L'Hanafisme

 

 

 

L’école de pensée hanafite fut fondée par le juriste irakien Abou Hanîfa an-Nou’mân bin Thâbit (m. 767). Ses enseignements et sa doctrine furent transmis par ses deux plus fidèles disciples, Abou Yousouf (m. 798) et Mohammad bin al-Hasan ach-Chaybâni (m. 805). L’hanafisme est le rite qui compte le plus grand nombre d’adhérents dans le monde musulman, c’est aussi le plus libéral et le plus ancien.

Le fondateur
Abou Hanîfa n’était pourtant pas destiné à entrer dans l’histoire du droit musulman, il suivit les traces de son père et s’était lancé dans le commerce de la soie. C’est sa rencontre avec le juriste ‘Amir ach-Cha’bi qui chamboula sa vie et changea définitivement le cours de son existence. Sur les conseils de l’imâm qui décela en lui des signes d’intelligence, Abou Hanîfa se plongea dans les sciences religieuses, accumulant au fil du temps, de formidables connaissances sur l’islam. À la mort de son maître, le cheikh Hammad ibn Abi Soulaymân, qu’il accompagna pendant dix huit ans, le prodige, alors âgé d’une quarantaine d’années, prit la direction d’une assemblée qui consacrait son temps à l’étude de la jurisprudence ; ses ressources financières étaient assurées par l’héritage que son père lui légua, un commerce de soie, géré par un associé avec lequel il conclut un partenariat. C’est à partir de ce moment-là qu’il se forgea une solide réputation de juriste et que son nom devint célèbre parmi la population musulmane encore très pratiquante à cette époque. En 763, tout bascule, le calife al-Mansour (m. 775) lui proposa le poste de qadi al-qadat mais il déclina l’offre par soucis d’indépendance. La place vacante de qadi fut attribuée à son élève Abou Yousouf, grâce auquel la doctrine hanafite put se propager dans toute la région de par sa haute fonction religieuse. Al-Mansour fit emprisonné Abou Hanîfa et le tortura, on ne le nourrissait que très peu, rapporte l’historien Ya’qoubi (m. 898), et ses plaies n’étaient pas soignées. Malgré les supplices et l’humiliation, celui qu’on surnommera plus tard « al-imâm al-a’dham » (le plus grand imâm), continua d’enseigner, entre les murs de sa cellule, son savoir aux personnes autorisées à lui parler. Abou Hanîfa mourut quatre ans plus tard. Plus de cinquante mille personnes, dit-on, assistèrent à son enterrement.

Présentation du madhhab
Le fiqh hanafite se distingue par son recours au raisonnement analogique (al-qiyâs) lorsque ni le coran ni le hadîth ne peuvent fournir de réponse. C’est ce qui le rapprocha de l’école des rationalistes (ahl ar-râ’y) au 8ème et 9ème siècle. Les rationalistes pensaient que l’interprétation de la loi islamique devrait se baser sur la raison, sans forcément prendre les textes révélés littéralement, et avoir un intérêt notable pour la communauté. Ce courant auquel appartenu les premiers musulmans fut progressivement abandonné au profit du mouvement « ahl al-hadîth » (les gens du hadîth) qui raisonne uniquement à partir du texte coranique et de la tradition. Abou Hanîfa était un tabi’i. Il eut la chance de connaître les compagnons du prophète qui résidaient en Irak, et transmis leurs récits. Abou Hanîfa développa sa doctrine à partir de leurs rapports, c’est pourquoi l’hanafisme fut au départ appelé l’école « coufique » ou « irakienne ». ‘Ali bin Abou Talib et ‘Abdullah bin Mas’oud forme le fondement de la jurisprudence hanafite, ainsi que d’autres personnalités de la descendance du prophète avec lesquelles Abou Hanîfa étudia, tels que Mohammad al-Bâqir (m. 743), Ja’far as-Sâdiq (m. 765) ou encore Zayd bin ‘Ali (m. 740).

Quelques particularités du rite
- Abou Hanîfa autorisa une consommation modérée de breuvages alcooliques sauf s’ils sont extraits de raisins ou de dattes. Des juristes hanafites penchèrent cependant en faveur d’une prohibition de tout alcool, rejoignant ainsi l’opinion des autres écoles.
- Excepté pendant le pèlerinage, le croyant doit exécuter les cinq prières quotidiennes à heure fixe, même en voyage.
- Le salaire d’un musulman qui bâtit une église est licite.
- Saigner ne rend pas impur.
- Effleurer une personne du sexe opposé ne rend pas impur.

L’hanafisme dans le monde
L’influence de l’école hanafite est toujours très présente sur les terres des anciens empires musulmans (Abbasside 750-1258/1513, Ottoman 1299-1923 et Mughal 1526-1858) qui adoptèrent l’hanafisme comme doctrine officielle. De nos jours, le rite est surtout répandu en Asie central et en Europe de l’Est : Afghanistan, Pakistan, Bangladesh, Inde, Turquie, Albanie, Bosnie, Kosovo, Macédoine, Balkans, Caucase, etc...

Ouvrages majeurs de fiqh hanafite
Badâi’ as-Sanâi’ 
-Auteur: Abou Bakr Mas’oud bin Ahmad al-Kâsâni

Ad-Dourr al-Moukhtar
-Auteur: ‘Ala’ ad-Dîn al-Haskafi

Radd al-Moukhtâr ‘ala ad-Dourr al-Moukhtâr
-Auteur: Mohammad Amîn ibn ‘Abidîn

Al-Hidâyah
-Auteur: al-Marghinani

Fatâwa Qâdi Khân
-Auteur: al-Farghani

 

 

 

 

 

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