Les Versets du Jihâd

 

 

 

Sourate 4

71-76
Ô vous qui croyez ! Prenez garde ! Lancez-vous [en campagne] par groupes clairsemés ou lancez-vous en une masse !
En vérité, parmi vous, il est certes quelqu’un qui temporise. Si une calamité vous atteint, il dira : « Allah m'a comblé d’un bienfait puisque je n’ai pas été témoin avec eux ».
Certes, si une faveur d’Allah vous vient, [ce personnage] dira – comme si nul affection n’existait entre lui et vous - : « plût au ciel que j’eusse été avec [ces croyants] et que j’eusse obtenu un succès immense ! »
Que combattent, dans le chemin d'Allah, ceux qui troquent la vie immédiate contre la [vie] dernière. À ceux qui, combattant dans le chemin d'Allah, sont tués ou sont vainqueurs, Nous donnerons une rétribution immense.
Pourquoi ne combattez-vous point dans le chemin d'Allah, ainsi que pour les hommes, les femmes et les enfants, qui disaient, abaissés : « Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes ! Donne-nous un patron désigné par toi ! Assigne-nous un auxiliaire désigné par toi !
Ceux qui croient combattent dans le chemin d'Allah, alors que ceux sont infidèles, combattent dans le chemin des Tâghout. Combattez donc les suppôts du Démon ! Faible est la machination du Démon.

Le passage est de nouveau une exhortation au combat après l’humiliante défaite de Ohod. Les croyants n’avaient plus l’envie de se jeter corps et âme dans la bataille et avaient perdu toute confiance en Allah et Mahomet. Des rumeurs qui circulaient à Médine prétendaient que les tribus arabes se préparaient à une invasion et souhaitaient en finir avec les fauteurs de troubles, c’est pourquoi Allah fit descendre ces versets dans le but de redonner confiance à ses fidèles et d’enrayer la menace : « cette allocution fut révélé au moment où les tribus voisines furent encouragées par la défaite des musulmans à Ohod. Ils étaient entourés de toute part par le danger et entendaient de persistantes rumeurs au sujet d’activités hostiles et d’imminentes attaques. Il y eut des cas de traîtrises aussi. Les missionnaires musulmans furent attirés avec ruse hors de Médine. Ces circonstances exigèrent, sans délai, que les musulmans combattent férocement pour sauver le mouvement islamique du désastre et de la destruction face à de si grandes menaces » (Tafhim al-qor’ân, Abou-l-‘Ala Mawdoudi). Le verset 74 promet aux combattants le paradis même s’ils ne sont ni blessés ni tués, alors que cela ne fut pas évoquer dans le discours de l’après Ohod. Au vu de la situation, Allah se devait de remonter le moral de ses troupes par n’importe quel moyen, quitte à leur promettre des vierges éternelles ! Le rappel des musulmans coincés à la Mecque et persécutés par les mécréants est une motivation supplémentaire pour s’engager dans le combat afin de les délivrer des mains impies. L’exhortation se termine par une comparaison entre les croyants, serviteurs d’Allah, et les idolâtres, suppôts de Satan et adorateurs du Démon.  

« Puisque je n’ai pas été témoin avec eux » : je ne suis pas tombé en martyre.
« Que combattent, dans le chemin d'Allah, ceux qui troquent la vie immédiate contre la [vie] dernière » : les musulmans attirés par les richesses et les désirs de ce monde doivent prendre part aux combats.
« Le chemin des Tâghout » : opposition au chemin d’Allah. Le terme tâghout renvoie aux idoles.

 

77
N’as-tu point vu ceux à qui il est dit : « mettez bas les armes ! Accomplissez la prière et donnez l’aumône ! » Quand il leur est prescrit de combattre, voici qu’une fraction d’entre eux redoute ces gens à l’égal d’Allah ou plus encore et s’écrie : « Seigneur, pourquoi nous as-tu prescrit de combattre ? Que ne nous reportes-tu à un terme prochain ! » Réponds : « jouir de la [vie] immédiate est peu alors que la [vie] dernière est meilleure pour qui est pieux. Vous ne serez point lésés d’une pellicule de datte.

La cause de révélation est identique à celle de 2.216 et 2.244. Une fois en sûreté à Médine, un groupe de compagnons ne souhaita pas prendre la voie du jihâd, aspirant à une vie paisible après des temps difficiles. Mais Mahomet en décida autrement et déclara la guerre aux ennemis de l’islam : « al-Kalbi a dit : ce verset fut révélé au sujet des compagnons du Messager d’Allah, parmi eux étaient ‘Abd ar-Rahman bin ‘Awf, al-Miqdâd bin al-Aswad, Qoudâma bin Maz’oun et Sa’id bin Abi Waqqâs. Les polythéistes les ont beaucoup persécutés et ils disaient : « Ô Messager d’Allah, permets-nous de les combattre ! » Il a répondu : « abstenez-vous en ! Car Allah ne m’a pas ordonné de les combattre ! » Lorsque le Messager d’Allah émigra à Médine et qu’Allah ordonna de combattre les polythéistes, certains ont trouvé cela pénible et ils ne voulaient pas combattre, alors Allah a révélé ce verset » (Asbâb an-Nouzoul, al-Wâhidi an-Naysâbouri).

 

84
Combats dans le chemin d’Allah ! Tu ne seras chargé que de ton âme ! Encourage les croyants ! Peut-être Allah conjurera-t-il la rigueur des infidèles, contre vous, Allah est plus redoutable en rigueur et en châtiment.

Le verset s’adresse plus particulièrement à Mahomet, avant le premier raid de Badr. Le prophète n’aura pas à rendre de compte pour ceux qui refusent de s’engager dans la voie du jihâd et doit inciter ses fidèles à se lancer dans des expéditions militaires contre les mécréants : « et donc le Messager d’Allah dit : par celui qui détient mon âme entre ses mains, je sortirais même si je suis seul. Par conséquent, il sortit avec soixante-dix cavaliers au premier [raid de] Badr, où Dieu restreignit la force des infidèles en jetant la terreur dans leurs cœurs, et en empêchant Abou Soufyân de sortir » (Tafsir al-Jalâlayn). Les musulmans équipés de leurs armes étaient partis à la poursuite de Kurz bin Jabir qui avait volé des bêtes aux médinois, mais ils n’ont pu le rattraper et ont rebroussé chemin lorsqu’ils ont atteint Badr.

 

89-91
[Les hypocrites] aimeraient que vous soyez impies comme ils l’ont été et que vous soyez à égalité. Ne prenez pas parmi eux de patrons avant qu’ils émigrent dans le chemin d’Allah ! S’ils tournent le dos, prenez-les et tuez-les où que vous les trouviez ! Ne prenez, parmi eux, ni patrons ni auxiliaire !
Exception faite pour ceux qui sont liés à un groupe entre lequel et vous existe un pacte, ou [pour ceux] venus à vous, le cœur serré d’avoir à vous combattre ou d’avoir à combattre les leurs. Si Allah avait voulu, il aurait donné pouvoir sur vous et ils vous auraient combattus. Si [ces transfuges] se tiennent à l’égard de vous, s’ils ne vous combattent point et se rendent à vous à merci, Allah ne vous donne contre eux nulle justification.
Vous trouverez d’autres qui désirent vivre tranquilles avec vous et tranquilles avec les leurs. Chaque fois que ceux-là seront ramenés à vous tenter [en votre foi], ils essuieront un échec en [cette tentation]. S’ils ne se tiennent pas à l’écart de vous, ne se rendent pas à vous à merci, et ne déposent pas les armes, prenez-les et tuez-les où que vous les acculiez ! Sur ceux-là, Nous vous accordons un pouvoir éclatant.

Allah révèle aux musulmans quelle politique ils doivent mettre en œuvre à l’égard des hypocrites. Les personnes accusées d’hypocrisie sont de confession musulmane, en surface, pratiquent les rituels de l’islam tel que le ramadan ou la récitation du coran, mais sont les ennemis déclarés de l’État islamique en s’alliant aux infidèles contre le prophète et ses partisans. Allah commande de les tuer, où qu’ils soient, s’ils agressent la nation de Mahomet ou s’ils retournent à leur ancienne foi. Plusieurs traditions se rapportent à la descente de ce passage dont le contexte est indiscutablement lié à une période de troubles : « ce passage traite du problème de ces musulmans hypocrites qui ont accepté l’islam à la Mecque et dans d’autres régions d’Arabie, mais n’ont pas émigré à Médine. Ils vivaient avec leur peuple, comme avant, et prirent plus ou moins part à toute activité hostile contre l’islam et les musulmans. Ils devinrent un gave problème pour les musulmans qui ne surent plus comment se comporter avec eux. Certains musulmans pensèrent qu’ils étaient, après tout, musulmans, parce qu’ils récitaient la parole (la chahâda), faisaient la prière, observaient le jeûne et récitaient le coran. Alors comment pouvaient-ils être traités comme les mécréants ? Dans ce passage, Allah ôte cette différence d’opinion parmi les musulmans et leur enseigne comment il faut les traiter » (Tafhim al-qor’ân, Abou-l-‘Ala Mawdoudi) ; « Moujahid a dit à propos de ce verset : ce verset fut révélé au sujet de gens qui ont quitté la Mecque pour Médine en prétendant être des émigrés. Ils ont ensuite renoncé à l’islam et demandé au prophète s’ils pouvaient retourner à la Mecque avec des marchandises afin de faire du commerce. Les musulmans étaient divisés. Certains pensaient que c’était des hypocrites, tandis que d’autres disaient qu’ils étaient des croyants. Allah révéla ensuite leur hypocrisie par ce verset et ordonna de les tuer : s’ils tournent le dos, prenez-les et tuez-les où que vous les trouviez (4.89). Ils ont emporté leurs marchandises et se sont dirigés vers Hilal bin ‘Uwaymir al-Aslami, qui avait un traité d’alliance avec le prophète, et était désolé de combattre les croyants. Le combat fut alors suspendu par la parole d’Allah : exception faite pour ceux qui sont liés à un groupe entre lequel et vous existe un pacte (4.90) » (Asbâb an-Nouzoul, al-Wâhidi an-Naysâbouri).

« Avant qu’ils émigrent dans le chemin d’Allah » : tant qu’ils n’auront pas pris les armes aux cotés du Messager.
« S’ils tournent le dos » : s’ils retournent à la mécréance et apostasient de l’islam.
« Et se rendent à vous à merci » : s’ils abandonnent le combat et s’offrent à vous désarmés.

 

94
Ô vous qui croyez ! Quand vous vous engagez dans le chemin d’Allah, voyez bien clair et ne dîtes point à celui qui vous offre la paix : « tu n’es pas croyant ! », recherchant ce qu’offre la vie immédiate. Auprès d’Allah sont des prises nombreuses. Ainsi vous vous comportiez antérieurement, Allah vous a comblés. Voyez bien clair ! Allah, de ce que vous faites est bien informé.

C’est à cause d’une « bavure » que ce verset fut descendu. Durant une expédition, les compagnons de Mahomet assassinèrent un berger musulman dans le but de lui voler ses biens : « concernant le verset : et ne dîtes point à celui qui vous offre la paix : « tu n’es pas croyant ». Il y avait un homme au milieu de ses moutons. Les musulmans l’ont poursuivi, et il leur a dit : « que la paix soit sur vous ». Mais ils l’ont tué et pris ses moutons. Sur ce, Allah a révélé pour cette affaire, le verset ci-dessus jusqu’à « recherchant ce qu’offre la vie immédiate » (4.94), c’est-à-dire les moutons » (Sahih al-Boukhâri). Les musulmans n’ont pas le droit de s’en prendre à une personne sur laquelle plane un doute au sujet de la sincérité de sa foi. Le prophète « réprimanda » ses compagnons par ce verset, mais n’appliqua nullement la loi islamique qui commande de verser le sang du musulman dans le cadre du meurtre d’un croyant. Ironiquement, Allah promet dans le verset précédent (4.93), l’enfer aux personnes coupables d’assassinat parmi les gens de la communauté islamique. La peine du voleur ne leur fut pas non plus infligée (5.38). Un meurtre similaire fut commis par des mécréants et leurs auteurs furent rattrapés, torturés et tués sur les ordres de Mahomet qui révéla alors le verset 5.33.

 

95-96
Les non-combattants parmi les croyants, exception faite pour ceux frappés d’infirmité, et les combattants dans le chemin d’Allah, de leurs biens et de leurs personnes, ne sont point égaux. Allah a mis les combattants, de leurs biens et de leurs personnes, un degré au-dessus des non-combattants. À tous, Allah a promis une très belle [récompense], Allah a mis les combattants au-dessus des non-combattants, en [sa] rétribution immense, dans la hiérarchie, par rapport à Lui, pardon et grâce, Allah est absoluteur et miséricordieux.

C’est encore un passage exhortant les fidèles, qui souhaitent rester chez eux, à s’engager dans la guerre sainte. Allah utilise l’argument de la plus grande des récompenses pour inciter les croyants au combat : « dans ce passage, le statut relatif des vrais musulmans est attribué selon la façon dont ils se comportent quand ils sont invités à s’engager dans le jihâd sur la base du volontariat, lorsque le commandant des forces islamiques ne requiert pas toute la force musulmane. Ceux qui s’offrent, eux et leurs richesses, et s’engagent dans le jihâd, ont été assignés à un rang plus élevé que ceux qui restent chez eux, même si ces derniers ont pu être affectés à d’autres bonnes œuvres ; d’ailleurs, il y a pour les premiers la promesse d’une « rétribution immense ». En ce qui concerne ceux qui restent à la maison, quand on leur a ordonné de s’engager dans le jihâd, trouvant des excuses ou même ceux qui se soustraient au jihâd, lorsqu’un ordre général est donné pour le jihâd et que le jihâd devient un devoir obligatoire, dans ces deux cas, ceux qui se sont engagés dans d’autres oeuvres et ne rejoignent pas la guerre sainte sont des hypocrites et n'ont pas droit au bénéfice de la promesse d'une « rétribution immense », sauf ceux qui restent en arrière à cause d’une excuse valable » (Tafhim al-qor’ân, Abou-l-‘Ala Mawdoudi). 

 

104
Ne faiblissez pas dans la poursuite de ces gens ! Si vous souffrez, eux aussi souffrent comme vous souffrez, vous espérez d’Allah ce qu’ils n’espèrent point. Allah est omniscient et sage.

Les croyants doivent continuer le combat malgré la défaite et les blessures. C’est une mission suicide que Mahomet lança après le massacre des musulmans à Ohod : « après qu’ils se retirèrent de Ohod, le prophète dépêcha un groupe pour rechercher Abou Soufyan et ses compagnons, mais ils se plaignirent au sujet de leurs blessures, et le verset suivant fut révélé » (Tafsîr al-Jalâlayn).

 

 

 

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