Les Nosayrîs

 

 

 

Nosayrîs : adeptes du Nosayrisme, une religion syncrétique qui possède des affinités avec le chiisme, dont les adhérents vivent pour la plupart en Syrie et dans le sud-est de la Turquie. En Syrie, ils constituent la plus forte minorité du pays, comptant plus d’un million de personnes (soit environ 12 pour cent de la population). Ils vivent principalement dans les zones montagneuses de Latakia, connu sous le nom de Jabal al-ansâriya, aujourd’hui communément appelé Jabal al-‘Alawiyin « les Montagnes Alaouites », au nord-ouest du pays, où ils représentent  près des deux tiers de la population.

Le nom des adeptes de la secte, « nosayrîs », apparaît surtout dans les sources non-nosayrîs. Sa signification fut l’objet de discussions, de même que les circonstances historiques de l’émergence de la secte. Certains chercheurs pensent que le nom est un diminutif du mot « nasârâ » (chrétiens), et fait allusion aux similitudes entre la doctrine nosayri et le christianisme (Dussaud, p. 13 ; Bar-Asher, p. 185-216). Mais il est plus probable qu’il soit associé avec le nom d’Abou Cho’ayb Mohammad b. Nosayr Namiri (ou Nomayri), un disciple d’Ali al-Hâdi (m. 868) et d’Hasan al-‘Askari (m. 873-4), les dixième et onzième imams du chiisme duodécimain. On dit même que ce dernier fit mention d’Ibn Nosayr en tant que prophète d’une nouvelle religion, le noyau de ce qui allait devenir la religion nosayri (voir, par exemple, Nowbakti, p. 78). Au cours de son histoire, la secte fut aussi connue sous différents noms, dont le plus ancien est « Namiriya » (ou Nomayriya). Quoiqu’il en soit, le nom préféré des adeptes de la secte est ‘Alawi et fut adopté au début du 20ème siècle afin de souligner leurs liens avec le premier imam du chiisme, ‘Ali b. Abi Tâlib.

Malgré le rôle important joué par Ibn Nosayr dans la formation du nosayrisme, le véritable fondateur et promulgateur de la foi nosayri semble avoir été Abou ‘Abdallah Hosayn b. Hamdân Kasibi (m. 956-57 ou 969). Kasibi fut d’abord actif en Irak avant de s’installer à Alep, où il se lia d’amitié avec Sayf al-Dawla, le souverain hamdanite de la cité, à qui il dédia son al-hidâya al-kobra, comprenant la biographie du prophète, de sa fille Fatima, et des douze imams (Tawil, p. 259). Les seuls écrits de Kasibi qui nous sont parvenus, en plus de son Hidâya, sont son diwân de poésie ainsi que divers fragments inédits de ses traités doctrinaux. Un autre leader de premier plan et érudit prolifique dans la formation du nosayrisme fut Abou Sa’id Maymoun b. Qâsim Tabarâni (m. 1034-35). Il joua un rôle important dans la délocalisation de la communauté nosayri d’Alep vers le nord de la Syrie, qui reste depuis toujours le centre physique et spirituel de la secte nosayri (Tawil, p. 262-65 ; Halm, 1982, p. 297-98 ; idem, 1991, p. 159). Tabarâni aurait également mené la lutte contre l’Ishâqiya, une secte rivale dirigée par Isma’il b. Qallâd Ba’labakki, alias Abou Dohayba (Tawil, p. 262-64 ; Bar-Asher et Kofsky, p. 17-19). On attribue à Tabarâni de nombreux ouvrages, le plus remarquable étant son livre sur les célébrations nosayris, kitâb sabil râhat al-arwâh, mieux connu sous le nom de majmou al-‘ayâd. Nous avons peu de connaissances sur l’histoire de la secte après le 11ème siècle. Au début du 12ème siècle, les Croisés ont conquit une partie de la région montagneuse de Latakia, mais, après la conquête de Salâh ad-Din Ayyoubi en 1188, la région devint une partie du sultanat ayyoubide. Durant la période mamelouke, Rokn ad-Din Baybars (règne : 1260-1277) et Sayf ad-Din Qalâwoun (règne : 1280-1290) auraient tenté en vain de convertir les nosayrîs à l’islam sunnite, leur ordonnant de ne pas faire de prosélytisme et de construire des mosquées dans leurs villages. Pendant la majeure partie de l’ère ottomane, les nosayrîs étaient considérés comme une communauté distincte des musulmans, avec le droit, par conséquent, de conserver un appareil judiciaire autonome. Ils perdirent ce statut indépendant avec la fin de l’ère ottomane, et ont dû, dès lors, se tourner vers les tribunaux musulmans.

L’intérêt des occidentaux pour la religion nosayri a commencé au milieu du 19ème siècle, lorsque les voyageurs européens, les diplomates et les missionnaires en Syrie ont rencontré les nosayris ; ils prirent conscience de la particularité de leur religion et acquirent certains de leurs manuscrits. Parmi eux était Joseph Catafago, chancelier et drogoman du consulat Prusse en Syrie, qui publia de courts textes liturgiques nosayrîs (Catafago, 1848). Il fut suivi une dizaine d’années plus tard par le missionnaire britannique Samuel Lyde, le pionnier de la monographie au sujet des nosayrîs, The Asian Mystery.

Au début du 20ème siècle, le chercheur français René Dussaud, qui ignorait les travaux Lyde, publia une nouvelle monographie, intitulée Histoire et religion des Nosairîs (Paris, 1900). Dussaud eut l’avantage d’avoir accès aux manuscrits que la Bibliothèque Nationale de Paris avait pu acquérir depuis la publication des précédentes études. Al-Bâkoura as-solaymâniya fut, pour lui et les autres chercheurs, une source majeure, il s’agit d’une réfutation descriptive de la religion nosayri dont l’auteur est Solaymân Adani, un nosayri converti au christianisme. Le nosayrisme revint sur le devant de la scène durant la période du mandat français en Syrie et au Liban (à partir de 1920). La France favorisa l’intégration des nosayrîs dans les rangs de l’armée française, et leur accorda même l’autonomie dans les montagnes alaouites. Leur présence dans l’armée française a préparé le terrain pour leur future introduction dans l’armée de la Syrie indépendante, et, en dépit de leur statut socio-économique inférieur, une condition qui subsiste encore à ce jour, les nosayris sont uniques dans l’histoire du Proche-Orient, c’est la seule minorité qui a réussi à s’emparer du pouvoir politique.

Les origines de la religion nosayri restent obscures. Certains prétendent qu’elle fut d’abord une secte chiite qui émergea en Irak au cours du 9ème siècle (voir, par exemple, Halm, 1982, p. 282-83). Un contre-argument, du début du 20ème siècle, avance que le nosayrisme représente les vestiges païens d’un culte antique voué aux idoles. Ce culte a été identifié par Dussaud (p. 17 et suiv.), et possède, entre autres, des origines cananéennes ou phéniciennes. Selon cette théorie, les nosayrîs ont adopté les thèmes des religions monothéistes qui apparurent successivement dans leur région : d’abord le christianisme, puis l’islam. Pour appuyer cette théorie, ses partisans ont cherché à assimiler les nosayrîs avec d’autres groupes religieux, sur la base d’une ressemblance avec le nom ou la doctrine. Parmi les opinions alternatives proposées sur le sujet est la suggestion que les nosayrîs sont les descendants des Nazaréens mentionnés par Pline l’Ancien dans son Historia Naturalis (5,81 ; Dussaud, p. 14 et 17, note 3). D’autre part, Henri Lammens (1901) considéra le nosayrisme comme une ramification unique du christianisme primitif.

Doctrine : de même que la religion druze, le nosayrisme est enveloppée de mystère. Ses secrets sont le privilège exclusif de l’initié (kâssa), tandis que les masses non-initiées (‘âmma) sont strictement mises à l’écart. Chaque adepte a le droit, à l’âge adulte (généralement 18 ans), de rejoindre le rang des initiés une fois qu’il s’est engagé à respecter les préceptes de la religion et, surtout, de protéger ses secrets. En substance, le nosayrisme est une religion antinomique, et les obligations religieuses des initiés et des non initiés se limitent à des préceptes moraux de nature générale, ainsi que d’autres directives morales qui ne sont pas spécifiques du nosayrisme. Les fidèles doivent aussi procéder à certaines pratiques religieuses comme le pèlerinage (ziârât) sur la tombe des saints nosayrîs, l’un des plus célèbres étant Kezr (Dussaud, p. 128-35 ; Franke, p. 259-62).

Les nosayrîs croient que la divinité se manifeste à travers l’histoire sous la forme d’une trinité. Influencé par le concept de révélation cyclique, qui a put être emprunté aux ismaélites, ils croient aussi que cette révélation trinitaire n’est pas limitée à une seule période, mais est, en réalité, une théophanie qui est réapparue durant sept périodes (appelé akwâr, adwâr ou qobab/qebâb) au cours de l'histoire. Selon la doctrine trinitaire nosayri, attestée dès le 10ème siècle, deux hypostases (aqânim) émanent de l’aspect suprême de la divinité. Cet aspect suprême est nommé ma’nâ (faisant référence au « sens », ou à « l’essence »), et il est parfois identifié avec Dieu lui-même. La première des deux hypostases est l'ism (nom) ou hijab (voile). Ces termes représentent les deux aspects de sa nature dialectique : conduisant vers la divinité et se révélant ainsi aux initiés, tout en la voilant aux non-initiés. La seconde est le bâb (portail), qui est la porte à travers de laquelle le croyant gnostique peut contempler le mystère de la divinité, tout en cherchant à atteindre une union mystique avec la divinité.

Cette trinité est censée pour avoir été incarné au travers de personnages historiques ou mythiques. La pléthore des êtres joue un rôle dans la sphère divine nosayri, et inclue des personnages bibliques aux côtés de personnages de la tradition grecque, iranienne et arabe. Les listes complètes des triades dans lesquels la divinité s’est incarnée dans les différents cycles apparaissent uniquement dans des sources relativement tardives (voir, par exemple, Adani, p. 61-62 ; Bar-Asher et Kofsky, p. 172-83). Ces listes font penser aux listes des imams dans les cycles cosmiques ismaélites et druzes de la révélation. Il y a un consensus concernant l’identité des deux premières personnes de chaque triade, tandis que la troisième n’est pas clairement identifiée. Les paires constituant le ma’nâ et le ism/hijâb des six premières triades sont : Abel et Adam, Seth et Noé, Joseph et Jacob, Josué et Moïse, Asaph et de Salomon, Pierre et Jésus. La raison de cet ordre inversé dans la présentation, le fils avant le père ou l’élève avant le maître, devient évident lorsque l’on fait la comparaison avec la septième et dernière triade. Dans le septième et dernier cycle, « le cycle Mohammadien » (al-qobba al-mohammadiya) qui ouvre l’ère musulmane, la Trinité fut incarnée dans les trois figures centrales de l’islam primitif : ‘Ali en tant que ma’nâ, Mohammad est le ism, et Salmân Fâresi le bâb. La primauté d’Ali sur Mohammad, une caractéristique partagée par diverses sectes extrémistes, semble avoir créé un précédent en ce qui concerne l’inversion des deux premières personnes représentant le ma’nâ et le ism dans les autres triades. Les différents personnages représentant le bâb dans les six cycles avant l’ère musulmane comprennent à la fois des anonymes, comme Yâ’el b. Fâten, et Dân b. Osbâ’ot (ce dernier est probablement une forme corrompue de l’hébreu Adonaï Sebâ’ot), et des noms plus familiers, tels que l’archange Gabriel ou Hâm b. Kuch (voir Bar-Asher et Kofsky, p. 179). Il existe cependant d’autres séries de bâb. Dans le passage suivant, tiré d’un des textes sacrés de la secte, le kitâb al-majmou (un recueil de prières composé de seize chapitres, Dussaud, p. 161-98, et Salisbury, p. 234-64), la croyance en la trinité se résume comme suit : « je témoigne que mon souverain… ‘Ali qui a produit le seigneur Muhammad en dehors de la lumière de son essence, et qui lui attribua son Nom, son âme, son trône, et son siège, et ses attributs… Je témoigne que le seigneur Muhammad a créé Salman hors de la lumière de sa lumière, et le préposa à être son bâb, et le porteur de son livre » (achado be-anna mawlâya... ‘Ali ektara’a al-sayyed Mohammad min nour dâtehi wa-sammâho esmaho wa-nafsaho wa ‘archaho wa korsiyaho wa sefâtehi… wa achado be-anna al-sayyed Mohammad kalaqa Salman min nour nourehi wa-ja’alaho bâbaho wa hâmela kitâbehi ; traduction de Salisbury avec de légères modifications, p. 245-46 ; Dussaud, p. 168).

En plus de cette tendance à identifier le ma’nâ incarnée en ‘Ali avec la divinité, il existe également une autre approche au sein de la religion nosayri, celle qui fait une distinction entre la divinité et la trinité qui émane d’elle, et qui n’est donc pas identique à celle-ci (voir par exemple, Bar-Asher et Kofsky, p. 35-38). En outre, en plus de son incarnation dans une série de triades à travers l'histoire, la divinité se matérialise aussi dans les onze premiers imams du chiisme duodécimain, en commençant par ‘Ali et en se terminant par Hasan al-‘Askari.

Dussaud (p. 67) nota que, contrairement à la conception chrétienne de la trinité, la doctrine trinitaire nosayri est caractérisée par les relations hiérarchiques de ses trois hypostases. Dans un passage de son majmou al-‘ayâd (p. 54-55), portant sur l’interprétation nosayri de la fête de Gadir Komm, Tabarâni définit clairement les relations au sein de la trinité, en disant que le jour de Gadir Komm est un jour « où le ma’nâ s’est révélé dans son essence, tandis que son ism, Mohammad, fut révélé avec lui, en l’appelant et en pointant vers lui, et son bâb, Salmân [fut révélée] avec lui (le ma’nâ), en l’appelant, et en dirigeant le monde vers lui, témoignant pour eux et contre eux ; le Monde prééminent [de l'émanation] (al-‘âlam al-kabir al-nourâni), les cinq mille créatures lumineuses, sont présentes et révélées ensemble avec le ma’nâ, l’ism et le bâb ».

De la trinité émanait une série d’entités complémentaires, à la tête de laquelle sont cinq yatims (les cinq incomparables), qui furent également identifiés à des compagnons de premier plan de Mohammad, à savoir, Abou Darr Gefâri, Meqdâd b. Aswad Kendi, ‘Abdallah b. Rawâha Ansâri, ‘Otmân b. Maz’oun Najâchi, et Qanbar b. Kâdân Dawsi. Les yatims sont considérés à la fois comme les créateurs de ce monde et les dirigeants des cieux et de ses constellations (Dussaud, p. 68ff, 168, 188 ; Salisbury, p. 246 ; Mousa, p. 357-61). Une caractéristique de la doctrine métaphysique nosayri, qui doit être mentionnée, est la dynamique interne des êtres divins. Chacune des entités possède un potentiel qui lui permet de s’élever l’une au-dessus de l’autre, afin de se métamorphoser, de cette façon, de yatim en bâb, de bâb en ism, etc.

Le mystère de la trinité nosayri, connue sous l’acrostiche serr ‘A[yn] M[im] S[in] (le Mystère d’Ali, de Muhammad, et de Salmân), est au cœur de l’un des rites religieux de la secte, le qoddâs (messe), dans lequel seuls les hommes initiés peuvent y participer, les femmes sont exclues de tout rituel religieux car elle sont considérées comme étant nées des péchés des démons (min donub al-abâlesa kalaqa an-nisâ’ ; Adani, p. 59-63). Il existe plusieurs types de qoddâs, accomplis à plusieurs occasions tout au long du calendrier nosayri ; la caractéristique commune de toutes ces cérémonies est, comme dans le culte chrétien, le rituel du pain et du vin (ce dernier est souvent appelé ‘abd an-nour « le serviteur de la lumière »). Le rituel du vin est intronisé avec une importance particulière car ‘Ali est censé s’être incarné en vin (voir, par exemple, Bar-Asher, p. 212-14; Bar Asher et Kofsky, p. 194-96).

Sous l’influence des concepts gnostiques, les nosayrîs affirment avoir vu le jour avant la création du monde. Un mythe gnostique représentant la Genèse et la chute de l’âme des croyants nosayrîs se trouve dans le texte proto-nosayri kitâb al-haft wa-l-azella, attribué à Mofazzal b. ‘Omar Jo’fi, un disciple de l’imam Ja’far as-Sâdiq. Une version plus détaillée du mythe apparaît dans le Bâkoura d’Adani (p. 59-63). Selon ce mythe, les nosayrîs étaient les lumières qui, avant la création du monde, entouraient Dieu et chantaient ses louanges. Après une série de transgressions, dont la plus grave d’entre elles était le péché d’orgueil et de rébellion contre la parole divine, les nosayrîs tombèrent dans le monde matériel, où ils furent métamorphosés en êtres vivants, en légumes et en minéraux ; ce n’est seulement que par le biais d’un effort mystique qu’ils peuvent corriger leurs lacunes et rejoindre leur origine divine (Bar-Asher et Kofsky, p. 75-83).

La nature de la religion syncrétique nosayri est aussi évidente de par son calendrier, qui regorge de célébrations de diverses origines, y compris chrétienne, persane, et musulmane (aussi bien sunnite que chiite). De la religion perse, les nosayrîs ont repris la fête de nowrouz, le nouvel an persan, et le mehragân. Selon la tradition nosayri, cela marque la révélation de la divinité incarné en ‘Ali chez les Perses à des époques primordiales et historiques. Du christianisme, ils ont adopté, entre autres, l’Épiphanie, appelée ‘id al-Getâs (la fête du baptême), et Noël ; de l’islam, ils ont repris ‘id al-Fitr (la fête de la rupture du jeûne), même s’ils n’observent pas le jeûne qui le précède, et ‘id al-adhâ (la fête du sacrifice), célébrée traditionnellement à la fin du pèlerinage de la Mecque, bien que le pèlerinage ne soit pas, du point de vue nosayri, obligatoire. Enfin, de l’islam chiite, ils ont emprunté ‘id al-gadir (le jour qui marque pour les chiites la nomination divine d’Ali en tant qu’héritier de Mahomet), bien que chez les nosayris, cela marque l’anniversaire de la proclamation de Mahomet au sujet de la réelle divinité d’Ali, et l’achoura (le jour où les chiites commémorent le martyre de l’imam Hosayn b. ‘Ali à Karbala en 680), qui pour les nosayrîs, qui rejettent la mort de l’imam Hosayn en tant que docétisme, commémore son occultation. Cette large gamme de jours saints démontre l’adaptabilité de la secte qui fut opprimée durant la plus grande partie de son histoire. Il convient de rappeler, en outre, que ces célébrations ont été entièrement vidées de leur contenu originel, et sont corrigées par les nosayrîs en fonction de leur propre religion, d’une manière qui ne ressemble guère, tant sur le fond que sur la forme, aux religions et aux cultures dont elles émanent. Être regardé comme des hérétiques dans le monde musulman (voir, par exemple, la fatwa d’Ibn Taymiya à leur encontre, dans Guyard, p. 185-86, 192, 194) n’a pas empêché les nosayrîs de se considérer comme des gens dont la croyance en l’unité de Dieu est impeccable, d’où le nom mowahhida ou mowahhidoun (unitariens ou monothéistes) qu’ils ont adopté pour eux-mêmes. Parmi les nosayrîs contemporains de Syrie, il subsiste deux tendances distinctes : les membres les plus conservateurs de la communauté, qui vivent principalement dans les montagnes alaouites et sont restés fidèles aux croyances et aux rites traditionnels de la secte, et les autres, qui s’assimilent au chiisme duodécimain (dont les adhérents en Syrie sont appelés Ja’fari), et s’identifient en réalité aux chiites. Cela est principalement dû à l’influence des communautés chiites (voir Mervin, p. 288).

 

Meir B. Bar-Asher, « Nosayris », Encyclopaedia Iranica, Online Edition, 14 janvier 2004, disponible sur iranica.com.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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