Le Coran Araméen

 

 

 

D’où vient le coran ? En quelle langue fut-il écrit ? Et par qui ? Ces questions taraudent les chercheurs depuis plusieurs décennies, cependant, la recherche islamologique a effectué une véritable percée sur les origines du coran ces dernières années, notamment grâce aux études de Christoph Luxenberg  et d’Édouard-Marie Gallez1. Des réponses partielles se trouvent à l’intérieur même du livre saint, mais il est nécessaire d’occulter les légendes de la tradition musulmane écrites environ deux siècles après les faits, en faveur des chroniqueurs contemporains ou proches des évènements, afin de mieux cerner la genèse de l’islam.

À maintes reprises, le coran fait mention d’un kitâb (livre, écrit, écriture) auquel il se réfère régulièrement, et dont la présence gêne singulièrement les théologiens qui l’ont maquillé dans leurs exégèses en le faisant passer pour le coran lui-même ou les précédentes révélations de Dieu. L’expression moussadiqân limâ bayna yadayhi et ses dérivés apparaissent dans douze versets, les traducteurs l’ont rendu généralement par « confirmant ce qui est avant lui (la Thora et l’Évangile) », en s’alignant sur l’interprétation des exégètes, mais littéralement, nous devrions traduire de cette manière : « authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains »2. Ainsi, cela donne :

Dis [-leur] : « celui qui est ennemi de Gabriel [est infidèle] car celui-ci, avec la permission d’Allah, a fait descendre [la révélation] sur ton cœur, authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains, comme direction et annonce pour les croyants. (2.97)

Sur toi, il a fait descendre l'Écriture avec la vérité authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains et il a fait descendre la Thora et l'Évangile. (3 :3)

Nous leur avons donné comme successeur, Jésus, fils de Marie, authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains de la Thora, et Nous lui avons donné l'Évangile contenant direction et lumière, authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains de la Thora3, et direction et admonition pour les pieux. (5.46)

Nous avons fait descendre sur toi l'Écriture de la vérité authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains de l'Écriture et dominant sur lui. Arbitre donc entre eux au moyen de ce qu’Allah a fait descendre ! Ne suis point leurs doctrines pernicieuses de la vérité venue à toi ! À vous, nous avons donné une voie à suivre et une voie. (5.48)

Ceci est une Écriture bénie que nous avons fait descendre authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains afin que tu avertisses la mère des cités4 et ceux qui sont autour d’elle. Ceux qui croient au jour dernier, y croient et ceux qui dans leurs prières sont assidus. (6.92)

Ce coran ne saurait être forgé en dehors d’Allah mais c’est l’authentification/la confirmation de ce qui est entre ses mains et pour exposer l'Écriture, sans nul doute, du Seigneur des mondes. (10.37)

Dans les dits de ces apôtres se trouvent certes un enseignement pour les doués d’esprit. Ce n’est pas là un propos forgé mais c’est l’authentification/la confirmation de ce qui est entre ses mains, l’exposé détaillé de toute chose, une direction et une grâce pour un peuple qui croit. (12 :111)

Ceux qui sont infidèles ont dit : « nous ne croirons ni en ce coran ni à ce qui est entre ses mains. (34.31) 

Et ce que Nous t’avons révélé de l'Écriture est la vérité authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains. (35.31)

Ils (les Djinns) dirent : « Ô notre peuple ! Nous avons entendu une Écriture qu’on a fait descendre après Moïse authentifiant/confirmant ce qui est entre ses mains, dirigeant vers la vérité et une voie droite. (46.30)

Croyez à ce que J’ai révélé authentifiant/confirmant ce qui est avec vous ! (2.41)

Et authentifiant/confirmant ce qui est entre mes mains de la Thora5, afin de déclarer pour vous licite une partie de ce qui avait été déclaré pour vous illicite. (3.50)

Le coran est la confirmation de la Thora des juifs (2.41) et d’un écrit que possède une personne proche de Mahomet, qui n’est ni la Thora ni l'Évangile (3.3), néanmoins cette écriture est connue des infidèles (34.31) et même des djinns (46.30). Quelle est la nature de cet écrit et qui en a la possession ? Les travaux d'Édouard-Marie Gallez ont largement contribué à résoudre l’énigme6. Il ne faut pas chercher bien loin pour découvrir que le personnage mystérieux n’est autre que l’enseignant du messager (16.103, 25.5), la sourate Maryam étant l’exemple typique de la dictée d’un instructeur qui transmet à son élève l’histoire des prophètes : « et, dans l’écriture, mentionne Marie quand elle se retira de sa famille en un lieu oriental… » (19.16), « et mentionne, dans l’écriture, Abraham qui fut juste et prophète… » (19.41), « et mentionne, dans l’écriture, Moïse qui fut dévoué et fut apôtre et prophète… » (19.51), « et mentionne, dans l’écriture, Ismaël qui fut sincère en sa promesse et fût apôtre et prophète… » (19.54), « et mentionne, dans l’écriture, Idris qui fut pur et prophète… » (19.56). C’est Mahomet qui rédigea le coran sous l’impulsion de son professeur.
L’écrit du maître est parfois associé au coran par la préposition wa (et), comme dans l’expression at-tawra wa-l-injil (la Thora et l'Évangile), mais les ‘oulemâ’ ne les ont pas dissociés l’un de l’autre pour les motifs légendologiques que l’on connait, et renvoient les deux termes au coran malgré l’opposition marquée par le wa. Ici encore, le discours est celui de la dictée : « voici les versets de l’écrit et d’un qor’ân explicite » (15.1), « voici les versets d’un qor’ân et d’un écrit explicite » (27.1). Le coran et l’écrit de l’enseignant de Mahomet furent composés sur des supports différents, le premier fut consigné « dans des feuilles vénérés » (80.13)7, et le second est un rouleau : « par un écrit tracé sur un parchemin déployé » (52.2-3). Il est donc préférable de traduire kitâb par « écriture » ou « écrit » comme l’a fait Blachère, à la place de « livre » qui est la transcription traditionnelle, il n’y avait guère que les chrétiens qui n’utilisassent que des codex en ce temps-là.

Le coran ne serait qu’en réalité la traduction arabe du parchemin contenant des révélations divines issues de la Thora, laquelle est posée à côté de Dieu : « une écriture dont les versets ont été rendus intelligibles en un qor’ân arabe pour un peuple qui sait » (41.3), « une Écriture que nous avons traduite en un lectionnaire arabe », d’après la lecture syro-araméenne de Luxenberg ; « par l’écriture explicite ! Nous avons fait [de celle-ci] un qor’ân en arabe ! Peut-être, raisonnerez-vous. En vérité, cette écriture, dans l’archétype auprès de Nous, est certes sublime et sage ! » (43.3), « avant, l’écriture de Moïse [a été donnée] comme guide et comme grâce. Cette écriture-ci est confirmation, en langue arabe, pour avertir ceux qui sont injustes et [pour annoncer] la bonne nouvelle aux bienfaisants » (46.12), ce dernier verset détermine que le qor’ân authentifie la Thora, mais en arabe. Par conséquent, le rouleau du maître expose des passages du Pentateuque que l’on va retrouver bien évidemment dans le coran. Un autre verset cite explicitement le qor’ân original et son équivalent en arabe, l’aya justifie le passage d’une langue à une autre afin de convertir une population non bilingue : « et si nous en avions créé un qor’ân en langue étrangère, ils auraient dit : « pourquoi ces versets n’ont-ils pas été rendu intelligibles ? » Un [qor’ân] en langue étrangère et un [qor’ân] arabe. Dis : « pour ceux qui croient, il est une direction et une guérison, tandis que ceux qui ne croient point ont une fissure en leurs oreilles et sont sous le poids d’un aveuglement : ceux-là sont appelés d’un lieu lointain » (41.44), « si nous l’avions composé en un lectionnaire dans une langue étrangère, ils auraient dit : on doit alors avoir traduit ses écritures ! » [Luxenberg].

Il n’est jamais fait mention des chrétiens (masîhi) dans le livre saint des musulmans, c’est à chaque fois le terme nasâra (nazaréen) qui revient et embarrasse les traducteurs. Les occurrences de ce terme démontrent qu’une communauté de judéo-nazaréens était en contact avec les arabes… et la langue de ceux-ci était l’araméen. L’instructeur de Mahomet était très probablement un judéo-nazaréen qui croyait en la Thora ainsi qu’au Christ de Dieu, et détenait un rouleau renfermant les Saintes Écritures qu’il traduisit en arabe. Les sources musulmanes évoquent la réminiscence de cet enseignant qui apparaît sous le nom de Waraqa bin Nawfal dans les corpus de traditions et les biographies. On rapporte qu’il était le cousin de Khadija, la première femme de Mahomet, et un moine nazaréen très instruit. Il s’était converti au nazaréisme, puis Dieu lui inspira de traduire l’Évangile en arabe : « Waraqa était le fils de son oncle paternel, c’est-à-dire, le frère de son père, qui, durant la période préislamique, est devenu nazaréen et avait l’habitude d’écrire en arabe, et transcrivait l’Évangile en arabe autant que Dieu le voulu »8. Seulement, sa traduction de l’Évangile ne fut guère appréciée puisqu’aucun mecquois ne s’y intéressa, alors pourquoi Dieu a-t-il fait traduire les Saintes Écritures en arabe ? Le prophète connu Waraqa environ quinze ans avant le début de la révélation, ce dernier attesta que Mahomet était le Messager envoyé par Dieu aux arabes, cependant, il ne devint jamais musulman. Quand le moine mourut, Mahomet déprima et tenta plusieurs fois de se suicider en se jetant du haut d’une falaise. Une tradition rapporte que Waraqa apparu au prophète dans un de ses rêves, vêtu d’une robe blanche ; le songe est sensé ainsi représenter le cousin de Khadija au paradis. Curieusement, la descente du coran cessa pendant un long moment après la disparition du mentor du prophète. Les légendes autour du personnage de Waraqa bin Nawfal s’inspirent plus ou moins de faits réels, comme toute l’histoire musulmane d’ailleurs. Il est possible que Waraqa soit le véritable nom de l’instructeur du rasoul, peut-être même qu’il était aussi un converti à la mouvance messianique. Le point d’accroche, entre le mythe et la réalité, est la mise à disposition des révélations divines dans une traduction arabe pour les habitants du Hijaz. La mort du moine et l’arrêt brutal de la descente du coran pourraient marquer en réalité la fin d’une ère, l’achèvement de la période dite « mecquoise », pour entrer dans une phase plus guerrière, la période dite « médinoise », avec pour objectif principal, la conquête de la terre sainte : Jérusalem dans le cadre historique et la Mecque dans les légendes islamiques. La grande différence entre les deux styles littéraires mecquois et médinois implique que la rédaction du coran fut entreprise par deux personnes. La première est bien entendu le maître judéo-nazaréen, « Waraqa bin Nawfal », et la seconde ne peut être que son élève, Mahomet. Le disciple continua l’œuvre de son instructeur après sa mort, aussi bien par écrit que dans les actes, puisque l’espérance messianique qui l’animait, le poussa à envoyer des expéditions militaires en Palestine afin de reprendre la ville sainte de Jérusalem tombée aux mains des infidèles.

 

 

1 Die Syro-Aramaische Lesart des Koran : ein beitrag zur entschlüsselung der koransprache, Christoph Luxenberg.
Le messie et son prophète, Edouard-Marie Gallez.

2 Bayna ( بين ) : entre
Yadayhi ( يديه ) : ses mains

3 Le doublet est une interpolation grossière signalée par Blachère.

4 Oumm al-qora : « la mère des cités », Jérusalem, et non la Mecque qui n’existait pas encore à cette époque. Ce verset démontre que Mahomet avait visité la ville sainte de Palestine ou bien qu’il en avait l’intention.

5 Concernant ce verset, Régis Blachère annote la traduction littérale : « ce qui est entre mes mains de la Thora ».

6 Le messie et son prophète, Edouard-Marie Gallez, Tome II, p.188-191, Editions de Paris, 2005. Nous avons repris certains éléments de cette étude pour notre article.

7 Les 3 versets suivant celui-ci sont des additions ultérieures d’après Blachère.

8 Sahih al-Boukhâri 6581

 

 

 

 

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