Bâri Charh Sahih al-Boukhâri, volume 10, p.65, Dâr al-Ma’rifa, 1379.

60 Mouwattâ’ Mâlik 1654

61 Majmou’ Fatâwa, Ibn Taymiyya, volume 15, p.287, Moujmma’ al-Malik Fahd, 1995

62 Mouwattâ’ Mâlik 1600. Ibn Hajar al-‘Asqalâni a déclaré l’isnâd sahih dans Fath al-Bâri, volume 10, p.63.

63 Ar-Riyâd an-Nadira fi Manâqib al-‘Achara, Mohibb ad-Din at-Tabari, volume 2, p.411, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya

64 Târîkh al-Kholafâ’, Jalâl ad-Dîn as-Souyouti, volume 1, p.120, Matba’at as-Sa’âda, 1952

65 Sahih al-Boukhâri 3497 et Mosnad Ahmad 296. Ahmed Shâker a dit au sujet du hadith d’Ahmad : « son isnâd est authentique ».

66 Sahih al-Boukhâri 4715

67 History of the Arabs, Philip K. Hitti, p.227, Palgrave Macmillan – 10th Edition, 2002
Bien qu’écrit par un chrétien maronite, ce livre jouit d’une excellente réputation auprès des musulmans puisqu’il est vendu dans les librairies islamiques. L’auteur est un historien spécialiste de l'islam, du monde arabe et des langues sémitiques. Philip Khuri Hitti passa dix ans à écrire ce qui restera son plus célèbre ouvrage.

68 Ibid. p.306

69 Sahih Moslim 1985

70 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, Mohammed bin Ahmed al-‘Ansâri al-Qortobi, volume 3, p.49, sourate 2 verset 219, Dâr al-Fiker

71 Sahih al-Boukhâri 5268 et 5268-2

72 Sunan at-Tirmidhi 1865. Abou ‘Isa a dit : « c’est un hadith hassan gharîb de Jâbir ».

73 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, volume 2, p.333, sourate 2 verset 194

74 Les chrétientés d’Orient entre jihad et dhimmitude, Bat Ye’or, p.94, note 69, Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2007

 

 

 

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