Man la Yahduruh al-Faqih

 

 

 

Cet ouvrage fait parti des quatre œuvres majeures sur la tradition chiite. En dépit du fait que les autres ouvrages sont extrêmement volumineux, ce livre est considéré comme le plus important. Néanmoins, certains soutiennent qu’il y avait auparavant cinq grandes œuvres sur la tradition chiite parmi lesquelles figurait Madinat al-’ilm, un autre ouvrage du Cheikh al-Saduq. Al-Tusi remarque que ce dernier ouvrage était plus volumineux que Man la yahduruh al-faqih. Ce livre n’existe apparemment plus. Il semble qu’il avait trait aux usul al-din (les principes de la religion) plutôt qu’au furu’, qui est la réglementation légale pour appliquer la charia, la sainte loi de l’islam.

Comme son titre l’indique, Man la yahduruh al-faqih se rapporte au furu’. E. G. Brown l’a traduit ainsi : « chaque homme est son propre juge ». Dans son introduction, al-Cheikh al-Saduq explique les circonstances de sa composition et les raisons de son titre. Quand il était à Ilaq, à côté de Balkh, il rencontra Charif al-Din Abou ‘Abdallah, alias Ni’mah, dont le nom complet était Muhammad b. al-Husain b. al-Husain b. Ishaq b. Musa b. Ja’far b. Muhammad b. ‘Ali b. al-Husain b. Ali b. Abi Talib. Il était ravi de pouvoir discuter avec lui, il était longanime, faisait preuve de bonté, avait de la distinction et de l’intérêt pour la religion. Il apporta au Cheikh al-Saduq un livre de Muhammad b. Zakharia al-Razi intitulé Man la yahduruh al-Talib, ou « chaque homme est son propre docteur ». Il lui demanda ensuite de rédiger un livre sur le fiqh (jurisprudence), sur al-halal wa-l-haram (le licite et l’illicite), et sur al-charia wa-l-ahkam (la loi révélée et les lois ordinaires), qui se rapprocherait de tous les travaux que le Cheikh a pu composer sur le sujet. Cet ouvrage s’appellerait Man la yahduruh al-faqih et ferait fonction de livre référent.

L’ouvrage représente en réalité un résumé de toutes les traditions que le Cheikh al-Saduq a collectées et inclus dans ses livres sur des sujets spécifiques. Dans les livres de Cheikh al-Saduq, comme le kitab al-nikah « le livre du mariage » ou le kitab al-hajj « le livre du pèlerinage », tous les thèmes du furu’ ont été abordé. […]

Un autre élément de cette œuvre qui souligne qu’elle fut conçue en tant que livre référent pour les chiites ordinaires dans la pratique des exigences légales de l’islam, est l’absence d’isnad dans les traditions. Les isnad – ou les chaînes d’autorité par lesquelles la tradition fut transmise du prophète jusqu’à un des imams – était, et est toujours une caractéristique importante dans la science du hadith. Par conséquent, ce livre n’est pas destiné aux savants qui voudraient vérifier les autorités. Les savants peuvent vérifier les isnad dans les nombreuses études du Cheikh al-Saduq. Ce livre est un abrégé des études au sujet des traditions légales par l’un des plus grands mouhaddithoun. Al-Cheikh al-Saduq a dit qu’il a répondu à la demande qui lui avait été faite de rédiger ce livre : « …parce que j’ai trouvé approprié de le faire. J’ai composé le livre sans isnad afin qu’il n’y ait pas trop de chaînes (d’autorité) (qui rendraient le livre trop long), et pour que l’on puisse en tirer beaucoup de bénéfices. Je n’ai pas eu l’intention accoutumée des compilateurs (de traditions) qui était de mettre en avant tout ce qu’ils pouvaient rapporter, mais mon intention première était de souligner les choses sur lesquelles j’avais émis un verdict légal et que j’ai jugé correcte ».

Al-Cheikh al-Saduq a aussi fait un compte-rendu de tous les ouvrages auxquels il s’était référé. Ces livres sont : les travaux de Hariz b. ‘Abdallah al-Sijistani – il mourut du vivant de l’Imam Ja’far al-Sadiq ; le livre d’Ubaid Allah b. ‘Ali al-Halabi – qui était aussi un contemporain de l’Imam Ja’far ; les ouvrages d’Ali b. Mahziyar – qui a rapporté des traditions de l’Imam ‘Ali al-Rida, de l’Imam Muhammad al-Jawad et de l’Imam al-Hadi ; les livres d’al-Husain b. Sa’id – qui a aussi rapporté des traditions de ces trois Imams ; le Nawadir d’Ahmad b. Muhammad b. ‘Isa – qui mourut en 267H et a aussi appris des traditions de ces trois Imams ; le Kitab nawadir al-hikma de Muhammad b. Yahya b. ‘Imran al-Ash’ari ; le Kitab al-rahma de Sa’d b. ‘Abdallah – qui décéda en 299H ou 301H ; le Jami’ de Muhammad b. al-Hasan – qui fut l’un des maîtres du Cheikh et mourut en 343H ; le Nawadir de Muhammad b. Abi ‘Umayr – décédé en 218H ; le Kitab al-Mahasin d’Ahmad b. Abi ‘Abdallah al-Barqi (c’est-à-dire Ahmad b. Muhammad b. Khalid al-Barqi) – qui mourut en 274H ou 280H (ce livre a été édité à Téhéran) ; et la Risala que son père lui avait écrite. Le Cheikh continue de mentionner beaucoup d’autres ouvrages qu’il a eu à consulter, dont les noms figurent dans la bibliographie. Cette liste d’ouvrages consultés témoigne que les travaux du Cheikh al-Saduq et de son prédécesseur al-Kulaini, qui a rédigé « al-Kafi » la première des quatre œuvres majeures sur la tradition chiite, représentent le point culminant des ouvrages au sujet des traditions qui furent collectées dans un processus ininterrompu depuis les temps les plus anciens jusqu’à l’époque de l’Imam Ja’far al-Sadiq.

En plus des références que l’auteur donne dans son introduction, il se réfère fréquemment à ses propres études dans son livre. […]

Une autre caractéristique de cet ouvrage est la méthode utilisée par l’auteur. Il ne laisse pas les traditions parler d’elles-mêmes, il en tire bien souvent les règles qui en découlent ou explique leurs significations. Dans un résumé de diverses traditions au sujet du pèlerinage, il donne les grandes lignes de tous les rituels qui doivent être accompli par le fidèle avec très peu de traditions pour les illustrer.

Le livre couvre la plupart des sujets à propos du furu’ de la jurisprudence. Il n’est pas organisé en chapitre (kutub) mais en petites sections (abwab), avec différentes catégories tels que le jeûne et le pèlerinage. Comme indiqué, l’absence d’isnad et les explications du Cheikh al-Saduq en font un compendium de la loi très utile pour les musulmans chiites de cette époque.

Beaucoup de commentaires ont naturellement été écrits sur le livre qui fait parti des quatre œuvres majeures sur la tradition. Parmi les grands savants chiites qui l’ont commenté figurent al-Sayyid Ahmad b. Zain al-‘Abidin al-‘Alawi al-‘Amili (mort en 1060H) et Muhammad Taqi al-Majlisi al-Awwal (mort en 1070H). L’ouvrage a été récemment imprimé en quatre volumes à Téhéran.

 

Extrait de : Al-Serat, a journal of islamic studies, Dr. I.K.A. Howard, Vol. 2, No. 2, 1976

 

 

 

 

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