Les Amis Homosexuels du Prophète

 

 

 

Il est évident qu’il ait existé au temps de la prédication des homosexuels. La tradition musulmane en mentionne plusieurs côtoyant quasi-quotidiennement le Prophète. Au début de l’islam, Mahomet faisait preuve de tolérance à leur égard, un verset coranique fut même révélé pour leur permettre d’aller et venir où bon leur semble, mais cette liberté prendra fin du jour au lendemain et ceux-ci deviendront des parias de la oumma.

L’homosexualité dans la révélation
Le Coran rapporte que Lot, considéré comme un prophète chez les musulmans, a réprimandé son peuple de cette manière : « vous livrez vous à cette turpitude que nul parmi les mondes n’a commise avant vous ? Certes, vous assouvissez vos désirs charnels avec les hommes au lieu des femmes ! Vous êtes bien un peuple outrancier » (7.80-81). Par la suite, Allah a anéanti la cité (Sodome et Gomorrhe dans la Bible). Ce passage ne laisse guère de doute quant à la raison pour laquelle Allah a procédé à la destruction du peuple de Lot, on en conclut par conséquent que l’homosexualité est un grave péché. D’autres versets y font référence, cependant, les oulémas des générations plus tardives les réinterpréteront pour leur donner un sens nouveau. Ce sont deux versets de la sourate des femmes : « celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d’entre vous. S’ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu’à ce que la mort les rappelle ou qu’Allah décrète un autre ordre à leur égard. Les deux (alladhâni) d’entre vous qui l’ont commise, sévissez contre eux deux. S’ils se repentent ensuite et se réforment, alors laissez-les en paix. Allah demeure accueillant au repentir et miséricordieux » (4.15-16). Dans le verset 16, le pronom duel alladhâni désigne deux personnes de sexe masculin, tandis que dans le verset précédent, c’est allâti qui est employé en faisant référence à plusieurs femmes. Il semblerait que le lesbianisme et l’homosexualité masculine soient blâmés et châtiés à travers cette révélation, bien que les exégètes aient dans leur ensemble soutenu que cela soit en rapport avec la fornication et l’adultère dans le cadre de relations hétérosexuelles. D’après ces derniers, ces deux versets seraient abrogés par le 24.2 prescrivant les cent coups de fouet pour fornication, ainsi que par le hadith condamnant les gens mariés à la lapidation. La législation se serait donc durcie progressivement. C’est en réalité une manipulation des savants religieux afin d’éliminer une contradiction interne du Coran. En effet, dans un premier temps, Allah ne tolère pas l’homosexualité et décime ceux qui s’y adonnent, puis arrivé au VIIe siècle, il révise son jugement et décide de les laisser en vie en leur imposant tout de même une sanction plus ou moins légère ! Certains imams ont fait preuve d’honnêteté à l’exemple de Moujâhid ibn Jabr (m. 722), un érudit de La Mecque, dont l’interprétation du verset 16 a été conservée par un célèbre moufassir : « le verset a été révélé au sujet de deux hommes qui ont commis l’acte de fornication », comme s’il voulait parler de l’homosexualité, remarque Ibn Kathir (m. 1373), et Allah sait mieux »1. Dans un autre tafsîr très réputé, on y lit les propos suivant : « le jugement de l’homosexualité est plus probable comme l’atteste la présence du pronom duel »2. Le brillantissime juriste d’origine irakienne Abou Hanifa (m. 767) s’est en l’occurrence basé sur ce passage coranique pour définir la peine légale en cas de rapports homosexuels, nous y reviendrons. Dans la sourate an-Nour, on trouve un autre verset mentionnant indirectement les homosexuels : « et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou à ce que leurs droites possèdent, ou aux domestiques mâles sans désir, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes » (24.31). Les domestiques mâles sans désir sont, d’après certains exégètes des premières générations, des efféminés qui n’ont pas d’érection3.

La définition de l’efféminé
Ibn Hajar al-‘Asqalâni (m. 1449) a répertorié l’avis d’Ibn Habib selon lequel un efféminé (al-moukhanaf en arabe) est « un homme possédant les caractéristiques d’une femme bien qu’on ne connaisse de lui quelconque implication dans un acte immoral »4, et selon les linguistes en général, l’efféminé est « celui qui ressemble aux femmes dans son comportement et sa façon de parler et de bouger »5. En d’autres termes, l’efféminé est un homosexuel faisant abstinence et ressemble aux femmes dans son comportement de tous les jours. Nous aborderons à la fin de cette étude le traitement infligé à ceux ayant succombés à la tentation.

La tradition rapporte que « le Messager d’Allah a maudit les hommes qui imitent les femmes, et les femmes qui imitent les hommes »6. Néanmoins, ce récit n’englobe pas l’ensemble des efféminés comme l’explique an-Nawawi (m. 1277) :

Les oulémas ont dit : « il y a deux types d’efféminés : l’un a été créé ainsi et n’essaye pas d’imiter volontairement le comportement des femmes, la façon dont elles s’habillent, parlent ou bougent. C’est sa nature créée par Allah. Par conséquent, il n’y a pas à le blâmer ni de reproche à lui faire, et il n’y a pas de péché ni de punition, car il est excusable. C’est pourquoi le Prophète ne l’a au départ pas empêché d’entrer chez les femmes (…). Le deuxième type d’efféminé est celui qui n’a pas été créé ainsi et imite le comportement des femmes, la façon dont elles bougent, parlent et s’habillent. Cela est condamnable et c’est à celui-ci que font référence les hadiths authentiques en le maudissant. Et c’est le sens de l’autre hadith : « qu’Allah maudisse les hommes qui imitent les femmes, et les femmes qui imitent les hommes ». Le premier type n’est pas concerné par la malédiction.7

Ceux qui le sont par nature avaient donc la possibilité de rendre visite aux femmes du Prophète et des croyants sans au préalable demander la permission, notamment grâce à la descente du verset 24.31. Voyons maintenant quels étaient ces gens-là et ce qu’ils sont advenus.

Des homosexuels chez le Prophète
Il semblerait que la tradition n’ait à la base mentionné que deux ou trois efféminés dans l’entourage de Mahomet. Les erreurs de scribes, de lecture, ou une mauvaise transmission orale, sont probablement à l’origine d’une multitude de noms, car, comme nous allons le constater, les récits sont extrêmement similaires. On dénombre jusqu’à huit homosexuels : Hinb, Hît, Mâti’, Hidm, Mâni’, Anna, et Anjacha, en plus d’une autre personne dont le nom nous est inconnu. Al-Boukhâri (m. 870) a parlé de l’un d’eux dans son authentique corpus de hadiths :

Oumm Salama a rapporté que le Prophète est entré chez elle et qu’un efféminé était également chez elle. Le Messager d’Allah l’a entendu dire à ‘Abdullah bin Abi ‘Omayya : « si Allah t’accorde la victoire demain à Tâ’if, demande en mariage la fille de Ghaylân car elle a quatre plis devant et huit de dos ». Alors le Prophète a dit: « ne faites plus entrer ceux-ci chez vous ».
Ibn ‘Ouyayna a dit : « Ibn Jourayj a dit que l’efféminé est Hît ». Mahmoud nous a rapportés : Abou ‘Oussama nous a rapportés qu’Hichâm a rapporté cela avec un ajout : ce jour-là il était en train d’assiéger Tâ’if.8

‘Aïcha nous a confiés que celui-ci rendait régulièrement visite aux femmes du Prophète9. Mais les historiens ont eu des désaccords concernant le nom de cette personne. Certains pensent que c’est Hît, d’autres Mâti’, comme Ibn Ishâq (m. 768), ou encore que Mâti’ est le surnom de Hît ou vice-versa. Al-Wâqidi (m. 822) fait, lui, une distinction entre les deux en affirmant que « Hît est le mawla d’Abdullah bin Abi ‘Omayya et Mâti’ est le mawla de Fâkhita »10. La confusion vient en fait d’un hadith très similaire enregistré par Ibn al-‘Athîr (m. 1233) :

Mohammed bin Ibrahim bin al-Hârith at-Taymi a rapporté :
Il y avait avec le Messager d’Allah, durant l’expédition de Tâ’if, un mawla pour sa tante. Sa sœur était la fille de ‘Amr bin ‘Â’idh bin Makhzoum. L’efféminé s’appelait Mâti’. Il entrait chez les femmes du Messager d’Allah et restait dans leurs maisons. Le Messager d’Allah ne pensait pas qu’il était conscient des choses des femmes comme l’étaient les hommes. Il ne pensait pas qu’il avait du désir. Il l’a entendu dire à Khalid bin al-Walid al-Makhzoumi : « Ô Khalid ! Si le Messager d’Allah conquiert Tâ’if, ne te présenterai-je pas Bâdiya bint Ghaylân bin Salama ? Elle a quatre plis devant et huit derrière ». Le Messager d’Allah a dit lorsqu’il l’a entendu dire cela : « je ne pensais pas que ce malin était conscient jusqu’à ce que je l’entende parler ainsi ! » Puis il a dit à ses femmes : « qu’il n’entre plus chez vous ».11

Outre cela, il existe encore une autre tradition présentant quelques ressemblances, mais faisant apparaitre cette fois-ci le nom d’Anna. Ce hadith semble beaucoup plus tardif, c’est pourquoi Ibn Hajar al-‘Asqalâni soupçonne qu’à l’origine il devait s’agir de Hît dont l’histoire fut, avec le temps, progressivement modifiée :

Al-Bâroudi a mentionné dans « as-Sahâba » par la voie d’Ibrâhîm bin Mouhâjir d’après Abi Bakr bin Hafs qu’Aïcha a demandé à un efféminé de Médine qui s’appelait Anna : « nous présenterais-tu une femme que nous fiancerions à ‘Abd ar-Rahman bin Abi Bakr ? » Il a répondu : « bien sûr ». Et il a décrit une femme avec quatre plis devant et huit derrière. Le Messager d’Allah l’a entendu et dit : « Ô Anna ! Sors de Médine et va à Hamrâ’ al-‘Asad, et y installe-toi ! ».
Le plus probable est que le nom mentionné dans le hadith de ce chapitre est Hît.12

Abou Dâwoud (m. 889) a recueilli dans ses Sunan, à propos de Hît, qu’il fut expulsé vers al-Baydâ’ et revenait chaque semaine à Médine demander de la nourriture. On a alors fait remarquer à Mahomet qu’il allait mourir de faim, il fut donc autorisé à revenir deux fois par semaine13. L’imam ach-Châfi’i (m. 820) écrit que l’efféminé a habité dans ce lieu de refuge jusqu’à l’époque des deux premiers califes, Abou Bakr et ‘Omar, et que « cette situation était pénible pour lui et celui-ci s’en plaignait ». Contrairement à Abou Dâwoud, Châfi’i nous informe que « certains imams l’ont autorisé à revenir à Médine un jour dans la semaine pour faire des achats, pour ensuite repartir »14. Châfi’i ayant vécu au VIIe/VIIIe siècle, sa version de l’histoire est plus fiable puisque plus primitive, tandis que les savants des générations postérieures – et peut-être même Abou Dâwoud – ont vraisemblablement revisité le récit de façon volontaire afin de faire ressortir le côté bienveillant du Prophète. Concernant Mâti’, on a rapporté qu’Abou Bakr l’a expulsé vers Fadak15.

La littérature religieuse cite également le nom de Hinb aux côtés de Hît et Mâti’. Ces trois-là « n’ont pas été accusés de s’être livrés à l’impudicité, commente Shams al-Haqq al-‘Azîm Abâdi (m. 1911), cependant, ils étaient féminins dans leur façon de parler et se pigmentaient les mains et les pieds comme les femmes et avaient les mêmes distractions qu’elles »16. On trouve aussi Hidm et Mâni’ qui pouvaient entrer chez les femmes sans que ces dernières n’aient besoin de se voiler17. Le traditionaliste al-Bayhaqi (m. 1066) les a évoqués dans le hadith suivant :

Il y avait trois efféminés à l’époque du Messager d’Allah : Mâni’, Hidm, et Hît. Mâni’ était le mawla de Fâkhita bint ‘Amr bin ‘Â’id. Le Prophète l’a interdit d’entrer chez ses femmes et de venir à Médine, ensuite, il l’a autorisé à revenir le vendredi afin de demander de la nourriture, puis de repartir, et il a exilé avec lui ses compagnons Hidm et Hît.18

Tous ces personnages (Hît, Hinb, Hidm, Mâti’, Mâni’ et Anna) paraissent être la même personne étant donné que les noms et les récits se ressemblent. D’autre part, il se pourrait que cette autre tradition soit pareillement liée bien qu’aucun nom n’y soit cité :

Abi Horayra a rapporté qu’on a amené au Prophète un efféminé qui avait teint ses mains et ses pieds avec du henné. Le Prophète a demandé : « qu’est-ce qui se passe avec cet homme ? » on lui a répondu : « Ô Messager d’Allah ! Il a imité les femmes ! » Il a ordonné de l’exiler à Naqî’. Ils ont demandé : « Ô Messager d’Allah ! Ne devons-nous pas le tuer ? » Il a répondu : « on m’a interdit de tuer ceux qui prient ».
Abou ‘Oussama a dit : Naqî’ est dans la région de Médine, ce n’est pas al-Bâqî’.19

Enfin, Anjacha. C’était un jeune esclave noir, plus précisément un éthiopien que l’on surnommait Abou Maria d’après al-Balâdhouri (m. 892), et la tradition rapporte de lui qu’il était efféminé20. Al-Boukhâri a remémoré son souvenir en rappelant qu’il transportait les femmes de Mahomet à dos de chameaux, et qu’à cause de son allure trop excessive, le Prophète lui a demandé de ralentir21. Cet évènement s’est déroulé en l’an 10 de l’hégire, lors du pèlerinage de l’adieu22. Ensuite, le Messager d’Allah l’a banni car c’était un efféminé23. Or, nous avons vu dans les textes précédents que le Prophète prit la décision d’exclure certains efféminés durant le siège de Tâ’if, c’est-à-dire, en l’an 8. Cela montre que Mahomet n’exilait ces gens que lorsqu’il n’avait plus besoin de leurs services.

L’efféminé et l’homosexuel à travers la jurisprudence
La tradition prophétique décrète le ban pour les personnes efféminées, néanmoins, cette loi n’a presque jamais été appliquée dans le monde musulman d’hier et d’aujourd’hui, y compris dans les pays les plus rigoristes tels que l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Le calife ‘Omar ibn al-Khattâb (m. 644) en aurait expulsé un. Les efféminés ont subi également des persécutions, toutefois, la plupart des califes les laissaient libres. Ceux-ci furent particulièrement présents dans le milieu artistique et beaucoup étaient musiciens. L’un des musiciens efféminés les plus célèbres dans la littérature islamique se nomme Dalâl (m. 762) auquel est rattaché de nombreuses anecdotes. On raconte qu’un jour, il s’est fait surprendre ivre en compagnie d’un jeune garçon, on l’a alors emmené devant le gouverneur de Médine qui a ordonné :

« Déshabillez-le et infligez-lui la peine légale ! » Il (Dalâl) a répondu : « cela ne te profitera en rien, car, par Allah, tous les jours je me fais châtier ! » Il a demandé : « qui te fait cela ? » Il a répondu : « les pénis des musulmans !!! » Il a dit : « jetez-le face contre terre et asseyez-vous sur son dos ! » Il a répondu : « je pense que le gouverneur a envie de voir comment je me fais sodomiser !!! » Il a dit : « qu’Allah le maudisse ! Relevez-le et faites-le parader à Médine avec le jeune garçon ». Alors on les a fait parader à travers la ville. On a dit à Dalâl : « que se passe-t-il Ô Dalâl ? » Il a répondu : « le gouverneur veut nous unir tous les deux, alors il m’a fait venir avec ce garçon et proclamé notre union, mais si quelqu’un vient à lui dire que c’est un proxénète, il va s’énerver ». En entendant cela, le gouverneur a dit : « laissez-les partir, la malédiction d’Allah est sur eux deux ».24

Il y a consensus des oulémas sur l’interdiction de l’homosexualité25, Ibn Hazm (m. 1064) ajoute même que celui qui rend cela licite est « un mécréant et un polythéiste dont le sang et les biens sont permis »26. Ibn Hajar résume ainsi la situation :

L’efféminé ressemblant aux femmes n’est pas celui qui est actif dans l’acte sexuel. S’il fait cela, son châtiment est la lapidation et c’est inévitable pour lui, il n’a pas à être exilé. Quant au passif, on a eu des désaccords concernant son châtiment. Selon la majorité, son châtiment est la peine pour fornication. S’il y a une preuve contre lui, il sera fouetté et exilé, car il n’a pas été capable de faire abstinence. Mais s’il a seulement imité les femmes, il sera simplement exilé.27

Ibn Hajar a choisi la lapidation comme méthode d’exécution – c’est l’avis de l’école chaféite à laquelle il appartient et de son fondateur – de même qu’Ibn Chihâb az-Zouhri (m. 742), Malik ibn Anas (m. 795), al-Layth (m. 791), et Ishâq bin Râwayh (m. 853), que l’homosexuel soit marié ou non. Mais les juristes ont eu de nombreuses divergences à ce sujet : un autre groupe a dit que l’actif et le passif, l’un comme l’autre, seront lapidés s’ils sont mariés, mais dans le cas contraire, on leur appliquera cent coups de fouet comme pour la fornication et seront bannis, c’est l’opinion d’al-Hassan al-Basri, ‘Atâ’, an-Nakha’i, Qatâda, et al-‘Awzâ’i en raison du hadith prophétique : « si homme pénètre un homme… ce sont deux fornicateurs »28. Un troisième groupe  a prétendu que le passif sera lapidé qu’il soit marié ou non, et l’actif lapidé seulement s’il est marié.

Ibn ‘Abbâs (m. 687) recommande, quant à lui, « de chercher le plus haut bâtiment de la cité et, de là, l’y jeté (l’homosexuel) la tête la première, cela doit être ensuite suivi de la lapidation »29. Ibn Qayyim al-Jawziyya (m. 1350) explique « qu’Ibn ‘Abbâs a adopté cette peine légale en référence au châtiment d’Allah infligé aux homosexuels du peuple de Lot »30. Il est dit dans le Coran : « Nous renversâmes [la ville] de fond en comble et fîmes pleuvoir sur eux des pierres d’argile dure » (15.74), et « Nous avons fait pleuvoir sur eux une pluie. Regarde donc ce que fut la fin des criminels ! » (7.84). L’interprétation classique est que « Gabriel a soulevé (la ville) jusqu’au ciel et l’a fait tomber face contre terre »31, puis il a fait s’abattre sur eux des pierres d’argile. Ibn ‘Abbâs a voulu reproduire ce châtiment d’Allah étant donné que la Prophète n’a pas légiféré sur ce point.

Exécution de deux homosexuels par l’État Islamique, extrait d’une vidéo de propagande

 

Un rapport attribué à Abou Bakr mentionne qu’il faut que l’on fasse s’effondrer un mur sur l’homosexuel. On a dit aussi qu’il faut brûler l’actif comme le passif, et cela parce qu’Ali a conseillé au calife Abou Bakr (m. 634) de brûler un homosexuel capturé par Khalid ibn al-Walid (m. 642). Ce dernier a appliqué la sentence. Ibn Wahb a suggéré que « Khalid l’ait exécuté avant de l’avoir brûlé par le feu », tandis que Ibn Habib a rétorqué que « celui qui brûle par le feu quelqu’un qui a commis un acte identique au peuple de Lot n’est pas en faute »32. Les califes ‘Ali ibn Abi Tâlib (m. 661), Ibn az-Zoubayr (m. 692), Hicham ibn ‘Abd al-Mâlik (m. 743), ainsi que le gouverneur d’Irak al-Qasri (m. 743) brûlaient les homosexuels33. De plus, l’histoire musulmane raconte qu’Abou Bakr a brûlé vif un autre homme portant le nom d’al-Foujâ’a34, qui était, selon les dires du savant chaféite Abou Ishâq al-Marwazi (m. 951), un homosexuel35.

Le dernier avis, qui est minoritaire, est celui d’Abou Hanifa qui préconise le ta’zîr, c’est-à-dire, un nombre de coups de fouet décrété par un juge. Ceci étant aussi le point de vue du tabi’i al-Hakam bin ‘Otayba (m. 733), du savant zahirite Abou Soulaymân (m. 884) et de son école36. Comme nous l’avons dit précédemment, Abou Hanifa s’est basé sur le Coran pour énoncer son verdict, et il a, de surcroît, parlé des règles de pureté :

Abou Hanifa a dit : il n’y a pas de peine légale, et cela n’invalide pas le pèlerinage ou le jeûne. Il n’est pas obligatoire pour lui de procéder à un bain rituel sauf en cas d’éjaculation. On appliquera le ta’zîr aux deux homosexuels et ils seront emprisonnés jusqu’à leur repentir.37

Pour les cas particuliers comme les individus non pubères, ils ne sont pas concernés par la peine légale, cependant, ils seront punis de façon à les dissuader de recommencer ce crime. Les fous et les violés n’encourront, pour leur part, aucun préjudice moral ou physique.

À propos du lesbianisme, Mahomet aurait dit : « si une femme a un rapport sexuel avec une autre femme, ce sont toutes deux des fornicatrices », mais ce hadith est faible38. En fait, les oulémas ont estimé que, puisqu’il n’y a pas eu de pénétration, c’est le ta’zîr qui prévaut et non la peine légale pour fornication39.

Tels sont les avis des théologiens sur les différents types d’homosexualité et telle est la religion des musulmans.

 

 

 

1 Tafsir al-Qor’ân al-‘Azîm, Ismâ’îl Ibn Kathîr, volume 2, p.236, Dâr Tayba, 2002

2 Tafsir al-Jalâlayn, Jalal ad-Din al-Mahalli et Jalal ad-Din as-Souyouti, p.102, Dâr al-Hadith

3 Tafsir al-Qor’ân al-‘Azîm, volume 6, p.48, sourate 24 verset 31

4 Fath al-Bâri Charh Sahih al-Boukhâri, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 9, p.334-335, Dâr al-Ma’rifa, 1379

5 Al-Minhâj Charh Sahih Moslim bin al-Hajâj, Yahya bin Charaf an-Nawawi, volume 14, p.165, Dâr al-Kitâb al-‘Arabi, 1407

6 Sunan at-Tirmidhi 2784. Abou ‘Isa a dit : ce hadith est hassan sahih.

7 Al-Minhâj Charh Sahih Moslim bin al-Hajâj, volume 14, p.164

8 Sahih al-Boukhâri 4069

9 Sahih Moslim 2181

10 Fath al-Bâri, volume 9, p.334

11 Ousoud al-Ghâba, Abou-l-Hassan Ibn al-‘Athîr, volume 4, p.229, Dâr al-Fiker, 1989

12 Fath al-Bâri, volume 9, p.334

13 Sunan Abi Dâwoud 4107

14 Kitâb al-Oumm, Mohammed bin Idris ach-Châfi’i, volume 6, p.157, Dâr al-Ma’rifa, 1990

15 ‘Omdat al-Qâri Charh Sahih al-Boukhâri, Badr ad-Din al-‘Ayni, volume 17, p.304, Dâr ‘Iyhâ’ at-Tourâth al-‘Arabi

16 ‘Awn al-Ma’boud Charh Sunan Abi Dâwoud, Mohammad Shams al-Haqq al-‘Azîm Abâdi, volume 13, p.189, deuxième édition, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiya, 1415

17 Al-Isâba fi Tamyîz as-Sahâba, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 6, p.564, Dâr al-Jîl, 1412

18 At-Talkhîs al-Habîr, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 4, p.111, Mou’ssassa Qortoba, 1995

19 Sunan Abi Dâwoud 4928. Le hadith est faible : « al-Mondhiri a dit : dans sa chaîne de transmission, il y a Abou Yassâr al-Qorachi. On a interrogé Abou Hâtim ar-Râzi à son sujet, il a répondu qu’il était inconnu » (‘Awn al-Ma’boud, volume 13, p.188).

20 Al-Isâba fi Tamyîz as-Sahâba, volume 1, p.119

21 Sahih al-Boukhâri 5857

22 Ousoud al-Ghâba, volume 1, p.144

23 Fath al-Bâri, volume 10, p.334

24 Kitâb al-‘Aghâni, Abou-l-Faraj al-‘Asfahâni, volume 4, p.199, Dâr Sâder, 2002

25 Al-Bayân fi Madhhab al-Imam ach-Châfi’i, Abou-l-Hussein al-‘Imrâni, volume 12, p.366, Dâr al-Minhâj, 2000

26 Al-Mouhalla bi-l-‘Athâr, Ibn Hazm, volume 12, p.388, Dâr al-Fiker

27 Fath al-Bâri, volume 12, p.160

28 Al-Bayân fi Madhhab al-Imam ach-Châfi’i, volume 12, p.366

29 Al-Majmou’ Charh al-Mouhadhdhab, Yahya bin Charaf an-Nawawi, volume 20, p.24, Dâr al-Fiker

30 Al-Jawâb al-Kâfi, Ibn Qayyim al-Jawziya, p.120, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya

31 Tafsir al-Jalâlayn, Jalal ad-Din al-Mahalli et Jalal ad-Din as-Souyouti, p.343, Dâr al-Hadith

32 Al-Mouhalla bi-l-‘Athâr, volume 12, p.389

33 Ibid.

34 Târikh al-Ya’qoubi, Ja’far bin Wahb bin Wâdi’ al-Ya’qoubi, volume 2, p.21-22, Charikat al-‘A’lami, 2010

35 Al-Mouhalla bi-l-‘Athâr, volume 12, p.389

36 Ibid. p.391

37 Al-Hâwi al-Kabir fi Fiqh Madhhab al-Imam ach-Châfi’i, ‘Ali ibn Mohammed al-Mâwardi, volume 13, p.222, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1999

38 Nayl al-‘Awtâr, Mohammed bin ‘Ali ach-Chawkâni, volume 7, p.139, Dâr al-Hadith, 1993

39 Al-Moughni, Ibn Qoudâma, volume 9, p.58, Dâr Ihyâr at-Tourâth al-‘Arabi, 1985

 

 

 

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