Les Versets du Jihâd

 

 

 

Sourate 3

121-127
Et quant tu partis le matin, de ta famille, plaçant les croyants à des postes de combat ! Et Allah est audient et sage.
Quand deux parties d’entre vous songèrent à fléchir alors qu'Allah était leur patron ! Que sur Allah s’appuient les croyants !
Certes, Allah vous a secouru à Badr alors que vous étiez humiliés. Soyez pieux envers Allah ! Peut-être serez-vous reconnaissants !
Quand tu disais aux croyants : « ne vous suffit-il pas que votre Seigneur vous donne en renfort  trois mille de ses anges descendus ? »
Mais oui ! Si vous êtes constants et pieux, et s'ils marchent sur vous derechef, votre Seigneur vous enverra en renfort cinq mille de ses anges lancés.
Allah ne fit cela que comme bonne nouvelle pour vous, afin que par cela, se tranquillisassent vos coeurs. Le secours victorieux ne vient que d'Allah, le Puissant, le Sage.
Afin que vous tailliez en pièces ceux qui sont infidèles, que vous les culbutiez, et qu'ils s’en retournent déçus.

Les versets, à partir du 121 jusqu’à la fin de la sourate, furent descendus durant ou après la bataille de Ohod, en l’an 3 de l’hégire, où les musulmans subirent une cinglante défaite face à une armée de trois mille hommes. Le prêche est destiné à remotiver les croyants, à les inciter à continuer le combat pour Allah qui leur réserve une inestimable récompense.
Pendant la bataille, le prophète fut blessé à la tête par des cailloux lancés par Oqba ibn Abou Waqqas, et faillit être tué durant l’escarmouche par un coup de sabre porté par ‘Abdallah ibn Qamiyya. Il foudroya de sa lance Obayy ibn Khalaf qui avait essayé d’attenter à sa vie. Les païens arabes avaient fait halte à Ohod, en direction de l’oasis de Yathrib, dans l’intention d’éradiquer les brigands de Médine et leur chef Mahomet, qui tentaient constamment de piller leurs caravanes, parfois avec succès, mais aussi pour venger leurs proches tués à Badr. Le groupe de versets est un encouragement pour les croyants, il leur rappelle qu’Allah leur a octroyé la victoire à Badr avec le soutient de milliers d’anges, et que les musulmans peuvent toujours compter sur l’aide des guerriers venus du ciel s’ils demeurent « endurants et pieux ». « Ceci fut révélé au sujet de la bataille de Ohod. Sa’id ibn Mohammed al-Zahid nous a informé d’Abou ‘Ali al-Faqih, d’Abou-l-Qasim al-Baghawi, de Yahya ibn ‘Abd al-Hamid al-Hammami, d’Abdallah ibn Ja’far al-Makhrami, d’Ibn ‘Awn, d’Al-Miswar ibn Makhramah qui a dit : « j’ai dis à ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf : « mon oncle, raconte moi ce qui t’es arrivé à Ohod ? » Il répondit : « Lis al-‘Imran à partir du verset cent vingt et tu auras ta réponse : « et quant tu partis le matin, de ta famille », jusqu’à, « puis Il fit descendre sur vous, après l'angoisse, la tranquillité » (3.154) (Asbâb an-Nouzoul, al-Wâhidi an-Naysâbouri).

« Quand deux parties d’entre vous songèrent à fléchir » : il s’agit des Banou Salima et  des Banou Hâritha qui voulurent abandonner le combat après la retraite d’Abdallah ibn Obayy et trois cent de ses hommes.
« Allah ne fit cela que comme bonne nouvelle pour vous, afin que par cela, se tranquillisassent vos cœurs » : l’annonce de l’arrivée de milliers d’anges est censé remonter le moral des troupes musulmanes.
« Afin que vous tailliez en pièces ceux qui sont infidèles, que vous les culbutiez, et qu'ils s’en retournent déçus » : pour que vous preniez le dessus sur les mécréants et que vous les accabliez, ainsi, ils rentreront chez eux dans une profonde tristesse.

 

139
Ne vous abandonnez pas, ne vous attristez point alors que vous êtes les plus hauts, si vous êtes croyants.

Les musulmans étaient submergés par les idolâtres arabes qui les assaillaient de toutes parts. Si les païens prenaient position sur les hauteurs, la vie du prophète était directement menacée : « Ibn ‘Abbas a dit : les compagnons du Messager d’Allah subirent la défaite à la bataille de Ohod. Tandis qu’ils étaient dans cette situation, Khalid ibn al-Wâlid tenta avec un escadron de cavaliers idolâtres de grimper sur la colline afin d’avoir l’avantage de la position sur les musulmans. Quand il vit ce qui était en train de se passer, le Messager d’Allah dit : « Ô Allah ! Fais qu’ils ne soient pas au-dessus de nous. Ô Allah ! Nous n’avons de la force et de la puissance qu’à travers toi. Ô Allah ! Personne ne t’adore en cette terre excepté  ce groupe de personnes ». Allah révéla ensuite ce verset. Un groupe d’archers musulmans prit l’initiative de monter sur la colline et visa les chevaux des idolâtres jusqu’à ce qu’ils les vainquit » (Asbâb an-Nouzoul, al-Wâhidi an-Naysâbouri). Le verset est une exhortation à ne pas abandonner le combat même en situation délicate.

 

140-142
Si une plaie vous a touché, une plaie semblable a touché ce peuple. Ces jours, Nous les faisons alterner parmi les hommes, pour connaître ceux qui croient, et prendre parmi vous des témoins, car Allah n'aime pas les injustes,
Pour faire briller ceux qui croient et rejeter dans l’ombre les infidèles.
Comptez-vous entrer dans le jardin alors qu'Allah n’a pas encore reconnu, parmi vous, ceux qui ont mené le combat, ni encore reconnu les constants ?

Révélés au retour de la bataille de Ohod, lorsque les femmes et les mères pleurèrent leurs proches disparus. Allah tente de réconforter les musulmanes en justifiant la mort des combattants par le fait que les hommes doivent être éprouvés dans le chemin du jihâd. Ceux qui ont choisi cette voie hériteront du paradis. « Rachid ibn Sa’d a dit : quand le Messager d’Allah rentra d’Ohod, triste et  déprimé, les femmes dont les maris et les fils furent tués, vinrent à lui en pleurant et en se giflant le visage. En voyant cela, le Message d’Allah s’exclama : « voilà comment votre Messager est traité ? » Et Allah révéla ce verset (Asbâb an-Nouzoul, al-Wâhidi an-Naysâbouri).

« Une plaie semblable a touché ce peuple » : la victoire à Badr sur les gens de la Mecque.
« Et prendre parmi vous des témoins » : choisir des martyres parmi vous.
« Comptez-vous entrer dans le jardin » : croyez-vous vraiment pouvoir accéder au paradis.

 

143
Certes, vous souhaitiez la mort avant de la rencontrer. Vous l’avez vue et vous êtes dans l’expectative.

Quand Mahomet reçu la nouvelle d’une armée qui s’approchait dangereusement de Médine, il convoqua une assemblée afin de délibérer sur les actions à entreprendre. ‘Abdallah ibn Obayy suggéra de rester dans les fortifications de Médine, le prophète y consentit, tandis que d’autres souhaitèrent aller à la rencontre des infidèles, c’est d’eux dont il s’agit dans ce verset : « ceci fait allusion à ceux qui étaient tellement désireux du martyre, qu’ils ont persuadé le prophète, contre sa volonté, de sortir de Médine pour combattre l’ennemi » (Tafhim al-qor’ân, Abou-l-‘Ala Mawdoudi).

 

146-148
Combien de prophètes ont combattu, avec de nombreux disciples ! Ceux-ci ne fléchirent point sous ce qui les atteignit dans le chemin d'Allah ; ils ne faiblirent et ne cédèrent point. Allah aime les constants.
Leur seul propos était : « Seigneur ! Pardonne-nous nos péchés et notre excès dans notre conduite, affermis nos talons et secours-nous contre le peuple des injustes ! ».
Allah leur a donné la récompense de la vie immédiate et la belle récompense de la vie dernière. Allah aime les bienfaisants.

Nous sommes toujours dans le discours de l’après Ohod depuis le verset 121. L’histoire des prophètes et de leurs compagnons, qui menèrent la guerre sainte contre les mécréants, sans faiblir malgré les défaites, sert d’exemple aux musulmans. C’est une source d’inspiration en dépit du cuisant échec, avec toujours, au final, l’espérance du paradis pour les combattants.

 

152
Allah a été loyal envers vous, en sa promesse, quand vous conteniez [les infidèles] par sa permission. Après vous avoir fait voir le succès désiré, Allah [vous a soutenu] jusqu'à ce que vous fléchissiez, que vous vous disputiez le butin, et soyez désobéissants. Parmi vous, il en est qui désirent ce monde tandis que d’autres désirent la [vie] dernière. Ensuite, Allah vous a fait reculer devant les infidèles pour vous éprouver. Il a certes effacé pour vous. Allah est Détenteur de la faveur envers les croyants.

Voici la raison de la lamentable défaite de Ohod. Les musulmans avaient l’avantage sur leurs ennemis malgré leur infériorité numérique, ils les massacraient avec l’aide d’Allah, jusqu’à ce que les archers ne quittent leur poste pour dépouiller les cadavres, transgressant ainsi l’ordre qui leur avait été donné de ne pas bouger. L’appui manquant des archers suffit à faire perdre la bataille aux musulmans si l’on en croit Allah.

« Parmi vous, il en est qui désirent ce monde » : les archers qui s’appropriaient du butin.
« Il a certes effacé pour vous » : Allah a pardonné ceux par qui la défaite est arrivée.

 

154
Ensuite, Il a fait descendre sur vous, après ce souci, une sécurité, un sommeil qui couvrait un parti parmi vous, tandis que, pris par leur propre souci, pensant sur Allah autre chose que la vérité, ce que pense la jahiliyya, un parti disait : « avons-nous quelque part à l’ordre ? » Réponds : « l'ordre en entier est à Allah ». Ils cachaient en leur âme ce qu'ils ne te dévoilaient point : « si nous avions eu une part à l’ordre, nous n'aurions pas été tués ». Réponds : « si vous étiez dans vos demeures, ceux dont le meurtre a été écrit, seraient allées à leurs couches ». Pour qu'Allah éprouve ce qui est en vos poitrines, et mettre en lumière ce qui est en vos cœurs. Allah connaît bien les pensées des coeurs.

Nous retrouvons ici un développement du verset 145 : « personne ne peut mourir que par la permission d’Allah, et au moment prédéterminé », des musulmans pensèrent qu’il aurait mieux valu pour eux de ne pas prendre part au combat étant donné le grand nombre de tués dans leur camp, c’est suite à cette réflexion qu’Allah leur rétorqua qu’il est le maître de leurs destins. « Ibn Ishâq a rapporté qu’Abdullah bin az-Zubayr a dit que az-Zubayr a dit : J'étais avec le Messager d’Allah quand la peur s’intensifia, et Allah a envoyé le sommeil sur nous. À ce moment-là, chaque homme parmi nous s’est assoupi. Par Allah ! C’était comme dans un rêve, j’ai entendu les paroles de Mou’attib bin Quchayr, « si nous avions eu une part à l’ordre, nous n'aurions pas été tués ». J’ai mémorisé ses mots, qu’Allah mentionna plus tard » (Tafsîr Ibn Kathir). Ce verset enseigne aux combattants à ne pas renoncer au jihâd par crainte de la mort.

« Il a fait descendre sur vous, après ce souci, une sécurité, un sommeil qui couvrait un parti parmi vous » : on rapporte qu’une sensation étrange de sécurité a envahi le cœur effrayé des croyants pendant la bataille, si bien qu’ils en lâchèrent leurs sabres ! Ou peut-être qu'ils cherchaient à sortir le drapeau blanc ?

 

156-158
Ô vous qui croyez ! Ne soyez point comme ceux qui sont infidèles et ont dit de leurs frères partis au loin ou à la guerre : « s'ils étaient demeurés chez nous, ils ne seraient pas morts, et n'auraient pas été tués ». Qu’Allah fasse de cela une affliction en leurs coeurs. Allah fait vivre et mourir. Allah est clairvoyant sur ce que vous faites.
En vérité, si vous êtes tués dans le chemin d'Allah ou si vous mourez, c’est là, certes, un pardon d'Allah et une grâce préférable à que ce qu'ils amassent.
En vérité, si vous mourez ou si vous êtes tués, vers Allah, certes, vous serez rassemblés.

‘Abdallah ibn Obayy et ses compagnons tinrent le même discours que les musulmans du verset 154 qui doutèrent de la nécessité de leur engagement dans la guerre sainte. Allah commande à ces fidèles de ne pas se laisser aller à de telles pensées, et réitère sa promesse du paradis à ceux qui perdent la vie pour sa cause.

« Qu’Allah fasse de cela une affliction en leurs cœurs » : Allah augmente leur souffrance et leur chagrin en punition de leur lâcheté.

 

166-172
Ce qui vous a atteints, à la journée où les deux troupes se sont rencontrées, avec la permission d'Allah, afin que celui-ci connaisse les croyants,
Et qu'Il connaisse ceux qui ont été hypocrites. À l’heure où s’étant entendu dire : « allons ! Combattez dans le chemin d'Allah ! Repoussez », ils répliquèrent : « si nous savions combattre, nous vous suivrions assurément ». En ce jour, ils furent plus près de l’impiété que de la foi. Ils disaient de leurs bouches ce qui n'était point en leurs coeurs. Allah connait bien ce qu'ils tenaient secret.
Ceux qui ont dit de leurs frères alors qu’[eux-mêmes] se sont abstenus : « s'ils nous avaient obéi, ils n'auraient pas été tués ». Dis : « écartez donc la mort de vous ! Si vous êtes véridiques ».
Et ne crois point que sont morts ceux qui ont été tués dans le chemin d'Allah ! Au contraire ! Ils sont vivants auprès de leur Seigneur, pourvus de leur attribution,
Joyeux de la faveur qu'Allah leur a accordée, et à l’égard de ceux qui, après eux, ne les ont pas encore rejoints, ils se réjouissent que ceux-ci n’éprouveront nulle crainte et ne seront pas attristés.
Ils sont réjouissent d'un bienfait et d'une faveur d'Allah, et de ce qu'Allah ne laisse point perdre la rétribution des croyants.
À ceux qui ont répondu à Allah et à l’apôtre, après avoir été atteints par la blessure, à ceux qui, parmi eux, ont été bienfaisants et pieux, une rétribution immense.

Le passage se divise en deux parties : 166 à 168 blâme les hypocrites, ‘Abdallah ibn Obayy et ses compagnons, d’avoir déserté en désobéissant à l’ordre de Mahomet, et 169 à 172 vante le courage des martyres tombés au combat ainsi que des blessés. Les tués sont toujours vivants, révèle Allah, se reposant au paradis et se réjouissant de la récompense de leur Seigneur. La tradition rapporte que leurs esprits sont à l’intérieur d’oiseaux verts qui survolent le jardin des délices ! Les blessés peuvent espérer une récompense équivalente.

« Repoussez » : faites battre l’ennemi en retraite.

 

195
Leur Seigneur les a exaucés : en vérité, Je ne laisse point perdre l’acte de celui qui agit, parmi vous, soit homme, soit femme, une partie de vous est en rapport avec une partie. Ceux donc qui ont émigré, qui ont été expulsé de leur habitat, qui ont été molestés dans Mon chemin, ont combattu et ont été tués, J’effacerai pour eux leurs mauvaises actions, et Je les ferai entrer en des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux : récompense venue d'Allah » ! Allah a auprès de Lui la belle récompense.

La dernière partie du verset concerne les émigrés qui perdirent la vie dans les combats. Allah efface l’ardoise de leurs péchés en raison de leur investissement dans la guerre sainte. Ce verset et les précédents furent descendus au sujet d’infidèles qui demandèrent à Mahomet de produire un miracle : « il y a une tradition où 190-195 ont été récités par le prophète après que des non musulmans sont venus à lui et lui ont dit : « tous les prophètes ont apporté un ou d’autres signes avec eux. Par exemple, Moïse avait le bâton miraculeux et montrait sa main qui brillait avec éclat, et Jésus soignait les aveugles et les lépreux. S’il te plait, dis-nous quel signe nous as-tu apporté comme preuve de ta prophétie ». Le prophète récita ces versets et dit : « j’ai apporté cela » (Tafhim al-qor’ân, Abou-l-‘Ala Mawdoudi). Une tradition rapporte une seconde cause de révélation : « quand Oum Salama demanda : « Ô Messager d’Allah, pourquoi n’y a-t-il aucune mention des femmes quand l’hégire est évoqué ? » Le verset suivant fut révélé : ceux donc qui ont émigré, qui ont été expulsé de leurs demeures… » (Tafsîr al-Jalâlayn).

 

200
Ô vous qui croyez ! Soyez constants ! Luttez de constance ! Luttez de courage ! Soyez pieux ! Peut-être serez-vous bienheureux !

Enfin, ce verset clôt le chapitre des leçons à tirer après la défaite de Ohod. Ne pas se laisser abattre, continuer à mener la guerre sans relâche au nom de l’islam, et ne pas reproduire les erreurs du passé en transgressant les ordres d’Allah ou de Mahomet qui conduisirent à la mise en déroute de l’armée musulmane.

 

 

 

 

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