Kitab al-Kafi

 

 

 

Al-Kafi est un recueil de traditions enseignées par le Prophète les Imams et transmises à la communauté musulmane par les disciples des Imams. Le nom « al-Kafi » signifie « ce qui est suffisant », c’est-à-dire que le livre est un recueil exhaustif de traditions chiites imamites. Cela est expliqué par al-Kulaini dans son introduction :

Vous vouliez avoir un livre qui comblerait (vos besoins religieux), qui comprendrait tout le savoir (‘ilm) de la religion, qui serait adéquate pour l’étudiant, et auquel le maître se référerait. Il pourrait être ainsi utilisé par quiconque souhaiterait approfondir sa connaissance de la religion et de la pratique légale (‘amal), selon les traditions correctes rapportées par les véridiques (les Imams).

On rapporte qu’al-Kulaini a mis vingt ans à composer al-Kafi. C’est en effet un ouvrage complet et exhaustif, divisé en trois sections, al-usul, al-furu’ et al-rawda.

Al-usul rapporte les traditions au sujet des principes de la religion et des principes sur lesquels la loi est basée. Le furu’ concerne les traditions qui élaborent les détails de la loi religieuse, tandis que al-rawda est une compilation de traditions qui esquisse différents points d’intérêts religieux et comprend des lettres et des discours des Imams.

L’une des caractéristiques principales de cet ouvrage est que les traditions sont systématiquement présentées en chapitre selon le sujet traité. C’est un système que les savants musulmans ont commencé à utiliser durant la seconde moitié du deuxième et troisième siècle après l’hégire. Al-Kulaini ne fut le premier savant imamite à utiliser cette méthode. D’autres travaux sur la tradition ont utilisé le même procédé, comme le Kitab al-Mahasin d’Ahmad b. Muhammad b. Khalid al-Barqi (m. 887). Il semble toutefois que cela soit le premier ouvrage qui présente une étude exhaustive de la tradition imamite de cette manière.

Les recueils sources de traditions sont appelés usul. C’était des compilations de traditions rapportées directement des Imams ou de seconde main. On rapporte qu’il y eu quatre cent recueils semblables. Ces traditions ne furent pas classées en chapitre selon le sujet traité, mais elles furent classées dans l’ordre dans lequel elles ont été entendues, peu importe le sujet ou l’Imam qui les a rapportées. Le recueil d’al-Kulaini se base sur trois usul que lui transmirent d’anciens savants. Malheureusement, avec le développement des corpus exhaustifs, les usul sont devenus moins importants, et seulement un petit nombre a survécu, consigné dans des manuscrits.

Les traditionalistes avant et après al-Kulaini ont examiné les isnad (les chaînes d’autorité) avec un grand soin. Leur but était de s’assurer que tous les transmetteurs d’une tradition spécifique étaient des hommes véridiques ; al-Kulaini semble avoir été moins concerné par l’isnad que par le matn, ou « contenu » de la tradition. Il rapporte donc parfois des traditions avec des transmetteurs qui ne sont pas vraiment des disciples des Imams ; ils ont, certaines fois, d’autres convictions, à l’exemple des Zaydites, d’autres fois ils sont ghulat, c’est-à-dire qu’ils soutiennent des opinions extrémistes. Certains transmetteurs font parti des premiers et derniers Imams, et il y a même des rapporteurs qui n’adhèrent pas au chiisme. Les mouhaddithoun ont élaboré un système qui classe les différentes traditions selon l’authenticité de la tradition, en fonction de l’isnad et du sujet traité.

Al-Kafi contient 15181 traditions, ou 15176 selon un autre rapport. Dans les différentes sections, il y a plus de 1000 traditions. Parmi les traditions, 5072 sont considérées correctes (sahih) par les savants, c’est-à-dire de la première catégorie ; 144 sont considérées bonnes (hasan), deuxième catégorie ; 178 sont dignes de confiance (muwaththaq), troisième catégorie ; 302 sont jugées forte (qawi), quatrième catégorie ; et 9484 sont considérées faibles (da’if), cinquième catégorie. Une tradition jugée faible ne signifie pas qu’elle est fausse. Les mouhaddithoun ont trouvé des faiblesses dans la tradition, bien souvent une personne dans l’isnad, ce qui suggère que la tradition ne remonte pas à l’Imam contrairement à ce qui est dit. La science développée par les mouhaddithoun afin d’examiner les isnad et les sujets traités dans les traditions, est une étude très spécialisée ; cela implique en particulier, ‘ilm al-rijal, l’étude des origines des traditionalistes qui ont transmis le hadith.

Les usul de al-Kafi sont divisés en huit kutub, ou chapitres, et la plupart des kutub sont divisés en abwab, ou sections. […]

Les furu’ de al-Kafi concernent l’élaboration des détails de la loi islamique. La loi islamique a trait à l’homme et à sa conduite envers Dieu ainsi qu’envers ses compatriotes. Les furu’ contiennent bien plus de traditions que les usul et se décomposent en 26 kutub. […]

En présentant de cette manière les traditions d’al-Kafi, la première approche d’al-Kulaini semble être de laisser parler les traditions d’elles-mêmes. Il n’intervient que très peu. Il pense parfois qu’il est nécessaire d’expliquer les contradictions et les incohérences, mais ces occasions sont très rares. Son but principal a surtout été de collecter et de publier.

L’importance de l’ouvrage de traditions al-Kafi est considérable. Il fait parti des quatre œuvres majeures sur la tradition. Un grand nombre de commentaires ont été écrits à son sujet par des auteurs postérieurs.  Le plus important d’entre eux est Mir’at al-‘uqul fi charh akhbar al-rasul de al-Majlisi (m. 1698). Parmi les autres commentateurs, on trouve Mulla Sadr al-Din al-Shirazi (m. 1640), al-Mazandarani (m. 1699), al-Qazwini (m. 1678) et Muhammad Baqir b. Damad (m. 1630). Tous ces commentaires ont été publiés, le plupart d’entre eux il y a environ cent ans. […]

La grande valeur d’al-Kafi pour les musulmans chiites est accentuée par le nombre remarquable de savants de leur communauté qui ont considéré utile d’en faire le commentaire. Al-Kafi représente un moment décisif dans les corpus de traditions du Prophète et des Imams, et de leur présentation systématique.

 

Extrait de : Al-Serat, a journal of islamic studies, Dr. I.K.A. Howard, Vol. 2, No. 2, 1976

 

Lire al-Kafi traduit en français par A. et H. Benabderrahmane

 

 

 

 

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