Tahdhib al-Ahkam fi charh al-Muqni’a

 

 

 

Le titre de cet ouvrage pourrait être traduit ainsi : « le raffinement des lois en ce qui concerne l’explication de la suffisance ». « La suffisance » ou al-Muqni’a est une œuvre du Cheikh al-Mufid, le maître d’al-Tusi, au sujet des traditions. La première intention d’al-Tusi était donc d’écrire un commentaire sur al-Muqni’a d’al-Mufid. Il fait cependant savoir dans son introduction que son ouvrage ne concerne que le furu’ de la loi islamique, c’est-à-dire, qu’il ne se réfère qu’aux prescriptions pratiques qui permettent d’appliquer la charia, la sainte loi de l’islam. Il dit : « j’ai d’abord commencé par le chapitre sur la pureté rituelle (tahara), et j’ai laissé de côté les chapitres qui le précédaient à propos de l’unicité de Dieu (tawhid), de la justice (‘adl), de la prophétie (nubuwwa), et de l’Imamat (imama), car les explications de ceux-ci seraient trop longues, et aussi parce que le but de ce livre n’est pas de clarifier les principes de la religion (al-usul) ».

Dans son introduction, al-Tusi fait remarquer que ce qui le motiva à rédiger ce livre était les contradictions entre les traditions chiites. Il observe que ces différences sont utilisées par les détracteurs du chiisme comme argument contre la véracité des croyances chiites. La situation est devenue si critique qu’al-Tusi rapporte un récit d’al-Mufid dans lequel un partisan du chiisme quitte la communauté à cause de traditions contradictoires. Al-Tusi s’est donné pour mission d’analyser les ahadith en expliquant quelles étaient les traditions déficientes, et tenta de concilier les apparentes contradictions parmi les traditions solides. Il se basa sur al-Muqni’a d’al-Mufid pour cette tâche. Mais il ne s’arrêta pas aux traditions contenues dans al-Muqni’a ; il en analysa beaucoup d’autres qu’il incorpora et commenta en annexe à la fin des diverses sections.

La méthode utilisée est de citer les traditions, puis les commentaires d’al-Mufid. Les explications d’al-Tusi suivent souvent les commentaires de son maître. Il n’est parfois pas évident de savoir si l’explication est d’al-Mufid ou d’al-Tusi. Toutefois, il cite la plupart du temps al-Mufid quand il dit : « le Cheikh a dit… ». Mais l’argumentaire est quelques fois introduit par le terme ambiguë : « il a dit… ». Cela peut se référer aussi bien à al-Mufid qu’à al-Tusi. En annexe, al-Tusi mentionne explicitement qu’il est l’auteur des commentaires car il dit : « Mohammad b. al-Hasan a dit… ».

Les discussions sur les traditions sont parfois extrêmement longues. Par exemple, sur la manière de faire les ablutions rituelles, des versets en arabe sont cités afin d’appuyer l’interprétation chiite qui est de frictionner les pieds au lieu de les laver.

L’ouvrage est divisé en chapitres (kutub) et les chapitres en sections (abwab), suivi d’annexes lorsque c’est nécessaire. L’oeuvre est une étude exhaustive des traditions chiites […].

On rapporte qu’al-Tusi commença son étude durant la vie d’al-Mufid et était arrivé à la fin du chapitre sur la pureté rituelle lorsque ce dernier mourut (413H). L’ouvrage fut achevé quand al-Tusi arriva à al-Najaf (448H).

L’interprétation d’al-Tusi, qui ne dévie pas de la loi chiite, est très similaire à celles d’al-Kulaini et d’Ibn Babawayh, bien qu’un grand nombre de traditions sont apparues durant la période de temps qui sépare ces derniers d’al-Tusi, c’est l’un des traits remarquables de cet ouvrage. Les traditions ont pu se diffuser pendant ce laps de temps par le fait que les Bouyides détenaient le pouvoir à Bagdad ; ils étaient très tolérants à l’égard des chiites. Ce fut ainsi une période où les chiites ne furent pas persécutés et pouvaient manifester sans crainte leur croyances. Dans de telles circonstances, les étrangers pouvaient ajouter de nouvelles traditions aux corpus chiites. Al-Tusi avait à sa disposition les premiers travaux d’Usul rédigés par les premiers encyclopédistes de la tradition chiite.

 

Extrait de : Al-Serat, a journal of islamic studies, Dr. I.K.A. Howard, Vol. 2, No. 2, 1976

 

 

 

 

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