Le Prophète de Satan

 

 

 

L’épisode des versets sataniques est devenu mondialement célèbre grâce à la version romancée écrite par Salman Rushdie. L’auteur, qui a échappé à une vingtaine de tentatives d’assassinat, est l’objet d’une fatwa de l’Ayatollah Khomeini (m. 1989). Les traducteurs japonais et italien de l’œuvre ont été agressés à l’arme blanche et son éditeur norvégien fut sérieusement touché. En 2005, l’Ayatollah Ali Khamenei confirme la fatwa de son prédécesseur en déclarant que le meurtre de Rushdie pour apostasie est légal. L’histoire des versets sataniques est pourtant comprise dans l’immense héritage littéraire que nous ont légué les grands noms de la théologie musulmane.

Un Coran diabolique
Sirat Rasoul Allah, la toute première source islamique, rédigée par Mohammed Ibn Ishâq (m. 767), a mentionné cette anecdote, cependant, le passage en question a été censuré dans la recension d’Ibn Hichâm (m. 834) intitulée As-Sira an-Nabawiyya. Par chance, le célèbre érudit Mohammed Ibn Jarir at-Tabari (m. 923), qui possédait un original d’Ibn Ishâq, a recopié ce texte dans ses livres. Ibn Sa’d (m. 845), un historien postérieur, a lui aussi transcrit les versets sataniques d’après la version d’al-Wâqidi (m. 822) au sein de son recueil At-Tabaqât al-Kobra. L’histoire a de même été reprise par les transmetteurs de traditions mahomédiennes. Mais avant d’en prendre connaissance, il serait utile de connaître les circonstances et l’état d’esprit de Mahomet au moment de la révélation de ces fameux versets controversés.

Les Qoraychites, le peuple qui avait élu La Mecque pour domicile, et dont faisait partie Mahomet, étaient polythéistes et adoraient de nombreux dieux : « le Prophète est entré à La Mecque, rapporte ‘Abdullah bin Mas’oud, et il y avait autour de la Ka’ba trois cent soixante idoles »1. On raconte accessoirement que des fresques recouvraient l’intérieur de la Maison sacrée dont certaines représentaient Jésus et sa mère Marie, ainsi qu’un vieil homme, Abraham, tirant au sort au moyen de flèches. Mahomet aurait commandé de les effacer d’après plusieurs rapports, tandis que d’autres prétendent qu’il les a laissés. La péninsule arabique comptait également différents lieux de culte abritant diverses idoles. Il y avait, parmi elles, Manât, al-Lât, et al-‘Ozza. L’historien irakien Hichâm Ibn al-Kalbi (m. 819) a tracé un historique de ces trois divinités dans son Kitâb al-‘Asnâm (le livre des idoles) :

Manât était la plus ancienne de toutes les idoles. Les Arabes appelaient leurs enfants ‘Abd Manât et Zayd Manât. Elle avait été érigée au bord de la mer aux environs d’al-Mouchallâl à Qoudayd, entre Médine et La Mecque. Tous les Arabes la vénéraient et offraient des sacrifices devant elle. Les Aws, les Khazraj, ainsi que les habitants de Médine et La Mecque et de leurs environs, la vénéraient, lui offraient des sacrifices et lui faisaient des offrandes. (…)
Puis, ils ont adopté al-Lât. Al-Lât était à at-Tâ’if et elle est plus récente que Manât. C’était une pierre de forme cubique. Il y avait un juif à côté d’elle qui mélangeait de la bouillie sucrée. Les Banou ‘Attâb bin Mâlik de Taqîf étaient chargés de sa garde. Ils avaient bâti pour elle un édifice. Les Qoraychites et tous les Arabes vénéraient al-Lât. (…)
Ensuite, ils ont adopté al-‘Ozza. Elle est plus récente que al-Lât et Manât, puisque j’ai entendu dire que les Arabes appelaient leurs enfants du nom de ces deux dernières avant al-‘Ozza (…). Celui qui a adopté al-‘Ozza fut Zâlim bin As’ad. L’idole se trouvait dans une vallée de Nakhlat ach-Châmiyya appelée Hourâd, à côté d’al-Ghoumayr, à droite de la route de La Mecque vers l’Irak. C’est au-dessus de Dhât ‘Irq, à neuf mille d’al-Boustân. Il a bâti pour elle une maison et ils entendaient à l’intérieur la voix. Les Arabes et les Qoraychites ont alors appelé leurs enfants ‘Abd al-‘Ozza. C’était la plus grande des idoles chez les Qoraychites. Ils allaient lui rendre visite, lui faisaient des offrandes et des sacrifices afin d’obtenir ses faveurs.2

Les sources concernant le culte que rendait le Prophète à ces divinités sont très rares. Les grandes biographies sont systématiquement épurées de ce genre de « détails » et tentent de faire passer Mahomet pour un monothéiste dès son plus jeune âge. Citons, tout d’abord, Ibn al-Kalbi, qui a écrit que le Messager de Dieu a dit : « j’ai offert à al-‘Ozza un mouton grisâtre et je suivais la religion de mon peuple »3. L’élève d’at-Tabarâni (m. 970), le mouhaddith Abou Bakr al-Bazzâr (m. 905), a, de son côté, enregistré dans son Mosnad :

Zayd bin Hâritha a rapporté :
Je suis sorti avec le Messager de Dieu et il était monté en croupe par une journée chaude de La Mecque. Nous avions un mouton avec nous que nous avions sacrifié et préparé sur une table servie. Nous avons rencontré Zayd bin ‘Amr bin Noufayl et chacun de nous l’a salué avec la salutation de la période préislamique. Le Prophète a dit : « Ô Zayd – c’est-à-dire Zayd bin ‘Amr – pourquoi est-ce que je vois ton peuple éprouver de la haine envers toi ? » Il a répondu : « par Dieu, Ô Mohammad ! Ce n’est pas à cause de moi. Je suis parti à la recherche de cette religion jusqu’à atteindre Khaybar, mais j’ai découvert qu’ils adoraient Dieu en lui attribuant des associés. J’ai donc demandé où est-ce que je peux trouver cette religion. Je suis alors allé jusqu’en Syrie, mais j’ai découvert qu’ils adoraient Dieu et lui attribuaient des associés. J’ai demandé : « où puis-je trouver cette religion que je cherche ? » Un homme parmi eux a répondu : « tu poses des questions à propos d’une religion que nous ne connaissons pas, personne n’adore Dieu seul sauf un vieil homme de la péninsule arabique ». Je suis allé à sa rencontre. Quand je l’ai vu, il m’a dit : « je vois quelqu’un qui est complètement dans l’erreur. D’où viens-tu ? » J’ai répondu : « je fais partie du peuple de la maison de Dieu, je suis un polythéiste et un panégyriste ». Il a dit : « celui que tu recherches est apparu dans ton pays. Un prophète a été envoyé et son étoile s’est levée, mais il n’a pas encore ressenti quelque chose », Ô Mohammad ». Le Prophète a approché vers lui la table servie. Il a demandé : « qu’est-ce que c’est ? » Il a répondu : « un mouton que nous avons sacrifié sur un de ces autels ». Il a dit : « je ne mangerai rien qui a été sacrifié pour un autre que Dieu ».4

L’authenticité du récit est confirmée par al-Boukhâri (m. 870) qui a consigné dans son corpus la tradition suivante :

‘Abdullah a rapporté que le Messager de Dieu a rencontré Zayd bin ‘Amr bin Noufayl dans un endroit en-dessous de Baldah. Ceci se passa avant que la révélation ne descende sur le Messager de Dieu. Le Messager de Dieu lui a présenté une table servie sur laquelle il y avait de la viande. Il a refusé d’en manger, puis il a dit : « je ne mangerai pas ce que vous avez sacrifié sur vos autels, je ne mangerai rien sauf ce sur quoi le nom de Dieu a été prononcé ».5

Quelques savants, qui n’ont sans doute jamais eu connaissance du rapport d’al-Bazzâr, ont nié que le Prophète puisse avoir été un jour païen. Ceux-ci ont sorti des explications plus ou moins tarabiscotées contredisant clairement le sens apparent du hadith. Ibn Hajar al-‘Asqalâni (m. 1448) a répertorié les avis divergents dans son commentaire et y a greffé ses propres observations :

Ibn Battâl a dit : « la table était servie par des qoraychites qui l’ont présentée au Prophète. Il a refusé d’en manger, puis le Prophète l’a présenté à Zayd bin ‘Amr mais il a refusé d’en manger, et il a dit en s’adressant aux qoraychites qui avaient servi la table en premier : je ne mangerai pas ce qui a été sacrifié sur vos autels ». Ce qu’il a dit est possible, toutefois, je ne sais pas d’où il tient cette affirmation (…).
Al-Kattâbi a dit : « le Prophète ne mangeait pas ce qu’ils sacrifiaient aux idoles sur les autels, il mangeait de tout sauf cela. Ils ne mentionnaient pas le nom de Dieu sur l’offrande, car la loi n’avait pas encore été révélée. La législation interdisant de manger ce sur quoi n’a pas été mentionné le nom de Dieu n’a été révélée que longtemps après la mission » (…). Al-Kattâbi a ajouté : « et il a été dit : l’interdiction de cette chose n’avait pas été révélée au Prophète ». Je dis : c’est envisageable, puisque c’était avant la mission. (…)
Ad-Dâwoudi a dit : « avant la mission, le Prophète se tenait à l’écart des coutumes païennes bien qu’il ne savait pas quelles étaient les prescriptions relatives aux sacrifices. Zayd le savait grâce aux gens du livre qu’il avait rencontrés ».
As-Souhayli a dit : « le Prophète a d’abord appris cette vertu de Zayd grâce à sa réponse, dans le hadith, qu’il n’en mangerait pas (…) ».6

Outre cela, le Coran fait lui-même état du paganisme de Mahomet, ainsi nous lisons dans la sourate ach-Choura : « tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi » (42.52), et dans la sourate ad-Douha : « ne t’a-t-Il pas trouvé égaré ? Alors Il t’a guidé » (93.7). La grande majorité des rituels islamiques ne sont en réalité que la continuation de cérémonials païens pratiqués par Mahomet dans sa jeunesse. Les rites des idolâtres ont fortement imprégné le dogme musulman, et de toute évidence, le fondateur de la nouvelle religion était auparavant un païen jusqu’à la découverte du monothéisme.

Lorsque le Prophète a commencé à prêcher l’islam, les mecquois n’ont pas vu d’un très bon œil cette nouvelle doctrine. Humiliation, persécution, et parfois même torture, étaient le quotidien des adeptes de la secte naissante. Les musulmans jouaient parfois la provocation et blasphémaient contre les dieux des idolâtres : « suce le clitoris d’al-Lât ! », avait l’habitude de dire Abou Bakr7. Mahomet était devenu un paria et cela l’affligeait grandement. Un jour, on vient lui dire : 

« Ô Mohammad ! Viens, pour que nous adorions ce que tu adores, et que tu adores ce que nous adorons. Nous et toi serons unis dans cette affaire. Si celui que tu adores est mieux que ce que nous adorons, nous prendrons une part de lui, et si ce que nous adorons est mieux que ce que tu adores, tu y prendras une part ». Dieu a fait descendre à leur sujet : « dis : Ô vous infidèles ! Je n’adore pas ce que vous adorez. Et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore. Je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez. Et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore. À vous votre religion, et à moi ma religion » (109.1-6).8

Bien que le Prophète ait dans un premier temps décliné la proposition des qoraychites, l’idée lui a manifestement trotté dans la tête pendant un petit moment, en effet, « le Messager de Dieu était attaché au bien-être de son peuple, remarque Tabari, et il souhaitait se rapprocher d’eux d’une façon ou d’une autre. On a dit qu’il cherchait un moyen pour se rapprocher d’eux »9. C’est alors qu’il décida de revenir sur ses propos et d’accepter l’offre de ses concitoyens. Ce revirement est à l’origine de ce qu’on appellera plus tard les « versets sataniques », car le diable sera accusé à la place de Mahomet.

Ibn Hamîd nous a rapportés : Salama nous a rapportés : Mohammed bin Ishâq m’a rapporté d’après Yazîd bin Ziyâd al-Madani que Mohammed bin Ka’b al-Qorazi a dit :
Quand le Messager de Dieu a vu son peuple se détourner de lui, il fut attristé de les voir rejeter ce qu’il était venu leur apporter de Dieu. Il souhaitait en lui-même que quelque chose vienne de Dieu afin de se rapprocher de son peuple. Avec son amour pour son peuple et son attachement à leur bien-être, il serait heureux si certaines difficultés qu’il subissait venaient à disparaitre. Il parlait de cela en lui-même et désirait une issue. Et Dieu Tout-puissant a fait descendre : « par l’étoile à son déclin ! Votre compagnon ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur, et il ne prononce rien par désir » (53.1-3). Quand il est arrivé à ses mots : « avez-vous considéré al-Lât et al-‘Ozzâ, ainsi que Manât, cette troisième autre ? » (53.19-20), Satan a jeté sur sa langue, comme il parlait en lui-même et voulait que son peuple vienne à lui : « ces gharânîq sont prééminentes, et leur intercession est fortement espérée ».
Quand les Qoraychites ont entendu cela, ils se sont réjouis. Ils étaient heureux et ont aimé la façon dont il a parlé de leurs dieux et ils l’écoutèrent, tandis que les croyants avaient confiance en leur prophète dans ce qu’il leur avait apporté venant de leur Seigneur et ne lui avaient reproché aucune faute ni chimère ni erreur. Quand il est arrivé à la prosternation, après avoir fini la sourate, il s’est prosterné et les musulmans se sont prosternés avec leur prophète et croyaient en ce qu’il avait apporté et suivaient son exemple. Les païens qoraychites et d’autres présents dans la mosquée se sont également prosternés quand ils ont entendu la mention de leurs dieux. Il n’y avait personne dans la mosquée, croyant ou mécréant, qui ne s’était pas prosterné, excepté al-Walîd bin al-Moughîra, qui était un très vieil homme et ne pouvait pas se prosterner, mais il a pris une poignée de terre dans sa main et s’est incliné sur elle. Ensuite, les gens se sont dispersés de la mosquée. Les Qoraychites sont partis et ils avaient le cœur joyeux parce qu’ils avaient entendu la mention de leurs dieux, ils disaient : « Mohammad a parlé de nos dieux de la meilleure des façons en affirmant dans sa récitation que les gharânîq sont prééminents et leur intercession fortement espérée ».
Les compagnons du Messager de Dieu qui était en Éthiopie ont eu vent de la prosternation. On a dit : « les Qoraychites se sont convertis à l’islam ! » Certains hommes se sont levés et d’autres sont restés. Gabriel est venu trouver le Messager de Dieu, il a dit : « Ô Mohammad, qu’as-tu fait ? Tu as récité aux gens ce que je ne t’ai pas apporté venant de Dieu et tu as dit ce qui ne t’a pas été dit ». Le Messager de Dieu en était peiné et cela l’attristait profondément. Il craignait beaucoup Dieu. Dieu a fait une révélation, car il lui était clément, afin de le réconforter et d’alléger son fardeau. Il lui a informé qu’il n’y a jamais eu avant lui de prophète ou de messager qui n’a désiré ce qu’il désirait et souhaité ce qu’il souhaitait, sans que Satan ne jette son souhait, comme il a jeté sur sa langue. Dieu a abrogé ce que Satan a jeté et renforcé ses versets, c’est-à-dire, tu es comme certains prophètes et messagers. Dieu a révélé : « Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète qui n’ait émis un souhait sans que le Diable ne jette dans son souhait. Allah abroge ce que le Diable jette, et Allah renforce ses versets. Allah est omniscient et sage » (22.52). Dieu a ôté le chagrin de son Prophète et l’a rassuré à propos de ce dont il craignait. Il a abrogé la mention de leurs dieux que Satan a jeté sur sa langue : les gharânîq sont prééminents et leur intercession fortement espérée. Dieu a dit après « al-Lât et al-‘Ozzâ, ainsi que Manât, cette troisième autre ? » : « avez-vous le mâle et Lui la femelle ? Cela, alors, serait un partage inique ! », c’est-à-dire, faussé, « ce ne sont que des noms dont vous les avez nommées, vous et vos pères » (53.21-23), jusqu’à sa parole : « en faveur de qui Il veut et qu’Il agrée » (53.26). C’est-à-dire : comment l’intercession de leurs dieux peut-elle être profitable auprès de Lui ? Quand Dieu a fait venir ce qui a abrogé ce que Satan a jeté sur la langue de son Prophète, les Qoraychites ont dit : « Mohammad s’est repenti sur ce qu’il a dit à propos de la position de nos dieux par rapport à Dieu et il apporté autre chose ». Ces deux phrases que Satan a jetées sur la langue du Messager de Dieu étaient dans la bouche de tous les païens. Ils lui faisaient encore plus de tort et étaient violents envers les convertis qui suivaient le Messager de Dieu. Les compagnons du Messager de Dieu qui ont quitté l’Éthiopie, quand ils ont entendu que les mecquois avaient accepté l’islam en se prosternant avec le Messager de Dieu, approchaient. Quand ils furent arrivés près de La Mecque, on leur a dit que la nouvelle de la conversion des mecquois à l’islam était infondée. Aucun d’entre eux n’est entré sans protection ou alors en secret. Parmi ceux qui sont rentrés à La Mecque et y sont restés jusqu’à l’émigration à Médine et étaient présents avec lui à Badr, il y avait parmi les Bani ‘Abd Chams bin ‘Abd Manâf bin Qousayy : ‘Othmân bin ‘Affân bin Abi al-‘Âs bin Omayya, accompagné de sa femme Rouqayya, la fille du Messager de Dieu, et Abou Houdhayfa bin ‘Otba bin Rabî’a bin ‘Abd Chams, accompagné de sa femme Sahla bint Souhayl. Eux et d’autres étaient au nombre de trente-trois personnes.

Al-Qâsim bin al-Hassan m’a rapporté : al-Hussein bin Dâwoud nous a rapportés : Hajjâj nous a rapportés d’après Abi Ma’char que Mohammed bin Ka’b al-Qorazi et Mohammed bin Qays ont dit :
Le Messager de Dieu était assis dans une assemblée de qoraychites, il y avait beaucoup de gens de son peuple. Il souhaitait ce jour-là que Dieu ne lui apporte pas quelque chose qui les ferait s’éloigner de lui. Dieu lui a révélé : « par l’étoile à son déclin ! Votre compagnon ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur » (53.1-2). Le Messager de Dieu l’a récité jusqu’à ce qu’il arrive à : « avez-vous considéré al-Lât et al-‘Ozzâ, ainsi que Manât, cette troisième autre ? » (53.19-20). Satan a jeté sur lui deux phrases : « ces gharânîq sont prééminentes, et leur intercession est fortement espérée ». Il leur a parlé ainsi et a continué de réciter la sourate. Il s’est prosterné à la fin de la sourate et tous les gens avec lui se sont prosternés. Al-Walîd bin al-Moughîra a levé de la poussière jusqu’à son front et il s’est incliné sur elle. C’était un très vieil homme et il n’était pas capable de se prosterner. Ils étaient satisfaits par ce qu’il avait prononcé. Ils ont dit : « nous reconnaissons que c’est Dieu qui donne la vie et la mort. C’est lui qui a créé et qui donne la subsistance, mais si nos dieux intercèdent pour nous auprès de Lui et si tu leur donnes une part, alors nous sommes avec toi ! » Ce soir-là, Gabriel est venu le trouver. Il a révisé avec lui la sourate. Quand il est arrivé aux deux phrases que Satan a jeté sur lui, il a dit : « je ne t’ai pas apporté ces deux-là ! » Le Messager de Dieu a dit : « j’ai inventé des choses sur Dieu et j’ai dit des choses sur Dieu qu’il n’a pas dites ! » Dieu lui a révélé : « ils ont failli te détourner de ce que Nous t’avions révélé, pour que tu forges quelqu’autre chose contre Nous », jusqu’à sa parole « et ensuite tu n’aurais pas trouvé de secoureur contre Nous » (17.73-75). Il était troublé et inquiet jusqu’à ce que descende : « Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète » jusqu’à sa parole « Allah est omniscient et sage » (22.52). Quand ceux qui avaient émigré en Éthiopie ont entendu que les mecquois s’étaient tous convertis à l’islam, ils sont retournés vers leurs familles, ils ont dit : « ils nous aiment », mais ils ont découvert que le peuple avait changé d’avis quand Dieu a abrogé ce que Satan a jeté.10

Cet évènement se déroula en l’an 4 de la mission, au mois de ramadan, selon l’historien al-Wâqidi, et ceux qui avaient émigré en Afrique sont rentrés chez eux presque un an plus tard11.

Gharânîq est le pluriel de ghournouq ou ghirnîq qui signifie « grue » (l’animal). Dans ce contexte, le terme renvoie aux trois idoles. Le verset 22.52 est la plupart du temps traduit de cette façon : « Nous n’avons envoyé avant toi ni messager ni prophète qui n’ait récité sans que le Diable n’ait essayé d’intervenir dans sa récitation » (Hamidullah), seulement, cette traduction est erronée et se base sur une mauvaise interprétation des commentateurs du Coran : « la majorité des exégètes a dit : le sens de sa parole « tamanna » est de réciter le livre de Dieu ; « Satan a jeté dans oumniyyatihi », c’est-à-dire, dans sa récitation »12. Or, tamanna et oumniyya signifient respectivement, d’après le dictionnaire : « aimer que, souhaiter que, faire le vœu de » et « désir, souhait, vœu ». Blachère a tenté une traduction en ce sens : « avant toi, Nous n’avons envoyé nul Apôtre et nul Prophète, sans que le Démon jetât [l’impureté (?)] dans leur souhait, quand ils [le] formulaient ».

Les paroles attribuées à Satan ont bel et bien une origine humaine. Ibn al-Kalbi a noté que « les Qoraychites circumambulaient autour de la Ka’ba et disaient : « par al-Lât, al-‘Ozza, et Manât, cette troisième autre ! Ce sont des gharânîq prééminentes, et leur intercession est fortement espérée ». Ils disaient que celles-ci étaient les filles d’Allah et qu’elles intercédaient auprès de lui »13. Et avant que ne sortent ces mots de la bouche de Mahomet, la tradition rapporte plusieurs autres incidents où le Prophète était à deux doigts de céder aux exigences des polythéistes, ceci mena à la révélation du verset : « ils ont failli te détourner de ce que Nous t’avions révélé, pour que tu forges quelqu’autre chose contre Nous » (17.73).

‘Atâ’ a rapporté qu’Ibn ‘Abbâs a dit : ceci fut révélé à propos de la délégation de Taqîf. Ils sont allés trouver le Messager de Dieu et ils ont posé des questions outrancières. Ils ont dit : « laisse-nous jouir d’al-Lât pendant une année, et déclare sacrée notre vallée comme La Mecque est sacrée : ses arbres, ses oiseaux, et sa faune ». Ils ont insisté mais le Messager de Dieu ne leur a pas répondu et a refusé toutes leurs demandes. Ils ont dit : « nous voulons que les Arabes sachent que nous sommes favorisés par rapport à eux. Si tu n’aimes pas ce que nous disons, et que tu crains que les Arabes ne disent : « tu leur as donné ce que tu ne nous as pas donné », dis-leur : Dieu m’a ordonné cela ». Le Messager de Dieu ne leur a pas répondu alors qu’ils le désiraient fortement. ‘Omar leur a crié : « ne voyez-vous pas que le Messager de Dieu ne vous répond pas parce qu’il déteste ce pourquoi vous êtes venus ? » Le Messager de Dieu allait leur accorder cela et Dieu a fait descendre ce verset.
Sa’ïd bin Joubayr a dit : les païens ont dit au Prophète : « nous ne te laisserons pas tranquille tant que tu ne te seras pas rapprocher de nos dieux, même si c’est avec le bout de tes doigts ! » Le Prophète a répondu : « que m’arrivera-t-il ? Dieu sait que je déteste cela ! » Dieu Tout-puissant a fait descendre ce verset : « ils ont failli te détourner de ce que Nous t’avions révélé » jusqu’à sa parole « de secoureur » (17.73-75).
Qatâda a dit : on nous a rapportés qu’une nuit les Qoraychites sont allés voir le Messager de Dieu, leur rencontre a duré jusqu’à l’aube. Ils lui ont parlé. Ils l’ont honoré et se sont rapprochés de lui. Ils ont dit : « tu as apporté quelque chose que personne avant n’avait apporté, tu es notre seigneur et le fils de notre seigneur ». Ils ont continué jusqu’à ce qu’il soit presque d’accord avec certaines choses qu’ils souhaitaient. Mais Dieu l’a protégé contre cela et Dieu Tout-puissant a révélé ce verset.14

Cela démontre que Mahomet n’était pas fermement convaincu par le monothéisme et qu’il était encore très attaché à ses racines païennes. Ses doutes sur la véritable voie à suivre ont inévitablement ressurgi dans le Coran, on peut y lire : « et si tu es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, interroge alors ceux qui lisent le Livre avant toi. La vérité certes t’est venue de ton Seigneur, ne sois donc point de ceux qui doutent. Et ne sois point de ceux qui traitent de mensonge les versets d’Allah. Tu serais alors du nombre des perdants » (10.94-95). Comment un homme qui prétend voir régulièrement un ange de Dieu pourrait-il tergiverser sur ce qui lui est révélé ? Mahomet était un imposteur qui a utilisé à des fins personnelles les balivernes du vieil homme sénile rencontré par Zayd ibn ’Amr et s’est fait passer pour le prophète en question.

Authentification du récit
Une minorité de savants a affaibli l’histoire des versets sataniques, néanmoins, aucun d’entre eux ne l’a intégralement rejetée, pour la simple et bonne raison qu’il n’existe pas d’autre cause de révélation pour le verset 22.52. Comme nous le verrons ci-après, le fait d’abaisser le degré de recevabilité du hadith est une porte ouverte à la réinterprétation. Parmi ceux qui l’ont affaibli, l’exégète ar-Râzi (m. 1210) a signalé que « l’imam Abou Bakr Ahmed bin al-Hussein al-Bayhaqi a dit que cette histoire n’a pas été transmise d’une manière fiable »15, al-Qortobi a considéré que « les hadiths rapportés à propos de la révélation de ce verset n’ont rien de vrai »16, et Abou Bakr Ibn al-‘Arabi (m. 1148) a rejoint l’opinion du cadi ‘Iyâd (m. 1149) qui a déclaré :

Ce hadith n’a été rapporté ni par une personne véridique ni par une personne digne de confiance par une bonne chaîne de transmission ininterrompue. Ceux qui y portent de l’intérêt sont le genre de commentateurs ou d’historiens intéressés par tous récits étranges, ils ont compilé et couché sur papier tout ce qui est authentique ou faible.17

Ibn Kathir (m. 1373) est, lui, plus sceptique : « les voies sont toutes moursal, dit-il, et je ne pense pas que l’une d’elles soit authentique. Dieu seul le sait »18. « Moursal », dans la terminologie du hadith, signifie que la chaîne de transmission s’arrête au tabi’ et que le nom d’un compagnon est manquant en bout de chaîne (les mouhaddithin sont divisés concernant l’acceptabilité du moursal). Le juriste chaféite se trompe ici, car il existe bien un isnâd sahih remontant jusqu’à Sa’ïd bin Joubayr (m. 714). Ce dernier apprenait d’Abdullah bin ‘Abbâs (m. 687) qui avait connu le Prophète. Jalâl ad-Din as-Souyouti (m. 1505) a authentifié ce moursal dans son tafsir, et il a également inséré une tradition, avec « une chaîne de transmission dont les hommes sont dignes de confiance », citant Ibn ‘Abbâs par la voie d’Ibn Joubayr19. C’est suffisant pour réfuter les arguments de nos précédents savants. Il existe, qui plus est, deux autres moursal sains. Ibn Hajar, le maître incontesté dans la science du hadith, y a fait référence et condamne l’ignorance des oulémas susmentionnés dans cette affaire :

Toutes les voies sont ou faibles ou discontinues sauf celle de Sa’ïd bin Joubayr, toutefois, les nombreuses voies indiquent que l’histoire a une origine, et il y a en plus deux autres voies moursal dont les hommes répondent aux conditions des deux Sahih. La première des deux a été rapportée par Tabari par la voie de Younous bin Yazîd d’après Ibn Chihâb : Abou Bakr bin ‘Abd ar-Rahman bin al-Hârith bin Hichâm m’a rapporté, etc… Et la seconde qui a été rapporté par la voie d’al-Mou’tamir bin Soulaymân et Hammâd bin Salama d’après Dâwoud bin Abi Hind d’après Abi al-‘Âliyya. Comme à son habitude, Abou Bakr Ibn al-‘Arabi a osé dire que Tabari a mentionné de nombreux faux rapports sans aucun fondement. C’est aussi l’avis d’Iyâd : « ce hadith n’a pas été rapporté par une personne véridique ou de confiance ni par une bonne de chaîne de transmission ininterrompue (…) ». Si les voies sont nombreuses et variées, cela indique que le rapport a une origine. Comme je l’ai dit, il y a trois chaînes de transmission dont certaines remplissent les conditions des deux Sahih bien qu’elles soient moursal. Ceci constitue une preuve aussi bien pour ceux qui considèrent le moursal comme argument concluant comme pour ceux qui le nient, à cause de la fortification mutuelle des chaînes.20

As-Souyouti partage l’analyse d’Ibn Hajar21. Al-Boukhâri appuie d’autant plus le compte rendu des historiens étant donné que le récit de la prosternation collective figure dans son recueil : « le Prophète s’est prosterné à la sourate de l’étoile. Les musulmans, les païens, les djinns, et les hommes se sont prosternés avec lui » ; « ceux qui étaient avec lui se sont prosternés sauf un vieil homme qui a pris une poignée de pierres ou de terre et l’a levée jusqu’à son front et a dit : « ceci est assez pour moi ». Après cela, je l’ai vu être tué en tant que mécréant »22. Le vieil homme aurait été tué à la bataille de Badr d’après un rapport d’Abou Dâwoud at-Tayâlisi (m. 819)23, on dit que c’était al-Walîd bin al-Moughîra ou Abou Ohayha Sa’ïd bin al-‘Âs, ou bien Omayya bin Khalaf. Tabarâni a de surcroît relevé un hadith selon lequel les juifs et les nazaréens se sont aussi prosternés avec les païens et les musulmans24 ! Tous ces éléments démontrent sans conteste l’authenticité de l’incident des versets sataniques et il serait bien malhonnête d’affirmer le contraire. Ceux qui la nient ne se basent sur aucune preuve tangible.

Réinterprétation
Malgré qu’Ibn Hajar ait authentifié le récit, celui-ci n’accepte pas l’histoire telle quelle : « le sens littéral n’est pas possible ici, car il est impossible pour lui (le Prophète) d’ajouter intentionnellement ou par inadvertance quelque chose qui ne fasse pas partie du Coran »25. L’association de divinités avec Allah a de quoi faire vaciller la foi du plus fervent des croyants, si bien qu’on a imaginé toutes sortes d’interprétations afin d’innocenter Mahomet. Il a été dit : « le Prophète récitait le Coran et le Satan attendait qu’il fasse une pause. Il a prononcé ces mots avec le même timbre de voix et ceux qui étaient près du Prophète ont entendu cela et ont cru que ces mots étaient de lui »26. C’est l’avis d’Ibn al-‘Arabi27. Certains ont prétendu, comme l’a rapporté l’imam Abou Bakr al-Jassâs (m. 980), que les versets ont été récités par un polythéiste ou un djinn :

Il y a eu des désaccords concernant le sens de « le Satan a jeté ». On a dit : lorsque le Prophète a récité cette sourate et qu’il y a mentionné les idoles, les mécréants savaient qu’il les invectiverait, alors l’un d’eux a dit quand le Prophète est arrivé à avez-vous considéré al-Lât et al-‘Ozza : « ces gharânîq sont prééminentes », et ce fut en présence d’un grand nombre de qoraychites dans la mosquée sacrée. Les autres mécréants qui étaient éloignés de lui ont dit : « Mohammad a loué nos dieux ! » Et ils ont pensé que cela faisait partie de sa récitation. Ensuite, Dieu a infirmé leurs dires et montré que le Prophète n’a pas récité ceci, mais c’était la récitation d’un païen. Il a appelé « Satan » celui qui a jeté cela dans la récitation du Prophète, car c’est un démon parmi les hommes comme Il a dit : « des diables d’entre les hommes et les djinns » (6.112). Satan est le nom de tout rebelle parmi les djinns et les hommes. Et on a dit qu’il était possible que ce soit un satan parmi les djinns démons.28

Chacune de ces hypothèses est infondée et nul hadith ne peut les soutenir. Elles sont en réalité le fruit d’une réinterprétation tardive de théologiens du Xe siècle, attendu que les premières générations de musulmans ont littéralement cru à cette histoire, à savoir que c’est le Prophète en personne qui a prononcé ces deux versets. Ibn Taymiyya (m. 1328) a confirmé ce fait dans Minhâj as-Sunna : « quant à ce qui s’est passé pendant la sourate de l’étoile à propos de sa parole : « ces gharânîq sont prééminentes, et leur intercession est fortement espérée », il est connu que, d’après les salafs et leurs successeurs, ceci était sur sa langue, ensuite Dieu l’a abrogé et infirmé »29. En plus d’Ibn ‘Abbâs, on trouve, entre autres, parmi les exégèses, les commentaires de son esclave affranchi ‘Ikrima (m. ~723), de son élève as-Souddi (m. 745), ainsi que ceux d’Abou-l-‘Âliyya (m. 712), Mouqâtil ibn Jabr (m. 722), et ad-Dahâk (m. 720), le disciple d’Abdullah Ibn ‘Omar (m. 693), qui ont tous assuré que ces mots étaient sortis de la bouche de Mahomet. Et Qatâda (m. 734) a pareillement stipulé : « le Prophète somnolait et ceci a couru sur sa langue par la prononciation du Satan sans en être informé »30. C’est, par ailleurs, le point de vue de la plupart des savants de l’islam. Le moufassir al-Baghawi (m. 1122) a indiqué que « la majorité a dit : cela a couru sur sa langue d’une manière inattentionnée par la prononciation du Satan et Dieu n’a pas tardé à le prévenir »31. Il n’y a par conséquent pas matière à débat ici. Si les disciples des compagnons ont tous affirmé en cœur la même chose, cela veut dire que la version originale de l’histoire est établie avec certitude.

Point de vue chiite
Les théologiens de l’autre grand courant de la religion musulmane ont également mentionné l’épisode des versets sataniques dans leurs travaux en alléguant que c’est le peuple qui colporte cette histoire. La tradition chiite ne semble pas l’avoir référencé, et pour les mollahs comme Mohammed Baqir al-Majlisi (m. 1689), cela relèverait presque du blasphème :

Le hadith des gharânîq que le peuple rapporte est une thèse qui n’a aucun fondement. Il est étonnant que les oulémas parmi les gens de la sunna (ahl as-sunna) aient rapporté cela dans leurs livres et humilient ainsi gravement le Messager, le purifié, et outragent sa sainteté. Comment est-il possible pour un musulman, qui croit en Dieu et qui connaît son Messager et sa sincérité, de prononcer de telles paroles contre le Prophète qui ne prononce rien d’autre que la révélation et ne fait que ce qui satisfait le Seigneur ?32

Il existe un hadith chiite permettant d’élucider le verset 22.52, toutefois, l’explication est difficile à croire et on ne peut que soupçonner une fabrication à la hâte :

Abi ‘Abdullah a rapporté : le Messager était dans le besoin. Il est allé voir un homme des Ansârs et lui a dit : « as-tu quelque chose à manger ? » Il a répondu : « oui, Ô Messager de Dieu ! » Il a abattu un mouton et l’a fait cuir. Quand il s’est approché de lui, le Messager de Dieu a souhaité qu’Ali, Fatima, al-Hassan, et al-Hussein soient avec lui. Deux hypocrites sont arrivés, ensuite ‘Ali est arrivé après eux. Dieu a fait descendre concernant cela : « Nous n’avons envoyé avant toi ni Messager ni prophète ni mouhaddath qui n’ait émis un désir sans que Satan ne jette dans son désir. Dieu abroge ce que Satan jette », c’est-à-dire, quand ‘Ali est venu après eux. « Puis Dieu renforce ses versets », c’est-à-dire que le commandant des croyants est venu prêter assistance.33

« Ni mouhaddath » n’apparaît pas dans le Coran actuel. Le verset a subi une modification, à l’instar de beaucoup d’autres, vu que l’on constate que la tradition sunnite a aussi conservé cette variante : « Ibn ‘Atiyya a dit : on a rapporté qu’Ibn ‘Abbâs récitait : « Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète ni mouhaddath »34. Le mouhaddath est « celui qui reçoit la révélation dans son sommeil, en a déduit l’imam Abou Bakr al-‘Anbâri (m. 940), car les rêves des prophètes sont inspirés »35. La tradition chiite est particulièrement intéressante à cause d’éléments tel que celui-ci qui permettent de dénombrer les multiples retouches apportées au Coran.

 

Les versets sataniques sont la démonstration de l’errance spirituelle de Mahomet, tiraillé entre la foi de ses pères et le monothéisme prêché par des étrangers. Il n’a jamais pu décrocher de son addiction aux bétyles puisqu’il a continué d’embrasser et de saluer la pierre noire de la Ka’ba jusqu’à son dernier souffle. L’islam est, en fait, une religion monothéiste sur la forme et païenne sur le fond.

 

 

 

1 Sahih al-Boukhâri 2346

2 Kitâb al-‘Asnâm, Hichâm Ibn al-Kalbi, p.13, 16-18, Dâr al-Kotob al-Misriyya, 2000

3 Ibid. p.19

4 Al-Bahr al-Zakhâr, Abou Bakr al-Bazzâr, volume 4, p.165-166, Maktabat al-‘Ouloum wa-l-Houkm, 1988-2009

5 Sahih al-Boukhâri 5180

6 Fath al-Bâri Charh Sahih al-Boukhâri, Ibn Hajar al-‘Asqalâni, volume 7, p.143, Dâr al-Ma’rifa, 1379

7 Sahih al-Boukhâri 2583

8 As-Sira an-Nabawiyya, Ibn Hichâm, volume 1, p.362, Mou'assassa ‘Ouloum al-Qor’ân

9 Târîkh ar-Rousoul wa-l-Moulouk, Mohammed Ibn Jarîr at-Tabari, volume 2, p.337, Dâr at-Tourâth, 1387

10 Ibid. p.337-341

11 At-Tabaqât al-Kobra, Mohammed Ibn Sa’d, volume 1, p.205, Dâr as-Sâder, 1968

12 Ma’âlim at-Tanzîl fi Tafsir al-Qor’ân, Abou Mohammed al-Baghawi, volume 3, p.347, sourate 22 verset 52, Dâr Ihyâ’ at-Tourâth al-‘Arabi, 1420

13 Kitâb al-‘Asnâm, p.19

14 Asbâb an-Nouzoul, ‘Ali bin Ahmed al-Wâhidi an-Naysâbouri, p.297, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 1411

15 At-Tafsir al-Kabir, Fakhr ad-Din al-Râzi, volume 23, p.237, sourate 22 verset 52, Dâr Ihyâ’ at-Tourâth al-‘Arabi, 1420

16 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, Mohammed bin Ahmed al-‘Ansâri al-Qortobi, volume 12, p.74, sourate 22 verset 52, Dâr al-Fiker

17 Kitâb ach-Chifâ’ bi-Ta’rîf Houqouq al-Moustapha, ‘Iyâd bin Moussa bin al-Yahsoubi, volume 2, p.477, Dâr al-Fiker, 2002

18 Tafsir al-Qor’ân al-‘Azîm, Ismâ’il Ibn Kathir, volume 5, p.441, sourate 22 verset 52, Dâr Tayba, 2002

19 Ad-Dourr al-Manthour fi-t-Tafsir bi-l-Mâ’thour, Jalâl ad-Din as-Souyouti, volume 6, p.65-66, Dâr al-Fiker

20 Fath al-Bâri Charh Sahih al-Boukhâri, volume 8, p.439

21 Loubâb an-Nouqoul fi Asbâb an-Nouzoul, Jalâl ad-Din as-Souyouti, p.136, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya

22 Sahih al-Boukhâri 1021 et 1017

23 Mosnad Abi Dâwoud at-Tayâlisi, Abou Dâwoud Soulaymân bin Dâwoud bin al-Jâroud at-Tayâlisi, volume 1, p.228, n°281, Dâr al-Hijr, 1999

24 Al-Mou’jam al-Kabir, Abou-l-Qâsim at-Tabarâni, volume 11, p.318, n°11866, Dâr Ibn Taymiyya

25 Fath al-Bâri Charh Sahih al-Boukhâri, volume 8, p.439

26 Ibid. p.440

27 Ahkâm al-Qor’ân, Abou Bakr Ibn al-‘Arabi, volume 3, p.306, Dâr al-Kotob al-‘Ilmiyya, 2003

28 Ahkâm al-Qor’ân, Abou Bakr al-Jassâs, volume 5, p.84, Dâr Ihyâ’ at-Tourâth al-‘Arabi, 1405

29 Minhâj as-Sunnat an-Nabawiyya fi Naqd Kalâm ach-Chi’a al-Qadariyya, Taqi ad-Dîn Ibn Taymiyya, volume 2, p.409, Maktaba Ibn Taymiyya, 1986

30 Ma’âlim at-Tanzîl fi Tafsir al-Qor’ân, volume 3, p.347-348

31 Ibid. p.348

32 Bihâr al-‘Anwâr, Mohammed Baqir al-Majlisi, volume 17, p.56, Dâr Ihyâ’ at-Tourâth al-‘Arabi, 1983

33 Tafsir al-Qoummi, ‘Ali bin Ibrâhîm al-Qoummi, volume 2, p.85, Maktabat al-Houda, 1387. Les deux hypocrites sont Abou Bakr et ‘Omar d’après le récit recensé par al-Majlisi, cf. Bihâr al-‘Anwâr, volume 31, p.630-631.

34 Al-Jâmi’ li-Ahkâm al-Qor’ân, volume 12, p.74

35 Ibid. p.75

 

 

 

 

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